Jamil Dehlavi, cinéaste pakistanais, immense découverte du LUFF

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La plus grande découverte proposée par cette 20e édition du LUFF restera celle du cinéma de Jamil Dehlavi, cinéaste pakistanais étrangement méconnu, dont 4 films étaient rassemblés sous l’appellation «le cinéma mystique de Jamil Dehlavi».

Fils de diplomates, Jamil Dehlavi est né au Pakistan mais a fait ses études à Paris, à Rome et à Londres avant de s’inscrire à l’université Columbia de New York dans la section cinéma. Il revient tourner ses premiers films au Pakistan, mais son premier long métrage The blood of Hussain (présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes) lui vaut d’être exilé. A partir des années 80, il réalise des documentaires pour Channel 4 avant de se tourner vers la fiction. Depuis, il a tourné une petite dizaine de longs métrages dans des genres très variés, qui font le tour des festivals et sont souvent primés, sans pour autant lui valoir la reconnaissance qu’il mérite. L’un de ses premiers Born of Fire est une bonne entrée en matière. Incidemment, il a été présenté au festival d’Avoriaz où il est passé totalement inaperçu, peut-être parce que la même année figurait aussi Blue Velvet.

En présentant son film, Dehlavi disait qu’il s’était inspiré des histoires qu’il entendait enfant au Pakistan, en particulier les légendes concernant les djinns, ces créatures nées du feu qui peuvent prendre des formes humaines ou animales pour interférer sur la vie des humains. Born of fire suit le parcours d’un flûtiste, dont la prestation pendant un concert est perturbée par la présence d’un chauve patibulaire et d’une femme mystérieuse. La femme est une astronome qui convainc le flûtiste de retourner en Turquie sur les traces de son père, mort dans des circonstances étranges. Son père, également musicien, cherchait à maîtriser son art auprès d’un mystérieux maître de musique. Arrivé en Turquie, le flûtiste retrouve la trace du maître de musique (le chauve patibulaire) et se retrouve devant le même défi que son père: il doit surpasser le maître sous peine de mourir.

Dès le départ, il est assez clair que l’intrigue avance selon une logique non rationnelle, ce qui n’empêche aucunement de se laisser embarquer dans cette quête initiatique, puisque c’est de ça qu’il s’agit, d’une richesse visuelle et symbolique extraordinaire. Dans le fond, l’histoire puise dans la mythologie soufie, mais les images utilisées ont une dimension universelle qui les rend compréhensibles dans toutes les cultures. On n’est pas loin de Jodorowsky dont les films sont fortement inspirés de toutes formes d’ésotérisme (tarots, kabbale, alchimie). Lorsqu’on lui demande à quel point il s’est documenté dans ce sens, Dehlavi esquive avec un sourire entendu, disant que les symboles ont le sens qu’on leur prête et qu’il a souvent été épaté par les interprétations que certains commentateurs donnaient de ses films. Si vous tombez sur l’un d’eux, n’hésitez pas. Vous serez surpris par son indépendance d’esprit et son inventivité. G.D.

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