Le Chaos a rencontré celles et ceux qui feront le cinéma de demain. Découvrez Axel Würsten.

Au Chaos, on a tout de suite flashé sur Trouble-Fête (2018) et Lit de punaise (2019), courts métrages de ce jeune cinéaste, travaillés par le désir, d’une profonde étrangeté tant on ne sait jamais vers où ils promettent de nous emmener (Farce? Erotisme? Angoisse?) et qui ont cette immense qualité propre aux mélancoliques de voir de la beauté dans l’horreur ou encore de charrier un humour méchant ou un romantisme désespéré de dernière minute. Vite, le long!

SES COURTS

TROUBLE-FÊTE (2018)
Histoire: Dans un château perdu au milieu de la campagne, un mystérieux jeune homme arrive pour faire le service d’une soirée mondaine. Confronté à une famille de châtelains bien plus étrange qu’il ne l’avait prévu, la soirée va prendre un tournant inattendu.

LIT DE PUNAISE (2019)
Histoire: Sarah et Juan reviennent dans leur appartement naguère envahi de punaises. Le désinsectiseur a tout ravagé. Cette fois-ci c’est bon, ils vont pouvoir retrouver leur intimité. Mais il semble que toutes les punaises n’aient pas disparu. Une atmosphère de plus en plus étrange et sensuelle s’installe au sein de l’appartement du jeune couple.

INTERVIEW

[D’OU VENEZ-VOUS, AXEL?] Je suis né à Paris mais j’ai vécu un peu partout en France durant mon enfance pour le métier de mon père qui était muté presque chaque année dans une nouvelle ville. Cela m’a permis de rattacher chaque année de l’enfance (une période très importante et inspirante pour moi) à une ville précise, une atmosphère particulière à chaque fois. La petite et moyenne section de maternelle par exemple, c’est Bar le Duc! Une petite ville de Lorraine aux lumières mélancoliques que je trouvais à 4 ans le plus bel endroit du monde. Niveau «formation» artistique, j’ai fait des études de philosophie et de cinéma à la Sorbonne, tout en suivant des cours d’art dramatique à côté et en tournant comme acteur. Ensuite, je suis rentré à la Fémis en section Scénario dont je suis sorti en 2018.

[POURQUOI FILMEZ-VOUS?] Pour tenter de transformer mon imaginaire et ma subjectivité en un objet concret. Je cherche à créer dans le réel les images qui me hantent intérieurement. Enfant, je voulais réaliser des dessins-animés et je filmais avec un caméscope des dessins que j’avais fait et je faisais parler et chanter les personnages avec ma voix… je les faisais beaucoup chanter, j’étais fan de comédie musicale (c’est encore le cas!). J’aime toujours beaucoup l’animation, mais c’est vers la prise de vue réelle que je me suis tourné parce que j’ai besoin d’être face à des présences humaines. Filmer des personnes réelles, des visages qui m’interpellent, me fascinent, me parlent et me touchent, c’est fantastique. Cela rejoint la question des influences, mais je suis assez fasciné par les cinéastes qui ont su trouver leur «muse», la personne idéale pour exprimer leurs idées, faire vivre les histoires qu’ils ont créées. Je pense par exemple à Visconti et Helmut Berger, Bergman et Liv Ullmann ou encore John Waters et Divine.

[CULTES] L’écrivain Yukio Mishima pour ses personnages tourmentés, souvent en recherche d’un absolu inaccessible, et la description minutieuse qu’il fait de leur psyché (Confession d’un masque et Les amours interdites sont deux de mes livres préférés), Oscar Wilde pour sa conception du beau, ou encore Thomas Mann pour sa grande mélancolie. Parmi les cinéastes qui me marquent, il y a Luis Buñuel pour le surréalisme et l’humour noir de ses films ainsi que la façon précise qu’il a de décrire les perversions de ses personnages. La frontière floue entre fantasme et réalité dans un film comme Belle de Jour me parle beaucoup. J’aime énormément Luchino Visconti pour ses atmosphères décadentes et sa mélancolie (Mort à Venise est un de mes films de chevet). J’aime aussi beaucoup Federico Fellini et l’aspect baroque de ses films, Pedro Almodovar pour son humour décalé, ses ambiances excentriques et colorées, l’écriture de ses récits et sa façon de traiter le désir et l’érotisme. Il y a aussi Gregg Araki, les comédies musicales de Stanley Donen, Bob Fosse et Jacques Demy, l’étrangeté des films de David Lynch, la maîtrise de la mise en scène chez Alfred Hitchcock et plus tard Brian de Palma (ses plans-séquences me fascinent), les expérimentations formelles de Gus Van Sant au début des années 2000. Mais également les ambiances des films de Claude Chabrol, notamment ses thrillers en huis-clos dans de grandes maisons bourgeoises comme dans La cérémonie. Je suis aussi impressionné par la capacité d’un cinéaste comme Bong Joon Ho à mélanger les genres dans ses films, changeant parfois de ton au sein d’une même scène de façon limpide. Je ne peux pas finir cette petite liste non exhaustive sans évoquer les films de Jean Cocteau, leur inventivité et la poésie qui s’en dégage. Côté série, j’ai récemment été fasciné par BoJack Horseman et son ton qui oscille constamment entre humour absurde et mélancolie profonde.

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