PH: D’ailleurs, la plupart des films que vous présentiez dans Cinéma de quartier et Quartier interdit avoisinaient cette durée des 1h30. J’imagine que vous êtes ravi de voir réapparaître ici ou là sur internet quelques unes de vos émissions.
JPD: Je suis hyper content parce que l’INA est en train de faire un travail prodigieux de résurrection de tout ce qu’ils peuvent, donc c’est très bien. C’est un peu plus difficile à Canal+, où les archives sont un peu dispersées. Je veux bien les comprendre d’ailleurs, parce que ce qui est compliqué maintenant, c’est que les mecs me disent: «Pourquoi il n’y a pas un DVD de toutes ces présentations?». Eh bien c’est compliqué, parce qu’il faudrait avoir les droits de l’affiche, des extraits… C’est un travail prodigieux, que certainement personne ne fera. Mais les retrouver sur YouTube et les regarder… Alors voir que j’en ai raté certaines hein. Il y a une époque où je ne suis pas très en forme physiquement et où j’ai pris 15 kilos, c’était pas terrible. Mais les autres, je les trouve bien, je les ai revues avec plaisir. Très franchement, quand j’ai fait une émission, je ne la regarde pas, parce que je n’aime pas du tout voir ce que j’ai fait, je ne vois que les défauts. Par contre à 20 ans d’écart, voire 40 ans d’écart, généralement je suis plutôt content de moi. Là on devrait ressortir juste avant le confinement Le Dieu d’osier (1973), avec Christopher Lee. Oh, Le Dieu d’osier… C’est l’un des titres les plus bêtes du monde pour un des plus grands films du monde: The Wicker Man. Je leur avais dit de quoi je risquais de parler pour présenter le film. C’est terrible parce que si tu regardes ma présentation à l’écran, j’ai dit tout ce qu’on pouvait dire, je ne pouvais pas faire mieux. Il ne faut pas que je fasse autre chose parce que tout ce que j’ai dit était vital. Simplement, il faut que je l’organise autrement parce qu’entre temps, il y a eu en Amérique un festival autour d’un dieu. Et donc Le Dieu d’osier est devenu quelque chose d’un nouvel axe «hippisant». Donc oui, il y a une extension de la «celtitude» jusqu’en Amérique, où on va brûler un immense bonhomme. Ça, c’est pas mal. En plus, c’est vrai que limite une série comme Outlander que j’aime beaucoup, il y a trop de scènes de coucheries pour moi mais pour le reste je trouve ça très bien, c’est un retour à tous ces mythes celtiques et scotish. Alors là, c’est vraiment une série de coeur, de science fiction, de fantastique, historique. On en est à la cinquième saison. Il font chier quand même, parce que la sixième c’est dans un an. Mais ça, j’adore. J’allais dire que les films de chevet, quelque part, on pense qu’ils sont tous à l’âge de 12-13 ans, puis entre 20 et 24. Bah non. Pour la plupart oui, comme L’Homme qui n’a pas d’étoile (1955) par exemple, mais après, j’arrive en Asie, je découvre des films qui sont devenus pour moi vitaux, comme Tetsuo (1989) ou les premiers Miyazaki, j’ai bien dit les premiers, car après ça devient un peu trop emberlificoté pour moi. La découverte du cinéma de Hong Kong a été vitale pour moi, mais il y a aucun film qui, après coup, m’est resté vital. Dans les John Woo je ne crois pas… juste quelques Kirk Wong, qu’on ne voit plus. Par contre, je pense que le dernier chef-d’oeuvre absolu du cinéma américain que j’ai vu remonte aux années 1980. C’était Quelque part dans le temps (1980) de Jeannot Szwarc, qui n’a pas fait d’autre chef-d’oeuvre, un miracle.

GR: Restons sur cette époque Canal (Quartier interdit, Cinéma de quartier). Dans le livre, vous n’épargnez pas un ancien dirigeant de la chaîne au début des années 2000, dirigeant qui semble avoir perdu l’humour du collectif qui l’a fait connaitre sur cette même chaine…
JPD: Oui, on va dire que ce n’est pas Bruno Carette, ce n’est pas une des filles, et ce n’est pas Alain Chabat.

GR: Je crois que les choses sont claires… Dirigeant qui vous a donc sucré votre reportage sur un Brando en fin de vie…
JPD: Il m’a dit: «ça n’intéressera personne»…

