On lui doit la série Queer As Folk et le dépoussiérage de Doctor Who. Le showrunner gallois Russell T. Davies s’est inspiré de sa vie pour It’s a sin, une mini-série. Traduisant le même poids-du-temps-qui-court que dans sa précédente création Years and Years, il y raconte l’euphorie londonienne des années 80 et la communauté homo de l’époque décimées par le sida, ainsi que l’apprentissage de la maladie par toute une société. Outre-Manche, ils ne s’en sont pas remis. En France, It’s a sin est diffusée sur Canal+ à partir de lundi 22 mars.

Londres 1981: ils sont jeunes, beaux, homosexuels, prêts à croquer leur nouvelle liberté, mais le sida vient d’apparaître. La série britannique It’s a Sin raconte une décennie et une génération fauchée par une maladie alors considérée comme honteuse. A ses commandes, un certain Russell T. Davies. Né au Pays de Galles en 1963, il a fait ses débuts en 1991, avec Dark Season, une série de science-fiction pour la chaîne jeunesse de la BBC ayant offert son premier rôle à Kate Winslet. En 1998, il signe la déflagration Queer as Folk dans les années 90, excellente série sur des homosexuels de Manchester qui sortent dans le quartier gay de Canal Street. Une mini-révolution dans l’univers de la télévision grand public, ouvrant les portes du placard télévisuel dans lequel était cachée l’homosexualité: jamais les homos n’avaient été montrés ainsi auparavant. En 2001, il s’intéresse à Bob et Rose puis au drame religieux The Second Coming. En 2005, Russell T Davies, fan depuis l’enfance de ce monument de la culture anglaise et de la BBC qu’est Doctor Who, remet sur selle le Seigneur du temps qui aura les traits de David Tennant puis de Matt Smith. En 2015, il innove en créant le tryptique Cucumber, Banana et Tofu: la première aborde l’intrigue principale, la seconde se focalise sur les personnages LGBT et la troisième donne la parole à des anonymes et aux acteurs autour des thématiques LGBT. En 2019,Years and Years, la série sur laquelle il travaille depuis dix ans est diffusée. Cette dystopie suit les transformations du monde de 2024 à 2030 à travers la vie d’une famille de Manchester. 

Ainsi, peu de temps après cette impressionnante série dystopique Years and Years, Russell T. Davies joue à nouveau pour It’s a sin avec le temps mais ce n’est plus d’une dystopie dont il est question. Cette fois, il s’agit de revenir sur l’histoire comme on la connait peu, pas si lointaine, celle des débuts de l’explosion de l’épidémie du sida en Grande-Bretagne. Celle d’une poignée de jeunes Britanniques, arrivés à Londres au début des années 1980 pour fuir l’oppression provinciale ou communautaire, qui incarnent ces destins martyrisés par cette irruption de la pandémie. En cinq épisodes, le réalisateur couvre dix années, entre 1981 et 1991, de la vie de Ritchie, Jill, Roscoe, Colin et Ash, âgés d’environ 18 ans et joyeux colocataires d’un vaste appartement londonien décati baptisé le Pink Palace. Sur une bande-son déchaînée des années 1980 (OMD, Soft Cell, Erasure, Kim Wilde, Divine… et évidemment les Pet Shop Boys – le titre It’s a sin étant un emprunt à leur tube), les jeunes homosexuels, libérés du carcan de leurs familles et régions respectives, plongent dans l’euphorie des soirées londoniennes du milieu artistique dont ils font désormais partie. «Dans It’s a sin, il s’agit de montrer comment des jeunes grandissent, révèlent leur homosexualité, se font des amis, tombent amoureux, trouvent du travail, découvrent qui ils sont, tandis que le virus se rapproche de plus en plus, touchant les personnes de leur entourage et se dirigeant vers l’appartement lui-même», résume Russell T. Davies.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’éclairage inédit a pris, rendant accro près de 19 millions de téléspectateurs sur la plateforme de la chaîne Channel 4. Et qu’elle a non moins marqué les esprits: la mini-série, qui raconte tout, sans chichi ni gras (donc vite et bien), a entrainé une envolée du nombre de demandes de tests VIH début février lors de la semaine dédiée au dépistage de la maladie en Grande-Bretagne. «Le désir de faire quelque chose de nouveau n’était pas la chose la plus importante, parce que ce sont des histoires comme celles-ci qui doivent être répétées encore et encore. Les jeunes générations grandissent sans rien savoir de cette période», déplore le showrunner. Au fil des personnes contaminées, le série rappelle le poids des préjugés et la honte éprouvée par les homosexuels et malades du sida durant les années 1980: questionnaires médicaux humiliants, répression de l’homosexualité, patients traités comme des détenus, familles cachant la cause du décès. «Les gens disaient que nous étions l’amour qui n’ose pas dire son nom. Et puis est arrivée une maladie qui n’osait pas dire son nom. Double calamité», se remémore Russell T. Davies qui, par ailleurs, par «souci de réalisme», reste persuadé qu’il ne faut «que des acteurs gays pour jouer des personnages gays» – une déclaration un poil désarçonnante (mais très synchrone avec 2021, pour le coup) qu’il a bel et bien tenu en janvier de cette même année dans une interview accordée à RadioTimes, plaidant donc pour l’authenticité absolue (sic) et renvoyant les ouvertement hétéros Sean Penn et Tom Hanks dans les cordes de leur perf oscarisable – dans les respectifs Milk de Gus Van Sant et Philadelphia de Jonathan Demme.

On préférera retenir les points fédérateurs de It’s a sin, à l’aune de cette manière dont une société va composer avec une maladie. De quoi faire incidemment écho à la période actuelle; la série, écrite en 2015, dépeignant les mécanismes de la peur et de la désinformation entourant un virus dont les scientifiques s’efforcent de connaître le fonctionnement. Mais aussi le fait de s’habituer à vivre avec un virus mortel. Un parallèle que Davies fait lui-même, sans le risque de froisser: «Vous avez des enfants qui grandissent à l’époque du coronavirus et pour eux, il est normal de porter des masques et de respecter la distanciation sociale, ça ne les fait pas ciller», dit-il. «C’est la même chose avec le sida d’une certaine manière. J’ai juste grandi avec et ça m’a pris du temps pour voir l’énormité de la situation».

La série It’s a sin est diffusée sur Canal+ à partir de lundi 22 mars.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici