[HITCHER] Robert Harmon, 1986

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Il aura suffi au scénariste Eric Red d’écouter Riders On The Storm des Doors (où mention est faite d’un «tueur sur la route») pour imaginer le synopsis d’Hitcher, d’une simplicité glaçante, porté sur grand écran par la présence surnaturelle d’un Rutger Hauer au sommet.

PAR ALEXIS ROUX

Jim Halsey (C. Thomas Howell) transporte une voiture jusqu’en Californie à travers les grands espaces désertiques des Etats-Unis. L’occasion pour lui d’aller s’installer au Soleil à moindres frais. Mais son petit voyage peinard se transforme en virée cauchemardesque après sa rencontre avec John Ryder (Rutger Hauer), un auto-stoppeur tueur en série, sadique et terrifiant. Accusé à tort des meurtres de Ryder, Jim se retrouve aculé, poursuivi inlassablement par ce monstre. S’engage alors une chasse à l’homme sans pitié dans l’aridité des grands espaces.

Ce qui frappe et même choque avec Hitcher, c’est l’inexorable violence qu’il met en scène. Filmé sans la moindre concession, le film fait preuve d’une noirceur et d’un cynisme abyssaux, servi par une mise en scène inspirée. En témoigne cette séquence d’ouverture dantesque, où la silhouette macabre de Ryder jaillit de la nuit, sous une pluie battante, pour s’abattre sur le pauvre Jim. Un contraste fort avec l’ultime séquence, qui joue sur des teintes de clair-obscur d’un raffinement surprenant, à la faveur du crépuscule.

Son statut de film culte des années 80 – acquis bien plus tard qu’à sa sortie, son accueil en salles étant désastreux – le film le doit donc certainement à son acteur principal, Rutger Hauer. Celui qui avait brillé par son charme viril chez Paul Verhoeven (Turkish Délices, La Chair Et Le Sang) et traumatisé toute une génération de fans de science-fiction (Blade Runner) atteint ici l’apogée de son art. D’un calme olympien, John Ryder devient par le regard bleu perçant de son interprète un dominant naturel, sorte de «mâle Alpha» d’une perversité infinie. Ce genre d’interprétations jusqu’au-boutiste dont la série B a parfois le secret.

C’est d’ailleurs son statut de film à petit budget qui acheva probablement d’en faire un long-métrage profondément pessimiste. Nous sommes en effet en 1986, le « Nouvel Hollywood » est mort et enterré depuis longtemps et l’heure est au divertissement de masse, les fameux blockbusters. A ce titre, Hitcher laisse transparaître en sous-texte la fin d’un monde, la disparition des promesses créatives faites à la fin des sixties.

Il est d’ailleurs assez intéressant de comparer Easy Rider, autre road-movie se déroulant dans le désert mais sorti en pleine «année érotique», avec le film de Robert Harmon. Le premier montre une cohésion entre deux hommes soucieux de retrouver les valeurs de l’Amérique originelle, une liberté pure et absolue. Le deuxième montre un conflit sombre, cruel, où le Mal incarné pousse dans ses derniers retranchements un «homme en devenir», jusqu’ici plus ou moins épargné par la violence du monde. Le désert n’est plus, comme il le fut pour Peter Fonda et Dennis Hopper, un horizon idyllique, l’opportunité d’un nouveau départ mais une prison dont on ne s’évade pas. Une vision du monde et des Hommes qui débordera finalement la simple diégèse du film. Jamais plus Robert Harmon ne brillera derrière une caméra. C. Thomas Howell sera repêché tant bien que mal par la télévision et Rutger Hauer verra lui aussi sa carrière inexorablement décliner. Hitcher est un film maudit, aux odeurs de souffre et de mort.

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