GR: Première question: comment s’est passé votre confinement? La salle vous a-t-elle manqué ou faites-vous partie de cette «cinéphilie en pantoufles» qui visionne au chaud ses trois Blu-ray quotidiens sur vidéoprojecteur?
JPD: Il faut être très, très clair: je ne suis plus très salle. D’abord parce que j’habite en banlieue de Paris et que là-bas, il n’y a que des VF, quelques séances improbables mises à part. Monter à Paris quand on habite dans le 93, c’est une heure et demie à l’aller, plus une heure et demie au retour. Pour voir un film de deux heures et manger un morceau après, on en a pour 6 heures… Alors je suis grand écran quand je suis à la campagne, et je suis sur mon ordi quand je suis à Paris. Mon principe de départ, ça a été de revoir des films que je n’avais pas revus depuis 20 ou 30 ans, pour voir comment ils tenaient le choc. En fait, ils tenaient tous le choc: c’était mes grands, grands souvenirs. Contrairement à Bertrand Tavernier, qui est dans le Midi et qui lui revoit tout en 35 mm avec son projecteur, moi je revois tout sur l’ordi. Ce qui a un inconvénient (c’est un petit écran) mais un avantage non négligeable: je vois le cadre. Je découvre des choses, des légers décadrages par exemple, que je n’avais jamais vus. J’ai revu Lawrence d’Arabie (1962) pour la centième fois: là c’était un peu une ânerie car le petit écran ne fonctionne pas ici. Contrairement à des films de confinement que j’ai revus comme Die Hard (1989), L’aventure du Poséidon (1972), et tous ces films de sous-marins dont on ne peut s’échapper… Fausse bonne idée: ce sont des confinements dont on peut triompher par la force de la volonté. Or, lors de mon confinement, je ne suis jamais sorti de chez moi – ce sont mes enfants et ma femme qui sortaient. Je savais donc que moi, je n’étais pas du tout John McClane… Après, je suis passé aux films de grands espaces, aux films épiques.

GR: Aucune nouveauté?
JPD: Absolument pas. Je me suis réfugié dans un passé généralement pré-Nouvel Hollywood, c’est-à-dire à l’époque où on est encore dans la machine à rêve. C’est la période que je préfère. Parce qu’avec le Nouvel Hollywood, les stars se font payer de plus en plus cher (voyez Superman en 1978, avec Brando qui touche 500 000 dollars par jour) : l’argent n’est plus sur l’écran. Aujourd’hui, quand vous prenez un énième épisode de la saga Ocean’s Eleven, contrairement au premier qui avait été bricolé, ça coûte 200 millions de dollars, dont 120 qui vont dans la poche des acteurs! Avant, quand les comédiens étaient salariés, même s’ils étaient les meilleurs comédiens du monde, l’argent était sur l’écran. Depuis le temps que j’évoque mes 10 films préférés (tous les dix ans, je redis à peu près les mêmes): c’est ceux-là que j’ai revus. Je n’ai pas été chercher midi à quatorze heures. J’ai quand même fait une impasse: je me suis cantonné au cinéma américain. Je n’ai pas fait de cinéma asiatique, je n’ai pas fait de film français et je n’ai pas fait de bis. Quoique, si, en fin de compte: je me suis fait tous les Carpenter, qui sont pour certains assez bisseux.

PH: J’ai également revu Die Hard ainsi que les deux volets suivants de la saga pendant le confinement. Que pensez-vous du second volet, 58 minutes pour vivre (1990), qui n’a pas été réalisé par John McTiernan?
JPD: Non, il est réalisé par le mari de Geena Davis [NDLR. de 1993 à 1998], Renny Harlin. Il est pas mal.

PH: Mais vous ne sentez pas qu’il y a comme un problème de vraisemblance dans le film, par rapport au premier et au troisième, réalisés par McTiernan?
JPD: Dans le deuxième totalement. La manière dont les portes s’ouvrent, se ferment, etc., ça ne tient pas la route. Le 3 se reprend, mais ça n’a pas la force du 1. Après le 4 c’est à peu près n’importe quoi puisqu’on est dehors. Après le 5 en Russie, j’ai encore essayé de le voir, mais pfff… non, ça y est, c’est fini. Le premier c’est une cathédrale. C’est marrant, parce que ce qu’on a tous oublié, c’est qu’il [NDLR: Bruce Willis] n’a pas commencé par ça. Il a dit que ça a été son apogée: oui. Mais avant, il a fait deux Blake Edwards, dans des rôles comiques: Boire et Déboires (1987) avec Kim Basinger, madame Alec Baldwin à l’époque. Et puis après, il a fait le western Meurtre à Hollywood (1988) où il joue Tom Mix, qui est également de Blake Edwards. Mais c’est le Blake Edwards de la fin, hein. C’est dix ans après La Party (1968), quinze ans après Breakfast at Tiffany’s (1961), donc, c’est pas vital. Mais voilà, les gens croient que Willis a commencé avec Piège de Cristal: non.

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