[JEUNE ET CHAOS] JESSICA PALUD

0
2246

Ils sont jeunes. Ils sont chaos. Le Chaos a rencontré celles et ceux qui feront le cinéma de demain. Découvrez Jessica Palud.

INTERVIEW: SCRIBE / PHOTO: FRANÇOIS BERTHIER

[POURQUOI FILMEZ-VOUS?] J’aime parler à travers les images, capturer ce qui est passager. Approcher un personnage dans la simplicité de son histoire, avec suffisamment de justesse pour le faire exister aux yeux du spectateur. L’image est féconde en sensations, en émotions propres à chaque protagoniste. Certaines images créent un sentiment universel, mais celui-ci n’est pas toujours où on l’attend. J’aime ça. J’aime ce que capture la caméra chez les gens, les acteurs, les non-acteurs aussi. Aller chercher au plus profond de chaque visage, chaque territoire, détecter ce moment magique où la caméra tremble et qu’on sent qu’il se passe quelque-chose de fort.

[FILMS CULTES]
Cette réponse reflète mon état d’esprit du moment et ne sera sans doute pas la même dans quelques mois.
Oslo 31 août de Joachim Trier
Une femme sous influence de John Cassavetes
E.T. de Steven Spielberg (ce film a tout!)

[KALÉIDOSCRIBE]
J’ai découvert le travail de Jessica Palud à travers son court métrage Marlon (2017, Punchline Productions), qui raconte les 24h d’une gamine avant la visite de sa mère en prison. Ce cinéma pourrait certainement sembler anti-chaos par excellence. Ici nulles amours monstres, nulles épopées vénusiennes. Simplement une vision poétique du monde et des rapports humains, un œil en majesté qui ne vire jamais à l’esthétisme creux, une écriture-épaule qui ne baisse pas les armes. La plupart du temps, la caméra de Jessica Palud arrive après le drame et son spectacle. Elle ausculte inlassablement les blessés, sans compassion ni complaisance, s’épanouit dans l’intimité de leurs failles, cherche des petits miracles dans ce qui reste encore debout. S’il y a du chaos chez Jessica Palud c’est en ce sens où son travail inaugure un retour aux sources salvateur. Loin des effets de mode et des poncifs du marketing, la jeune réalisatrice creuse le sillon d’un cinéma aux émotions chimiquement pures, à la fois personnel et populaire, qui sait capter la vie dans ses joies, ses affres et ses temps morts. J’ose le dire, il y a du Pialat dans sa capacité à retranscrire ce sentiment de l’irréparable, à s’emparer d’un sujet ordinaire pour révéler une époque. Elle regarde notre vieux monde avec les yeux d’une enfance nue.

Jessica Palud est en post-production de son long métrage, Revenir, avec Adèle Exarchopoulos et Niels Schneider, un drame absolument saisissant que j’ai eu la chance de découvrir et qui mériterait de les voir triompher cette année.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici