[Instant Chaos] Spécial David Fincher

A l’occasion de Mank, revenons aux origines fincheriennes: ni le chaotique Alien 3, ni le cultissime Seven, mais bien ses débuts généreux et remarqués dans le clip, qu’il commença en 1984 avant de connaître une consécration spectaculaire à la fin des années 80. Instant chaos et rembobinage sur cinq clips iconiques (spoilers: ne cherchez pas Bamboleo)

Express Yourself (1989)
La première rencontre entre Mado et Fincher. Et quelle rencontre! Scandant son chant féministe comme une walkyrie des temps modernes, la Ciccione regarde le monde d’en bas de tout en haut, perchée sur une Metropolis reconstruite de toutes pièces. Un des clips les plus chers de l’histoire en son temps, visible de nos jours uniquement dans un halo de lumière baveuse et de couleurs flashy. Qu’importe, on comprend le choc, et on le savoure d’autant mieux: outre la démesure complète, on avoue avoir un faible pour les allusions plus que suggestives à la chose, de ses ouvriers encore plus homo-érotisés que dans Cargo de Nuit, à ce plan de caresse sur chatte mouillée succédant à une vision de Madonna lapant sa coupe de lait à quatre pattes. Pas de doute, l’ère Erotica arrivait. Une étoile brille, et ça y est, Fincher finit dans toutes les bouches.

Who is It? (1991)
Le King de la Pop a dû sentir le vent tourner en voyant les clips de sa pote Madonna: il lui fallait donc naturellement David Fincher coûte que coûte. Clip splendide peu diffusé et il faut le dire assez méconnu, Who is It délaisse les pas de danse légendaires du chanteur (présent mais largement en retrait) pour illustrer un thriller techno-glacial assez éloigné de son univers habituel. Pour Fincher, c’est tout simplement un Gone Girl avant l’heure, avec sa femme fatale caméléon parcourant un L.A imaginaire et massif de pub pour parfums, avec des identités sur carte en titane et son crew prêt à vous refaire une beauté à chaque seconde. C’est racé, étrange et chic à 200 %.

Bad Girl (1993)
Mado avait fait décoller Fincher, alors autant se retrouver pour un adieu? Plus sobre que tout ce qui a pu précéder, Bad Girl semble parfois pencher vers un remake de A la recherche de Mr Goodbar par Abel Ferrara, avec qui Madonna venait de tourner Snake Eyes. Une filiation largement soutenue par la présence de Christopher Walken en ange de la mort. Là encore, ticket chic pour ticket choc, le clip retrace les dernières heures de la «bad girl», une Louise bourgeoise oubliant ses déceptions dans les bras d’inconnus pas toujours habités de bonnes intentions. Point de remous jusqu’à cette dernière séquence et son magnifique instant suspendu, un ultime baiser de mort qui fait arrêter les machines.

Freedom ! ‘90 (1990)
Même année que le ultra classe Vogue, Fincher s’affirme une fois de plus comme le clippeur iconique de la mort qui tue par excellence: frôlant de son aile velue un gros ras-de-bol, George Michael refuse d’apparaître dans la vidéo du single Freedom, laissant une tripotée de mannequins archi alamodeu (Cindy Crawford, Naomi Campbell, Linda Evangelista…) faire du playback sur sa chanson dans un appartement abandonné. Proche du foutage de gueule, le concept sous la caméra de Fincher devient une usine à glamour en trompe l’oeil (la rencontre du beau et du décrépis comme motif fincherien, ou cette petite incartade vampirique qui se dérobe aux yeux reposés) où chaque plan semble étudié comme un money-shot de folie. Jusqu’ici visible dans des conditions médiocres, la vidéo a refait surface le mois dernier dans un remaster 4K affichant une quantité de détails proprement hallucinants. 30 ans dans les dents, et pas une seule ride.

L.A Woman (1991)
Après un rigolo mais gentiment ringue Cradle of Love (avec son strip-tease face à un nerd ahuri), cette deuxième rencontre entre David Fincher et Billy Idol met le paquet. Plus grand monde s’en souvient et pourtant, Fincher ne s’y exprime à nouveau que par l’opulence la plus totale: ambiance Bro Scott (Blade Runner et Les prédateurs sont cités à toutes les sauces) dans un L.A orgiaque et probablement post-apo, avec ses orgies épuisées, ses teufeurs décadents, sa Marilyn crucifiée, son cafard dans le martini… Fincher voit toujours en grand, soigne et dégueule ses envies de cinéma.

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