Ils sont jeunes. Ils sont chaos. Le Chaos a rencontré celles et ceux qui feront le cinéma de demain. Découvrez Luc Battiston.

INTERVIEW: SCRIBE / PHOTO: FRANCK JUERY

[POURQUOI FILMEZ-VOUS?] Il y a d’abord des images intimes qui me hantent et que je tente de retrouver en filmant. Vient s’ajouter un profond dĂ©sir de questionner notamment ce qui m’entoure en m’appropriant des espaces, des territoires qui me sont chers (par exemple les forĂȘts landaises) ou en essayant de poser un autre regard sur des visages, des corps qui me fascinent ou qui me dĂ©rangent. Filmer me permet d’ĂȘtre un peu plus proche, d’une certaine maniĂšre, de mes fantasmes, de tenter d’inventer un rĂ©el utopique ou cauchemardesque. Je pense aussi que mon envie ou mon besoin de filmer est intimement liĂ© Ă  ma cinĂ©philie et Ă  un trĂšs fort dĂ©sir de collaboration et d’échange avec des acteurs.  

[FILMS CULTES] D’un jour Ă  l’autre, je me rends compte que ma rĂ©ponse pourrait ĂȘtre diffĂ©rente tant bien que ma liste est longue. Alors plutĂŽt que d’évoquer une liste exhaustive de films cultes, je citerais des cinĂ©astes importants pour moi: Pier Paolo Pasolini pour son gĂ©nie et sa modernitĂ© – son travail rĂ©sonne encore tellement aujourd’hui-, l’inventivitĂ© de Gregg Araki ou d’Harmony Korine, l’onirisme d’Alain Guiraudie, sans doute l’un des plus audacieux cinĂ©astes français, Apichatpong Weerasethakul parce que ses propositions de cinĂ©ma, sortes de rĂȘves Ă©veillĂ©s, laissent toujours une grande part Ă  notre imaginaire, David Lynch qui ne cesse d’expĂ©rimenter et de bousculer les formes en salles ou Ă  la TV, Joao Pedro Rodrigues parce que Ă©rotisme + mythologie = splendeur. 

[KALÉIDOSCRIBE] MĂȘme le son coupĂ©, on saurait dĂ©celer du Barbara dans le court mĂ©trage Si La Photo est Bonne de Luc Battiston (2015, FullDawa Films, Flare). Comme elle, le rĂ©alisateur s’attache au quotidien, Ă  la justesse des Ă©motions, aux petits riens qui trahissent notre solitude et nos dĂ©sirs profonds. Comme elle, il nous parle avec des images simples qui s’entrechoquent les unes contre les autres pour dire le vrai. Les pleurs cachĂ©s d’un homme mariĂ© (Arnaud Dupont, hantĂ© et excellent). Le trait de maquillage de sa femme (LaĂ«titia Spigarelli, joliment vulnĂ©rable) pour masquer un visage fatiguĂ©. Le regard Ă©changĂ© entre eux Ă  travers une fenĂȘtre fermĂ©e alors qu’un monde les sĂ©pare. Dans Sauve qui peut (la vie), Marguerite Duras disait qu’elle Ă©crivait parce qu’elle n’avait pas la force de vivre sans ne rien faire. Il y a de cette force vitale lĂ  chez Luc Battiston. Mais surtout, Si La Photo est Bonne est traversĂ© d’onirisme. Par petites touches d’abord : quelques images d’amour flamboyant, un montage son façon Nouvelle Vague qui rĂ©vĂšle les personnages de l’intĂ©rieur, l’absurditĂ© d’un homme gay qui joue dans une fanfare avec le sujet de son dĂ©sir. Et puis soudain, l’homme cĂšde aux lancinantes morsures de la nuit.

Barbara se met Ă  chanter et la rĂ©alitĂ© nous quitte. Le rĂ©alisateur s’empare des forĂȘts landaises. Il les habille de lumiĂšres Ă©rotico-lynchiennes, transforme les hommes en faunes lĂ©gendaires, les rendez-vous clandestins en fĂȘtes de la Belle Époque. L’amour est une fĂȘte. Chaos jusqu’au dernier souffle.

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