Un homme emmène sa petite amie pour lui présenter ses parents et rien ne se passe comme prévu. Charlie Kaufman aux commandes d’un film d’horreur intime débordant de malaise où la tension et la fragilité psychologique se mêlent à la terreur pure. Très, très inconfortable mais l’effet majeur est une fascination constante.

Charlie Kaufman ne va pas bien. Pas bien du tout. Pas artistiquement, bien sûr. De ce côté là, tout roule. Mais là-dedans, rien ne va. Disponible depuis le 4 septembre sur Netflix, Je veux juste en finir (titre au bord de la fenêtre dont on préfère le beau titre original I’m thinking of ending things) est l’occasion de nous servir un nouveau labyrinthe névrotique causant une fois de plus de la peur du couple, du temps qui passe ou du vieillissement, mais aussi de l’angoisse des sentiments qui se fanent et des souvenirs qui s’emmêlent. Et puis v’la les mises en abîmes, les dérapages, les sorties psychédéliques… Et de l’art comme exutoire, bien sûr.

Un pur film d’horreur existentiel reposant pourtant sur le canevas le plus bateau au monde: un soir d’hiver, bidule et machin rencontrent les parents de bidule. La belle affaire. C’est sans compter sur Kaufman qui se sert de la liberté offerte par une production Netflix pour dilater le temps de la plus bizarre des façons et célébrer l’inconfort. A ce titre, toute la première partie (une simple discussion dans une voiture prise sous une tempête de neige) est un incroyable moment de mouvement perpétuel et d’immobilité totale, et l’habillage en montage cut rend très vite l’atmosphère asphyxiante au possible.

Si vous pensez prendre l’air après, c’est foutu. Découpé comme une pièce de théâtre absurde, Je veux juste en finir atteint un niveau de déconfiture magistral avec l’arrivée dans la maison de beau-papa et belle-maman, un cocon de mort où le moindre détail déclenche un malaise là où il n’a pas lieu d’être: un salut trop insistant, un tiroir à thermos, des chaussons, des marques sur une porte, des personnages qui rentrent ou disparaissent du champ, des noms qui changent… Kaufman doit aimer Ari Aster, réalisateur de Hérédité, vu le regard affolé qu’il porte sur la maison familiale, sans compter la présence d’une Toni Colette toujours à table, toujours plus folle. Et plus on avance, plus on se perd: les plus cartésiens finiront au sol, baignant dans leur bave.

Tout cela pour former un film mental, à la fois indigeste et obsédant, s’étirant jusqu’à la nausée et suivant la voie toute tracée de Hérédité et de Mother! de Darren Aronofsky: le foyer, le couple et la famille comme un état du monde en voie de putréfaction. Film de fous pour les fous. Quelque part entre Ionesco et Lynch, l’apothéose finale ressemble à s’y méprendre à un cauchemar de gosse. Preuve qu’après The Forest of Love de ce cher Sono Sion, Netflix confirme que le chaos a toute sa place sur la plate-forme, que le cinéma n’est pas mort là-bas contrairement à ce que proclament certains. Il faudra juste compter sur une promo inexistante, comme si larguer les amarres de la radicalité avait un prix.

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