GR: Projet qui était engagé avant son arrivée, mais qu’il n’a pas accepté de financer. Il a aussi mis un terme à Quartier interdit en 2002. On a l’impression que ce moment où tout ça s’arrête, c’est aussi l’époque où les personnages excentriques comme vous se mettent à déserter la télévision. Pensez-vous qu’en 2020, un Jean-Pierre Dionnet aurait sa chance à la télévision?
JPD: On ne déserte pas la télévision, c’est la télévision qui nous déserte. La télévision nous laisse partir. Et après, quand on revient ici ou là, épisodiquement, on s’aperçoit que l’ambition de la plupart des émissions, que le niveau de qualité, tout ça a baissé. Quand on présente à l’avance ce qu’on va dire à l’antenne, des responsables nous disent généralement: «Oh là là, attends… Là, tu vas prendre la tête». Non! Je voulais juste leur dire quelque chose d’intéressant. Je ne regarde pas la télé, je ne l’ai jamais regardée, même quand j’en faisais… Autant, chez Mouloud Achour, ça s’est passé merveilleusement bien. Il avait tout bossé. On a pu parler de tout, y’avait en plus De Caunes, Eva Bester [NDLR. Remède à la mélancolie sur France Inter] donc on était une sacrée team, on était dans les buts au bout de dix minutes! Autant sur d’autres émissions, on est tombé sur un défaut qui existait déjà dans certaines émissions à la Jacques Martin. C’est-à-dire que quand on révèle ce dont on va parler à l’antenne, on a toujours un mec qui dit: «Oh là! Attends, les gens vont quitter l’écran. Ils vont s’en aller». Je suis désolé: chaque fois que j’ai fait de la télé, ça a intéressé les gens. J’ai fait de l’écoute. Aujourd’hui, en Amérique, je vois des mecs plus âgés que moi qui continuent à faire de la télé, ils continuent leurs blagues et leurs trucs comme ça. En France, on est dans une période où, vu mon grand âge, je suis classé parmi ceux qu’on doit confiner éternellement. Normalement, là, je reste dans mon clapier jusqu’à Noël. On me filera les carottes, mais j’ai pas le droit d’aller travailler. Va falloir que j’obtienne un mot pour aller travailler, et que j’aie un contrat, pour prouver qu’à mon âge cacochyme – je suis carrément la sorcière de Blanche-Neige – je suis en mesure de travailler. On me demande de faire des DVD: je le fais parce que je peux faire ce que je veux, ce dont j’ai envie. Et comme j’adore la série Hollywood, même si elle ment beaucoup sur Rock Hudson qui est un très bon acteur dès le début et dont ils font un non-acteur… Bref, j’aime présenter des carrières à la Rock Hudson et raconter ce personnage étonnant, cet acteur prodigieux. Ce mec d’une intelligence rare qui a caché qu’il était gay, oui, mais je suis désolé, le dernier acteur qui marchait très, très, très bien, et qui s’est ouvert au monde sur son homosexualité, c’est Rupert Everett. Depuis, il ne tourne plus. On lui a proposé trois rôles de gays… Il y a d’autres acteurs très connus qui marchent très, très bien et qui peuvent jouer dans Ocean’s Eleven (je ne dirai pas lesquels), ils sont gays mais ils ne le disent pas. Parce qu’en même temps qu’on nous enjoint à faire notre coming out, à Hollywood, ils ont toujours envie que la ménagère, elle continue à rêver. Donc les gens sont au courant, mais on continue à raconter des histoires romantiques comme à la grande époque hypocrite d’Hollywood! Il y en a encore qui font des mariages dits de convenance. On parlait de l’un d’entre eux, qui est l’un des plus célèbres acteurs américains, et quelqu’un me disait: «oui, mais lui, il n’a jamais brutalisé sa femme». Un copain à moi qui connait très bien l’acteur en question a répliqué: «Il risque pas de brutaliser sa femme. À mon avis, ils font chambre à part depuis toujours»…

GR: C’est valable partout: dans le monde du football, on connait aussi des joueurs liés à des marques, qui risquent de ne plus avoir les mêmes contrats s’ils font leur coming out…
JPD: Voilà, c’est ça, c’est cette fausse liberté et cette vraie hypocrisie qui composent notre monde actuel. Une époque terrible où les gens, quand ils s’opposent, n’écoutent pas ce qu’on leur répond. Ça ne les intéresse pas. Sauf que c’est pas leur vie qu’ils mettent en cause, c’est la vie des autres… Un exemple qui m’a beaucoup marqué: Weinstein est coupable, il va mourir en prison, OK. Mais notre ami, le juge Kevin Spacey [NDLR. prononcé Kevin Spacé], président Kevin Spacey, il a été déclaré innocent. Il n’est pas revenu pour autant. C’est-à-dire que la vox populi, la loi de Lynch en fait, a gagné. Qu’on soit innocenté par la justice ou qu’on soit coupable, c’est pareil. Bon, c’est pas tout à fait nouveau. Dans tous les profs qui ont été accusés de pédophilie au fil de l’histoire, les coupables ont été mis en prison, mais ceux qui ont été innocentés, ils ont eu du mal à trouver du boulot parce qu’on a dit: il n’y a pas de fumée sans feu… Alors les réseaux sociaux ont quelques avantages pour communiquer sur des trucs qui n’intéressent pas les grands supports. Ça, c’est très, très, très bien. Mais ils ont un inconvénient, et c’est pour ça que de temps en temps je nettoie mon Facebook de manière drastique, ils ont l’inconvénient d’attirer des crétins absolus, ou plutôt des gens parfois intelligents qui sont devenus crétins. C’est-à-dire qu’ils n’ont même pas lu le truc jusqu’au bout qu’ils sont déjà là à affirmer qu’ils ne sont pas d’accord… Faut lire jusqu’au bout, mon pote! D’ailleurs, moi, je vais poster de moins en moins de publications contestables, parce que j’ai pas envie de devoir répondre à 40 trucs le lendemain, j’ai du boulot à faire. Ça m’a amusé un temps, mais là, c’est plus vraiment le cas…

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