Jane Campion, Peter Jackson, Lee Tamahori, Vincent Ward, Geoff Murphy… la Nouvelle-ZĂ©lande a vu dĂ©filer bien des talents durant les annĂ©es 80/90 avec rattrapage sur coussinets Ă  Hollywood. Ou alors, hĂ©las, parfois dans le plus grand des fracas. Garth Maxwell lui, fait partie des rares Ă©lus Ă  n’avoir jamais dĂ©collĂ© les pieds de son pays: au milieu d’un filmographie discrète, Jack be Nimble fait office d’élĂ©ment perturbateur, et peut-ĂŞtre mĂŞme de vilain petit canard.

Pourtant fort bien remarqué à l’époque au Festival de Sitges, de Fantasporto ou de Gerardmer (qui venait alors d’ouvrir ses portes), ce film s’est laissé engloutir dans l’oubli. Si de pont d’or il n’y a pas eu pour Maxwell, on se dit aussi que, peut-être, nos charmants pontes de studio ont sévèrement dû reculer, ne trouvant guère en cet auteur un nouveau talent malléable. Pour tout dire, stylisé et sérieusement dérangé, son film Jack Be Nimble se rapproche volontiers de l’univers d’un Philip Ridley: entre le regard de l’enfant et celui de l’adulte, on y contemple aussi le monde comme un conte de fée noir. Mais la différence avec le réalisateur de L’enfant Miroir réside dans le fait que Maxwell est peut-être plus étouffant et violent encore que Ridley.

Deux gamins abandonnĂ©s par leur mère, Jack et Dora, sont sĂ©parĂ©s par leur passage Ă  l’orphelinat: alors que Dora est adoptĂ©e par un couple somme tout paisible, Jack n’est pas Ă©pargnĂ© par sa nouvelle famille d’accueil, des fermiers vivant dĂ©jĂ  avec quatre petites filles mutiques et inquiĂ©tantes. Les Thenardier nouvelle gĂ©nĂ©ration font de la vie de l’enfant un vĂ©ritable calvaire, avec des punitions et des châtiments corporels dĂ©fiant le tolĂ©rable (dites-vous bien maintenant qu’un fil barbelĂ©, ça fouette aussi…) Mais puisqu’on vous parle de conte, tout est possible ici: les deux enfants, Ă  plusieurs kilomètres de distance, partagent leur souffrance et communiquent par bribes. Jack trouve mĂŞme le moyen de se venger avec une machine Ă  hypnotiser. Le frère et la sĹ“ur pourront enfin se retrouver dans l’espoir d’aller Ă  la rencontre de leurs parents, mais c’est sans compter sur l’équilibre mental vacillant de Jack et la dĂ©couverte de nouveaux pouvoirs pour Dora. Entre autres choses.

D’une mĂ©chancetĂ© et d’une bizarrerie Ă  toute Ă©preuve, Jack Be Nimble se laisse porter par la performance fiĂ©vreuse d’Alexis Arquette, loin, très loin, de la femme flamboyante que l’on connaĂ®tra plus tard. On a l’impression d’y voir Le petit Poucet rencontrer RĂ©mi Sans famille… avec moins de chance encore: le happy-end apaisĂ© et, en rĂ©alitĂ©, totalement pervers, finit d’enfoncer le clou dans la croix de ce martyr d’un nouveau genre.

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