La tagline nous avait mis en appétit : “Immortal Desire ne ressemble pas aux autres films pour adultes”. Miracle: pour une fois, la tagline, avec son petit côté “vous allez voir ce que vous n’avez jamais vu” assène vrai. Ou presque.

PAR PAIMON FOX

Loin de nous l’idée saugrenue de vous affirmer qu’il s’agit du nouvel Empire des sens et que l’inconnu Philip Christian est le Nagisa Oshima oublié, mais sachez que ce chaleureux film, riche en corps vigoureux, ne se résume pas à un vulgaire porno calibré pour toute une génération pré-YouPorn. Il vaut un peu mieux que ça.

Ce qu’il raconte, c’est l’odyssée sexuelle et métaphysique (à sa façon) de deux amants ténébreux du 17e siècle qui, grâce à la sorcellerie, découvrent un pouvoir de se retrouver et de s’aimer sur trois siècles. Déjà, il faut louer son plaisir à mélanger les gen(re)s entre eux, du fantastique à la romance en passant par le film de guerre, et à se balader au gré des époques. L’ambition est telle que le spectateur en quête d’onanisme doit être attentif aux brusques décrochages jalonnant le récit s’il a envie de comprendre de quoi il en retourne. Même si l’on veut bien entendre que l’on est excité que par ce que l’on ne comprend pas.

Attention tout de même à ceux qui auraient la mauvaise idée de passer le boulard en accéléré : en cinq minutes, Immortal Desire est capable de changer de cap, de faire vriller le récit, comme lorsqu’on passe du bourbier de Verdun en 1914 (!) à la Nouvelle Guinée en 1612 (!). L’astuce, c’est de nous raconter les mésaventures de ces deux personnages hantés par des images, des sensations et des souvenirs d’amour d’antan à la manière d’un rêve éveillé (les plans incessants sur l’héroïne surjouant le cauchemar) et de fait de s’autoriser plein de voyages spatio-temporels. On se demande presque si Darren Aronofsky n’a pas vu ce porno pour The Fountain.

A l’arrivée, ce X ésotérique appartient bien à son époque, bien ancré qu’il est en elle, beau comme un clip d’Enigma, kitsch comme on aime avec sa sorcière black aux ongles longs et ses séquences vaudou façon clip d’Eurodance. Avec pléthore d’effets de montage zarbis et de surimpressions choupies, il compense le manque de moyens par une vague impression d’étrangeté, amplifiée par la bande-son saxo exotico-chelou.

On imagine que proposer porno pareil au début des années 90 n’était guère aisé mais, compte tenu du résultat final, on se dit que Philip Christian, qui n’a réalisé par la suite qu’un western porno (Shame, 1994), n’a probablement pas vécu à la bonne époque. Ironiquement, pour un X sur le voyage dans le temps. Comprendre qu’il aurait pu être mieux, plus novateur. Du genre à marquer d’une pierre blanche et à conseiller aux générations futures, aux côtés des Defiance of Good et autres Behind The Green Door. Seulement, l’époque à laquelle il a été manufacturé, celle du début des années 90, correspond au basculement de la pornographie vers des produits informes et industriels, aux antipodes de cette proposition assez singulière comme celles, défiant l’espace et le temps, de Stephen Sayadian (Café Flesh, Nightdreams) dix ans plus tôt. Accessoirement, le mec aux commandes n’a pas la folie nécessaire pour driver ce genre de mutants et il aurait fallu aussi embaucher les Charlotte Gainsbourg et Shia LaBeouf d’alors, soient des comédiens capables d’exprimer plus de deux émotions, pour donner envie de croire à cette histoire d’amour et les faire doubler par des acteurs pornos qui, là, s’ils se donnent du mal pour nous faire du bien, ont quand même les yeux qui cherchent leurs cerveaux. Trop tard, trop tôt!

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here