Le savoir-faire de Graham Baker évoque durablement l’efficacité et la bizarrerie du cinéma de genre Australien. Pas négligeable du tout.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Oublions pendant un instant que Graham Baker fut le rĂ©alisateur de l’insondable Beowulf, et essayons plutĂ´t de nous rappeler qu’il avait laissĂ© derrière lui les très sympathiques Futur ImmĂ©diat Los Angeles 1991 et La malĂ©diction finale, troisième volet aussi intĂ©ressant que sous-estimĂ© de la saga du terrible Damien. Entre les deux, un petit film solide et surprenant, l’oubliĂ© Impulse, projetĂ© en son temps hors-compĂ©tition au festival d’Avoriaz ainsi qu’au Festival fantastique de Paris, avant de disparaĂ®tre des radars… et de finalement atterrir en vidĂ©o. Le savoir-faire de Baker Ă©voque durablement l’efficacitĂ© et la bizarrerie du cinĂ©ma de genre Australien – dont on vous rabat les oreilles, oui – avec le Scope en moins. Et pour ce qui est de de la comparaison, il suffit de voir Ă  quel point toute l’introduction est un beau petit modèle de mise en scène: un ciel noir, des animaux qui dĂ©campent, et baam, un bref tremblement de terre secoue une petite ville de Californie. Ă€ des kilomètres de lĂ , un montage alternĂ© rĂ©unit Stuart, chirurgien, et Jennifer, sa compagne, une danseuse classique. Ă€ sa sortie de rĂ©pĂ©tition, la jeune fille reçoit un appel de sa mère, habitant dans le patelin sus-citĂ©, qui l’insulte copieusement avant de se faire flinguer le cervelet. Et voilĂ , pouf, gĂ©nĂ©rique. C’est simple, cash. On aime.

Quand on cause de petites villes américaines frappées d’un mal étrange, on pense aussi bien à L’invasion des profanateurs de sépultures qu’au Village des damnés: mais plus encore ici, c’est l’impression de voir l’adaptation d’un roman de Stephen King qui n’a jamais existé qui frappe par-dessus tout. On pouvait en dire autant du très macabre Dead & Buried, où les habitants d’une ville brûlaient la tronche des malandrins de passage pour servir un projet macabre. Depuis quelques secousses inattendues, la ville dépeinte dans Impulse voit en effet ses habitants faire preuve d’un comportement de plus en plus agressif, entre ses vieux qui pissent sur les voitures, ses ménagères prête à transformer votre voiture en carcasse, ou ce médecin qui s’amuse un peu trop avec l’appareil respiratoire de sa patiente. Une intoxication fait en effet sauter leur «censure mentale», ouvrant alors la grande porte des interdits. Mais bientôt les incivilités, parfois drôles, commencent à virer au rouge: voire cette scène démente où l’héroïne (la très belle et talentueuse Meg Tilly) tente de s’échapper de la maison de sa voisine, manifestement au bord de l’infanticide, alors que les gosses de celle-ci chercher à l’éradiquer dans sa fuite!

Plus qu’à The Crazies de Romero, dont il reprend l’argument général, c’est davantage les souvenirs de Bazaar ou des Tommyknockers qui nous reviennent à l’esprit. Sans doute parce que Baker n’a pas peur de dépeindre des situations parfaitement malsaines, comme ce gamin mitraillé devant une église, ou ce rebondissement à mi-parcours souhaitant que le chevalier servant fasse péter aussi ses inhibitions et ses pulsions déviantes. Ce qui empêche sans doute Impulse d’attendre le niveau de petit chef d’oeuvre de la série b, car il faut dire qu’il en a tous les atours, c’est sa structure très inégale, où les scènes plus spectaculaires se bousculent dès la première partie, avant de laisser place à un deuxième round plus lent et explicatif. Mais impitoyable, on vous rassure. C’est pas du Carpenter c’est sûr, mais ça se déguste très bien aussi.

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