[JEUNE ET CHAOS] LUC BATTISTON

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Ils sont jeunes. Ils sont chaos. Le Chaos a rencontré celles et ceux qui feront le cinéma de demain. Découvrez Luc Battiston.

INTERVIEW: SCRIBE

[POURQUOI FILMEZ-VOUS?] Il y a d’abord des images intimes qui me hantent et que je tente de retrouver en filmant. Vient s’ajouter un profond désir de questionner notamment ce qui m’entoure en m’appropriant des espaces, des territoires qui me sont chers (par exemple les forêts landaises) ou en essayant de poser un autre regard sur des visages, des corps qui me fascinent ou qui me dérangent. Filmer me permet d’être un peu plus proche, d’une certaine manière, de mes fantasmes, de tenter d’inventer un réel utopique ou cauchemardesque. Je pense aussi que mon envie ou mon besoin de filmer est intimement lié à ma cinéphilie et à un très fort désir de collaboration et d’échange avec des acteurs.  

[FILMS CULTES] D’un jour à l’autre, je me rends compte que ma réponse pourrait être différente tant bien que ma liste est longue. Alors plutôt que d’évoquer une liste exhaustive de films cultes, je citerais des cinéastes importants pour moi: Pier Paolo Pasolini pour son génie et sa modernité – son travail résonne encore tellement aujourd’hui-, l’inventivité de Gregg Araki ou d’Harmony Korine, l’onirisme d’Alain Guiraudie, sans doute l’un des plus audacieux cinéastes français, Apichatpong Weerasethakul parce que ses propositions de cinéma, sortes de rêves éveillés, laissent toujours une grande part à notre imaginaire, David Lynch qui ne cesse d’expérimenter et de bousculer les formes en salles ou à la TV, Joao Pedro Rodrigues parce que érotisme + mythologie = splendeur. 

[KALÉIDOSCRIBE] Même le son coupé, on saurait déceler du Barbara dans le court métrage Si La Photo est Bonne de Luc Battiston (2015, FullDawa Films, Flare). Comme elle, le réalisateur s’attache au quotidien, à la justesse des émotions, aux petits riens qui trahissent notre solitude et nos désirs profonds. Comme elle, il nous parle avec des images simples qui s’entrechoquent les unes contre les autres pour dire le vrai. Les pleurs cachés d’un homme marié (Arnaud Dupont, hanté et excellent). Le trait de maquillage de sa femme (Laëtitia Spigarelli, joliment vulnérable) pour masquer un visage fatigué. Le regard échangé entre eux à travers une fenêtre fermée alors qu’un monde les sépare. Dans Sauve qui peut (la vie), Marguerite Duras disait qu’elle écrivait parce qu’elle n’avait pas la force de vivre sans ne rien faire. Il y a de cette force vitale là chez Luc Battiston. Mais surtout, Si La Photo est Bonne est traversé d’onirisme. Par petites touches d’abord : quelques images d’amour flamboyant, un montage son façon Nouvelle Vague qui révèle les personnages de l’intérieur, l’absurdité d’un homme gay qui joue dans une fanfare avec le sujet de son désir. Et puis soudain, l’homme cède aux lancinantes morsures de la nuit.

Barbara se met à chanter et la réalité nous quitte. Le réalisateur s’empare des forêts landaises. Il les habille de lumières érotico-lynchiennes, transforme les hommes en faunes légendaires, les rendez-vous clandestins en fêtes de la Belle Époque. L’amour est une fête. Chaos jusqu’au dernier souffle.

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