JACK BE NIMBLE, Alexis Arquette, 1993

Jane Campion, Peter Jackson, Lee Tamahori, Vincent Ward, Geoff Murphy… la Nouvelle-Zélande a vu défiler bien des talents durant les années 80/90 avec rattrapage sur coussinets à Hollywood. Ou alors, hélas, parfois dans le plus grand des fracas. Garth Maxwell lui, fait partie des rares élus à n’avoir jamais décollé les pieds de son pays: au milieu d’un filmographie discrète, Jack be Nimble fait office d’élément perturbateur, et peut-être même de vilain petit canard.

Pourtant fort bien remarqué à l’époque au Festival de Sitges, de Fantasporto ou de Gerardmer (qui venait alors d’ouvrir ses portes), ce film s’est laissé engloutir dans l’oubli. Si de pont d’or il n’y a pas eu pour Maxwell, on se dit aussi que, peut-être, nos charmants pontes de studio ont sévèrement dû reculer, ne trouvant guère en cet auteur un nouveau talent malléable. Pour tout dire, stylisé et sérieusement dérangé, son film Jack Be Nimble se rapproche volontiers de l’univers d’un Philip Ridley: entre le regard de l’enfant et celui de l’adulte, on y contemple aussi le monde comme un conte de fée noir. Mais la différence avec le réalisateur de L’enfant Miroir réside dans le fait que Maxwell est peut-être plus étouffant et violent encore que Ridley.

Deux gamins abandonnés par leur mère, Jack et Dora, sont séparés par leur passage à l’orphelinat: alors que Dora est adoptée par un couple somme tout paisible, Jack n’est pas épargné par sa nouvelle famille d’accueil, des fermiers vivant déjà avec quatre petites filles mutiques et inquiétantes. Les Thenardier nouvelle génération font de la vie de l’enfant un véritable calvaire, avec des punitions et des châtiments corporels défiant le tolérable (dites-vous bien maintenant qu’un fil barbelé, ça fouette aussi…) Mais puisqu’on vous parle de conte, tout est possible ici: les deux enfants, à plusieurs kilomètres de distance, partagent leur souffrance et communiquent par bribes. Jack trouve même le moyen de se venger avec une machine à hypnotiser. Le frère et la sœur pourront enfin se retrouver dans l’espoir d’aller à la rencontre de leurs parents, mais c’est sans compter sur l’équilibre mental vacillant de Jack et la découverte de nouveaux pouvoirs pour Dora. Entre autres choses.

D’une méchanceté et d’une bizarrerie à toute épreuve, Jack Be Nimble se laisse porter par la performance fiévreuse d’Alexis Arquette, loin, très loin, de la femme flamboyante que l’on connaîtra plus tard. On a l’impression d’y voir Le petit Poucet rencontrer Rémi Sans famille… avec moins de chance encore: le happy-end apaisé et, en réalité, totalement pervers, finit d’enfoncer le clou dans la croix de ce martyr d’un nouveau genre.

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