House (Hausu pour les intimes) est la variation sur le thème de la maison hantée la plus frappadingue que l’on ait vu au cinéma.

PAR ROMAIN LE VERN

Connu pour ses clips vidéos, ses publicités et ses expérimentations en tout genre, Nobuhiko Obayashi, surnommé «magicien des images» au pays du soleil levant, laisse éclater sa verve créatrice dans cette merveille surréaliste. Dans House, que les cinéphiles les plus doctes appellent par leur titre jap Hausu, Oshare («élégante» en Japonais), une adolescente endeuillée depuis la mort de sa tendre maman et échaudée par l’idée que son compositeur de papa aille reconstruire sa vie avec une autre femme, refuse de partir en vacances avec le vieux et belle-maman et opte pour une option plus radicale que les colonies de vacances: partir dans le manoir de sa tante défunte avec des amies qui fantasment sur le prof de sport. Plus belle la vie, quoi.

Là-bas, une autre forme d’horreur (des forces maléfiques) les attend et la suite crée un contraste hallucinant avec tout ce qui a précédé. En réalité, le mythe de la maison hantée sert à faire le lien entre le contexte initial très kawai, un déroulement très gore. Soit du shôjo-manga primesautier vers la comédie musicale horrifique, genre Le Magicien d’Oz et ses décors en trompe-l’œil revisités par Mario Bava. Avec ses adolescentes aux psychologies fort prédéterminées (une cérébrale, une gourmande, une reine du kung-fu, une musicienne, une maniaque de la photo, une secrète etc.), pourvues d’activités précises comme si elles sortaient d’un manga branchouille, on en prend plein les yeux. On peut au passage s’amuser de la manière concupiscente dont le réalisateur casse leur aura innocente et les filme comme des objets de désir. Pour les actrices, le principal n’était pas de savoir jouer correctement mais de ne rien prendre au sérieux et d’adopter une composition outrée. L’efficacité provient de la cadence du rythme frénétique mêlée aux effluves cartoonesques: profusion d’artifices novateurs (images subliminales, superpositions, filtres de couleurs, split-screen), utilisation du matte painting et de la stop motion en accord avec une bande-son psychopathe. Et, last but not least, un sublime angora blanc en guise de chat noir maléfique qui joue du piano et qui chante!

C’est du cinéma comme on aimerait qu’il soit partout, toujours. Il y a toujours une surprise au détour de chaque plan, sans nécessairement chercher à taper ostensiblement dans l’œil du spectateur (cf. le flashback, premier frétillement de rétine, où l’héroïne relate sans fards la jeunesse de sa tante et de sa mère pendant la guerre du Pacifique, astuce que Quentin Tarantino a dû reprendre dans Kill Bill n°1 pour relater le passé de O’Ren Ishii – Lucy Liu). On regarde ça bouche bée, sidéré. On aimerait plonger dedans, on aimerait vivre dedans, on aimerait manger le champion hallucinogène. On peut bien sûr apprécier le film en faisant abstraction de toute la dimension psy propre à tous les bons contes de fées qui se respectent (la tante est une marâtre méchante qui se régale des âmes jeunes et virginales). Mais comment ne pas jouir devant ce spectacle? On a vu vos yeux en spirale en découvrant cette jeune fille brailleuse se faire littéralement engloutir par un piano vorace. Et ça continue de plus belle, de mieux en mieux, de plus en plus fort, dans un art graphiquement barré du décalage proche du collage à la Svankmajer. C’est l’appétit de merveilleux cher aux surréalistes. C’est l’orgasme-fait-film, Hausu!

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