Disponible depuis le 30 octobre sur Netflix, His House nous emmĂšne Ă  la rencontre de monstres et fantĂŽmes dans une petite maison anglaise. AprĂšs avoir fui les horreurs de la guerre au Soudan du Sud, un jeune couple de rĂ©fugiĂ©s peine Ă  s’adapter Ă  la vie dans une ville rongĂ©e par un mal profond. C’est parfait pour un Halloween confinĂ©.

A chaque mois d’octobre dĂ©sormais, Netflix nous abreuve gĂ©nĂ©reusement de projets d’horreur d’une qualitĂ© trĂšs inĂ©gale. L’annĂ©e derniĂšre, on a eu droit Ă  Eli de CiarĂĄn Foy, La morsure du Crotale de Zak Hilditch et j’en passe, qui ne nous avaient pas du tout emballĂ©. Cette annĂ©e, Les liens maudits de Domenico Emanuele de Feudis et Kadaver de Jarand Breian Herdal Ă©taient si mauvais que nous n’avons mĂȘme pas daignĂ© en parler. Et puis arrive His house, lancĂ© chez nous la veille d’Halloween. Le premier long mĂ©trage de Remi Weekes qui devrait redonner un peu le sourire Ă  ceux qui nourrissaient l’espoir de cĂ©lĂ©brer le 31 octobre au cinĂ©ma ou entre amis.

Talent issu de la publicitĂ©, ayant dĂ©jĂ  signĂ© plusieurs courts mĂ©trages, le rĂ©alisateur propose avec son coup d’essai une plongĂ©e horrifique dans un univers oĂč la cruautĂ© sociale et le drame intimiste constituent le terreau fertile Ă  l’avĂšnement de la terreur. En bon connaisseur des rĂšgles du genre, le cinĂ©aste sait que pour ĂȘtre efficace, il faut d’abord aller chercher dans l’angoisse du quotidien avec deux personnages bien chargĂ©s: Bol et Rial sont rĂ©fugiĂ©s ayant fui les horreurs de la guerre au Soudan du Sud. ArrivĂ©s en Europe au terme d’un pĂ©ril ayant coutĂ© la vie Ă  leur fille, ils se voient emmenĂ©s dans une maison insalubre dans la banlieue de Londres. En attendant un titre de sĂ©jour officiel, ils reçoivent l’ordre de rester le plus possible Ă  l’intĂ©rieur de la bĂątisse, pour Ă©viter de se faire remarquer. TrĂšs vite, les angoisses du passĂ© refont surface. Alors qu’ils tentent de s’acclimater Ă  leurs nouvelles conditions, ils ont la sensation que quelque chose les a suivis.

Ne prenez pas peur Ă  la lecture du rĂ©sumĂ©. His house n’a rien d’un film plein de pathos sur la crise migratoire façon Toledano-Nakache feat Le Horla de Maupassant. Ouf. Ne cherchant pas Ă  se la jouer prĂ©tentieux, l’ensemble puise dans une forme de classicisme bienvenue. Son montage fluide et toujours signifiant s’aide d’un dĂ©cor tout en fissure et dĂ©crĂ©pitude pour souligner l’isolement mental et l’éloignement du couple au sein de la mĂȘme maison. De plus, le rĂ©alisateur n’hĂ©site pas Ă  recourir aux grosses ficelles du genre. Des objets tombent tous seuls, des voix d’enfants morts murmurent Ă  travers les murs et, quand la lumiĂšre vient Ă  manquer, on peut apercevoir des ombres bien flippantes trainer dans les coins. Alors forcĂ©ment viennent trĂšs vite les mĂȘmes interrogations: est-ce Rial qui aprĂšs tant d’horreurs et d’épreuves commence Ă  devenir zinzin? Ou bien son mari? Ou bien les deux? Fort heureusement, l’intĂ©rĂȘt du film ne rĂ©side pas dans la rĂ©ponse. L’horreur, nous dit Remi, la vraie, est, comme toujours, on ne peut plus rĂ©elle.

Une sĂ©quence kafkaĂŻenne cristallise trĂšs bien toutes les angoisses que cherche Ă  vĂ©hiculer His house et justifie Ă  elle-seule le visionnage du film. Durant ce passage, le personnage de Rial se perd dans son lotissement labyrinthique et croise la route d’une bande d’ados. En quelques minutes, c’est toute la cruautĂ© de son nouveau monde que reçoit en pleine face celle qui a quittĂ© l’enfer pour se retrouver au purgatoire. Le familier devenant plus angoissant encore que l’inconnu. AprĂšs ça, tous les fantĂŽmes et autres apparitions cadavĂ©riques semblent bien fades, aussi bien Ă  nos yeux qu’à ceux de nos pauvres protagonistes. On soulignera en passant des influences hĂ©ritĂ©es du bis italien avec poupĂ©es pendues et au-delĂ  brumeux qui procureront de petits frissons de satisfaction aux aficionados. Marchant sur un sentier balisĂ© mais ayant confiance en ses effets, ses acteurs et sa mise en scĂšne, Remi Weekes vient ajouter sa contribution trĂšs apprĂ©ciable Ă  un courant dĂ©sormais baptisĂ© le «New Age Black horror films», dĂ©mocratisĂ© par Jordan Peele (Us). Naissance d’un cinĂ©aste trĂšs prometteur, Ă  suivre. G.C.

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