Le rescapé miraculeux d’un accident d’avion devient un champion dans des réunions secrètes où des adeptes du hasard font des paris fous. Premier film très impressionnant du réalisateur espagnol de 28 semaines plus tard.

Bienvenue chez les cinglés convaincus qu’ils peuvent «acheter la chance des autres» et jouer leur vie. Intacto raconte l’histoire de trois hommes liés par un don. Tomas, un jeune voleur, est l’unique survivant d’une effroyable catastrophe aérienne. Croyez-le ou pas, il pourrait bien être l’instrument de la vengeance de Feredico ayant survécu à un tremblement de terre et découvert qu’il possède le pouvoir de voler leur chance aux êtres humains en les touchant. Samuel (le vénérable Max von Sydow), lui, est le survivant absolu, celui qui a tout perdu sauf la vie pendant les pires heures de la Seconde Guerre mondiale. Il est théoriquement intouchable et dirige à présent un casino avec l’aide de Federico. Lorsque celui-ci rompt leur association, Samuel le bannit du paradis et lui retire sa capacité à voler leur chance aux autres. Federico veut à tout prix défier le Maître à son propre jeu. Pour cela, il va se lier à Tomas. Les trois «chanceux» vont suivre un parcours initiatique désespéré.

Avant de réaliser 28 semaines plus tard, ze sequel de 28 jours plus tard de Danny Boyle, Juan Carlos Fresnadillo marquait les esprits avec ce conte énigmatique dans la veine, et sous influence, des succès ibériques d’alors signés par Alejandro Amenabar (Ouvre les yeux) et Jaume Balaguero (La secte sans nom). Sur ce coup d’essai, il part d’une hypothèse aussi insensée que stimulante: il existe au monde des êtres doués d’une chance hors du commun, selon une pyramide de la chance. L’idée consiste à entrecroiser les vies de personnages qui s’en remettent à leur destin et aux lois de la chance à travers un jeu mortel dont les enjeux sont les plus élevés qui soient. Et seul l’un d’entre eux en sortira intact. Le postulat de base, à savoir la protection qu’apporte la chance à certains êtres élus, évoque vaguement État second de Peter Weir. Mais c’est une fausse piste.

Loin de se cantonner au simple ludisme, le film n’en finit pas d’intriguer avec son décor stylisé et ses personnages cérémonieux et inquiétants qui n’autorisent pas la frivolité. Comme dans un jeu vidéo malsain, Juan Carlos Fresnadillo montre les différentes étapes à traverser en participant à des paris impossibles: éviter qu’un insecte se pose sur une tête, courir les yeux bandés dans un bois, tirer sur l’adversaire avec un barillet où une seule balle manque. C’était bien avant la saga des Saw qui, elle, jouissait d’un tel spectacle nauséeux en mode Fort Boyard dans un décor vomi vert. Ce que montre Juan Carlos Fresnadillo, ce ne sont pas des personnages chair à canon mais des personnages revenus de tout, un peu fantômes dans des paysages déserts.

Le personnage de Sam (interprété par Max von Sydow) se révèle le démiurge du jeu, celui qui se trouve tout en haut de la pyramide, c’est une sorte de «Dieu de la chance» tourmenté. Intacto commence et finit chez lui, de façon improbable, surréaliste, dans son casino kitsch et clinquant perdu au beau milieu d’un champ de lave aride, au milieu de nulle part, dans une vallée volcanique des Canaries. C’est chez lui que chacun des personnages vient chercher ses réponses. Dans ce parcours aux allures de dédale, se déroulant dans de grands espaces et des couloirs sombres, Juan Carlos Fresnadillo n’a pas peur de montrer qu’il a du style, le temps d’un monologue bluffant où le personnage de Sam/Max von Sydow, pas si éloigné au fond de Magneto dans X Men développe la culpabilité énorme d’avoir détenu une chance imméritée; ce que Primo Levi a appelé la «culpabilité du survivant». Une série B qui, sous couvert de divertissement, n’a pas peur de l’inconfort, ni des zones troubles, ne caressant pas dans le sens du poil et prenant la détresse de l’humain très au sérieux. Autant de qualités ayant tapé dans l’œil de Danny Boyle pour confier à son auteur les commandes de 28 semaines plus tard, excellente suite de 28 jours plus tard. Dommage que Juan Carlos Fresnadillo n’ait pas confirmé toutes ces promesses par la suite.

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