Découvrez vite cette romance interdite entre deux adolescentes aux allures de conte vénéneux qui se déroule quelque part dans un village de montagne au cœur de la Norvège des années 40.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Avant Is-Slottet le film, il y a Is-Slottet le livre. Traduit très tardivement chez nous sous le titre du Palais de glace, ce classique de la littérature norvégienne fait parti des œuvres qui vont au delà de toutes espérances. Grâce à sa fausse simplicité, sa poésie feutrée, ses descriptions magiques, ses non-dits fracassants. En 1987, Is Slottet le film réussit la gageure incroyable d’adapter le livre quasiment au mot près. Les sensations ne sont pas les mêmes, obviously (on lui préfère la force d’évocation du livre, bien plus enchanteresse), mais le défi est relevé haut la main. C’est aussi une œuvre fantôme, qui n’est jamais sortie de son Nord natal. Chaos donc.

Nous voilà dans les années 30. Ou 40? Qu’importe : Is Slottet pourrait se passer ici, ou ailleurs, maintenant ou il y a plusieurs décennies, qu’on n’y verrait pas la différence. Entre Siss et Unn, deux jeunes filles, se tisse une amitié particulière. Elles se regardent, parlent peu. Le livre déployait le mécanisme du coup de foudre : au cinéma, il faut passer par les gestes qu’on retient et des regards bleus, si bleus. Les filles y sont plus âgées, mais la trahison fait sens : elles sont à l’âge du désir.

Loin des fanfreluches de David Halmiton, Is Slottet ne s’aventure jamais sur un terrain sexuel, malgré des nudités franches. Is Slottet embraye ailleurs: dans une scène incroyable, une des deux héroïnes découvre une grotte de glace aux couloirs infinis et s’y glisse comme une Alice trop curieuse. En un tour de main, Is-Slottet transforme le rêve en cauchemar… Mais on ne vous dira pas pourquoi. Il ne faudra chercher aucune réponse terre à terre dans ce mystère venu du froid : conte symbolique doux et triste, autant sur le travail du deuil que la culpabilité de l’amour interdit. Comme un Pique-Nique à Hanging Rock sous le gel, où les larmes coulent comme les gouttes s’échappant des stalactites.

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