“Inexorable” de Fabrice du Welz, l’œuvre au noir

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Avec Inexorable, Fabrice du Welz retrouve l’inspiration de ses meilleurs films, ceux qui propulsent leurs personnages aux confins extrêmes de leurs passions désaxées. Il est aussi en train de développer avec Benoît Poelvoorde une collaboration fructueuse et qu’on espère régulière, l’un et l’autre se mettant mutuellement en valeur (ils se retrouveront dans le prochain Du Welz intitulé Maldoror sur l’affaire Dutroux).

L’histoire repose sur un ressort dans l’air du temps, celui de l’intrus qui vient bousculer la tranquillité apparente d’une famille et dont Théorème (Pier Paolo Pasolini, 1968) serait la matrice: rien que cette année, on a pu observer le même schéma dans The feast de Lee Haven Jones, Glasshouse de Kelsey Egan et The righteous de Mark O’Brien. Ici, l’intrus est une intruse, Gloria, qui débarque dans le quotidien d’un écrivain en panne d’inspiration, peut-être parce qu’il est trop bien installé dans le château de sa femme, fille d’un grand éditeur. Poelvoorde n’a pas besoin d’en faire des tonnes, son regard suffit pour laisser deviner un passé chargé de secrets que cette fille semble déterminée à dévoiler.

Du Welz prend son temps pour installer le contexte et les personnages, avec ce qui ressemble à une désinvolture presque chabrolienne. Mais le calme n’est qu’apparent, et on se doute qu’à un moment, la pression va finir par exploser, et quand c’est le cas, attention aux éclats! S’il y a des signes qui ramènent à Calvaire (les Ardennes, l’apparition de Jackie Berroyer), c’est plutôt à l’inattendu Vinyan que le film fait référence en réinterprétant le motif de la quête obsessionnelle. Alba Gaïa Bellugi (voir son photomaton) incarne Gloria avec un mélange d’innocence et de menace, et sa ressemblance, voulue ou non, avec Charlotte Gainsbourg est étrangement raccord avec le thème du film. Manu Dacosse affirme encore sa maîtrise de la couleur (le rouge, surtout) qu’il met en valeur avec un effet maximal, dans la tradition du giallo. Mais Inexorable est surtout un film noir, là où il n’y a pas de coupables, seulement des victimes. G.D.

Présenté à L’étrange Festival 2021, Inexorable de Fabrice du Welz sortira le 26 janvier 2022

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