En 1994, Virginie Despentes écrit Baise-moi, son premier roman. Un an plus tôt, de l’autre côté de l’Atlantique, le réalisatrice Sarah Jacobson signe I was a teenage serial-killer, classique de l’underground DYU dans laquelle une femme de 19 ans tue des porcs sexistes.

Sarah Jacobson était la reine du mouvement DYU en vogue aux States dans les années 90. Elle avait raison de dire que n’importe qui avait le droit de faire le film qu’il voulait, sur le sujet qu’il voulait, avec les moyens qu’il voulait. Et que, par-dessus, vous ne deviez faire valider votre travail par personne. C’est super fauché, d’accord, mais c’est super libre. Pour Jacobson, le cinéma, c’était Pasolini ou rien. L’art devait être sauvage, bousculer et rien d’autre. Elle utilisait le cinéma comme une arme pour dire ce qu’elle avait à dire sur les femmes comme elles et les mecs qui ne les respectent pas. Son film culte? Stranger Than Paradise, de Jim Jarmusch. Son modèle? Molly Ringwald, actrice fétiche de John Hughes. Accro à Sonic Youth, elle s’est aventurée au début des années 90 dans un cinéma underground et féministe, et s’impose avec le recul comme un chaînon idéale entre la Lydia Lunch des années 80 et la Virginie Despentes des années 90. D’ailleurs, on parie que la Virginie Despentes de Baise-moi a vu et apprécié I Was a Teenage Serial Killer, ce court métrage gonflé que Jacobson a réalisé un an avant la parution du roman provo et dans lequel une femme de 19 ans, écoeuré par le sexisme des hommes, se met à les assassiner.

Jacobson, née en 1970 à Minneapolis, avait à peine 20 ans et faisait montre d’un tempérament de feu avec une envie de raconter ce qui se passe dans la tête d’une meurtrière au gré de flash-back et à travers des effets visuels et sonores dissonants, d’envoyer paître tout ce que la dérange, à commencer par les conventions et la bienséance. Derrière cet objet culte, se cachent un mentor (George Kuchar, son prof de cinéma; et ce n’est pas rien, George Kuchar…) et sa mère, Ruth Ellen, productrice du court ayant crée avec sa fille une boîte (Station Wagon Productions), avec qui elle va promouvoir et distribuer son travail dans des festivals US. En bonne romancière, elle va également écrire sur le cinéma dans plusieurs magazines et distribuer des cartes de visite.

Si I was a teenage serial killer faisait l’effet d’un coup de boule, Mary Jane’s Not A Virgin Anymore, son premier long métrage (très écrit) qu’elle présente en 2007 au Festival de Sundance en distribuant des stickers “Not a virgin”, est plus doux, plus drôle aussi. Exactement comme la Despentes réal de Bye Bye Blondie. Ce premier long métrage est l’adaptation d’un roman qu’elle a écrit et de nombreuses personnalités font des cameo très remarqués (coucou Jello Biafra). Dès la première scène de sexe, où Barbie et Ken sont au lit et peinent à jouir, le ton est donné. La suite est assez verbeuse, proche de la transposition littéraire, mais dans une forme plus lisible, plus accessible et donc moins punk que I was a teenage serial killer qui, lui, cherchait clairement à faire partir les spectateurs de la salle avec un côté ne revenez jamais, bande de connards franchement amusant.

Si elle avait été adoubée par la grand-messe du cinéma indépendant, Sarah restait Sarah: une écorchée qui ne voulait absolument pas être récupérée par le système et ne faisait pas de réelles distinctions entre Hollywood et le cinéma indépendant alors en über forme: “Les médias les plus mainstream s’excitent beaucoup sur les films indépendants où des auteurs affirment une vraie personnalité”, avouait-elle dans une conférence au Midwest Filmmakers au Festival de Cleveland en 1998. “Mais cette excitation, c’est du Indiewood pour nous imposer des conventions de merde, règles de merde et des limites de merde. Cette pression de studios bride la création; ce n’est pas ce que j’attends d’un cinéaste”. Point final. Des questions? On aurait adoré suivre sa trajectoire, Sarah aurait assurément tout dévasté. Après Mary Jane’s Not A Virgin Anymore qui lui donne la possibilité de se faire un nom auprès des critiques et de cinéastes qu’elle idolatre (John Waters avec qui elle va nouer une amitié), Sarah se tourne vers la réalisation de clips pour Man or Astroman et Fluffy. En 2004, elle venait d’achever un scénario et s’apprêtait à mettre en scène son second long métrage. Un cancer la foudroiera et l’emportera précocement cette même année à l’âge de 32 ans.

Réalisation: Sarah Jacobson
Scénario: Sarah Jacobson
Avec: Kristin Calabrese
Musique: Heavens to Betsy
Photo & montage: Sarah Jacobson
Distribution: Station Wagon Productions
1993

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