La France qui aime se beurrer la biscotte, c’était lui : Jean-Pierre Marielle n’est plus.

PAR GAUTIER ROOS

Il aura livrĂ© au cinĂ©ma français une dĂ©cade prodigieuse (les seventies) oĂą son nom aura illuminĂ© bien des chefs-d’Ĺ“uvre (et des trucs nettement plus bancals, c’est lĂ  sa grande particularitĂ©). Le Monsieur est un monument, pas du genre Ă  figurer dans la Grande EncyclopĂ©die des CĂ©sar – 0 rĂ©compenses en 7 nominations – il prĂ©fèrera la grande fresque cathodique des annĂ©es Giscard, testament ambigu de la rĂ©volution sexuelle: un homme qui ne peut contenir son raffut interne pour les femmes (Les Galettes, Comme la Lune), un producteur de pornos (On aura tout vu), un propagateur attitrĂ© du vice (Sex-Shop), un gaillard sporadiquement attirĂ© par la fille de son meilleur pote (Un moment d’Ă©garement)… Et Ă©videmment un ancien consommateur de denrĂ©es fĂ©minines en quĂŞte de retraite et de rĂ©pit (Calmos, peut-ĂŞtre le film le plus emblĂ©matique de cet incroyable âge d’or).

Plus un grand duc qu’un monstre sacrĂ©, le Jean-Pierre abordait sa carrière dans un peignoir, conscient d’avoir commencĂ© Ă  une Ă©poque oĂą l’intelligentsia n’imprimait pas aussi fortement sa marque sur le cinĂ©ma qu’aujourd’hui. Il confiait parfois partir au casse-pipe sans lire le scĂ©nario, et ne maquillait pas sa vĂ©nalitĂ© occasionnelle par des honorables “choix artistiques”. J’ai d’ailleurs fait sa connaissance devant Le Petit Poucet de Michel Boisrond (1972), film totalement oubliĂ© (dispo sur YouTube) oĂą il incarne lĂ  encore l’excès sous toutes ses formes: il joue un ogre aux dimensions littĂ©ralement dĂ©mesurĂ©es (Ă  voir pour la BO culte de Francis Lai, mais aussi pour ce casting improbable qui rĂ©unit Marie LaforĂŞt et Jean-Luc Bideau en parures royales…). On l’imagine mal laisser un agent filtrer les propositions qui arrivent sur la table et lui dicter des choix “responsables”…

Quelque part entre le torse flamboyant de Sean Connery et l’oisivetĂ© souriante de GĂ©rard Depardieu, Marielle aura brillĂ© dans cette France de notable en vacances, alliant ripaille et travail: “L’admirable cholestĂ©rol qu’on va se payer !” assène-t-il Ă  son copain du cons’ Jean Rochefort lors de son initiation Ă  la vie saine dans Calmos (1976). De la trempe des acteurs “qu’on ne dirige pas” – dixit JoĂ«l SĂ©ria – il imposait une autoritĂ© naturelle et pourtant chaleureuse (et pourtant pas vulgaire). On pense fort Ă  Jean Yanne quand il Ă©voque sa paresse endĂ©mique, et on est forcĂ©ment nostalgique de cet axe royal que les deux Schnocks ont tracĂ© tout au long des annĂ©es 70, entre cinĂ©ma populaire et septième art exigeant, lorsque cette distinction n’Ă©tait pas encore devenue l’axiome schismatique de l’industrie tricolore.

De la race des seigneurs ? Plutôt lui qu’Alain-Fabien Delon !

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