Parcouru par la chanson d’Elvis Costello, un labyrinthe des passions orchestrĂ© par Michael Winterbottom qui, on le sait, filme vite et, sur ce coup, filme bien.

Bienvenue dans le pays de la neurasthĂ©nie, dans une petite ville cĂ´tière anglaise, dans lequel la placiditĂ© ambiante masque des meurtrissures, des faux semblants, des rivalitĂ©s, des angoisses, des peurs. Peur que le passĂ© ne resurgisse (et ses dĂ©mons aussi). Après neuf ans de taule, un homme veut retrouver son ancienne petite amie, soit celle pour qui il a tuĂ©. Sauf que cette dernière, aujourd’hui, frĂ©quente un autre homme (un animateur radio baptisĂ©… Bob) et qui s’est liĂ© d’amitiĂ© avec Honda, un ado semi-autiste qui enregistre tout: la mer, les voix, les atmosphères et mĂŞme sa sĹ“ur, chanteuse; ses halètements quand elle donne du plaisir aux hommes qui passent et qu’elle perd. Avec pareil retour au bled, les secrets remontent Ă  la surface, on s’attend au pire, et le pire arrive…

I Want You mise sur la capacitĂ© du spectateur Ă  deviner ce qui est suggĂ©rĂ©. Comment faire pour le tenir en haleine? Par un traitement esthĂ©tique que certains trouveront digne d’un formaliste un peu prĂ©cieux mais qui, selon nous, donne une ampleur joliment dĂ©suète et clippesque Ă  une histoire on ne peut plus classique de secret larvĂ©: pluie de filtres, d’angles et d’effets bizarres pour donner Ă  ressentir le mal-ĂŞtre des personnages; ce qui devrait passer pour de l’affĂ©terie provoque en nous une inattendue fascination. La petite ville cĂ´tière, oĂą tout se sait et finit par se savoir, devient le rĂ©ceptacle de brĂ»lantes passions, de vives rancoeurs et c’est assez beau Ă  regarder. Le temps passe, comme on aime qu’il passe au cinĂ©ma: languide quand il faut s’attarder.

Pour toutes ces raisons, I Want you regarde les gens se dĂ©sirer, se perdre pour mieux se retrouver ou pour mieux se dĂ©tester. Un film noir dopĂ© au Lynch jusque dans sa bande-son, dans lequel on noie son chagrin et dont la froideur empĂŞche tout pathos. Quand ses longs mĂ©trages sortaient en salles (parfois deux dans la mĂŞme annĂ©e), on a souvent reprochĂ© au prolifique cinĂ©aste anglais de tourner vite et trop vite pour son, et notre, propre bien. Sur ce coup, I Want you est la preuve que Winterbottom peut filmer vite et bien. Un film d’une durĂ©e adĂ©quate (une heure vingt) pour ĂŞtre trouble.

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