Le journaliste Henry Chapier est mort à l’âge de 85 ans. Nous l’avions interviewé en 2015 comme Invité de minuit pour ChaosReigns. Voici l’entretien en hommage.

Quel est le film qui vous a donné envie d’être critique de cinéma?
Henry Chapier : America, America d’Elia Kazan (1963) m’a profondément marqué. Les films de René Clair. Ceux de Luchino Visconti, aussi. Plus généralement, j’adorais le cinéma italien, à une époque où l’on ne le voyait pas énormément en France.

En 1970, vous avez réalisé un film totalement halluciné : Sex Power. Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer derrière une caméra ?
Henry Chapier : Tout simplement, je m’étais dit que c’était trop facile d’être critique quand on ne connaissait pas les conditions d’un tournage. Alors je considérais la réalisation d’un film comme un devoir. Et ce devrait être le devoir de tous les critiques de cinéma aujourd’hui. C’est ce que je me dis lorsque je lis des critiques de cinéma dans Libé et dans Le Monde qui peuvent, parfois, se révéler extrêmement dures et prétentieuses. Ils sont généralement à côté de la plaque. Un film prend deux ans de votre vie, un papier ne prend que 10 minutes (il rit).

Pour Sex Power, vous aviez réuni Bernadette Lafont, Jane Birkin…
Henry Chapier : Si vous voulez, le fil rouge de Sex Power, c’était le fantasme d’un jeune homme qui rêvait de différentes femmes idéales. Pour Bernadette Lafont, c’était un contre-emploi vu qu’elle incarnait la fureur de Salomé demandant au roi la tête de Jean-Baptiste. Jane Birkin, elle, jouait une actrice de théâtre romantique. A l’époque, je l’avais filmée avec sa fille, Kate Barry, qui malheureusement s’est suicidée en 2013. Pour Jane, Sex Power reste un film sacré car il correspond finalement à un document sur sa fille qui, au moment du tournage, avait 3 ans.

Vous avez reçu pour Sex Power la Coquille d’argent au Festival de San Sebastian en 1970 et, à l’époque, le président du jury était Fritz Lang.
Henry Chapier : Oui, on n’osait pas être trop familier avec lui. Comme toujours lorsque vous présentez un film dans une compétition, il y a un devoir de retenue vis-à-vis des membres du jury. Ce qui était amusant, c’est que j’ai eu une grand-mère autrichienne donc je parlais allemand avec lui ; ce qui avait cassé le côté un peu rigide de ce genre d’entretien.

Par la suite, vous êtes redevenu journaliste pour Le Quotidien de Paris et FR3. Pourquoi vous n’avez pas continué la réalisation ?
Henry Chapier : Parce que l’époque était devenue extrêmement difficile pour les réalisateurs Å“uvrant dans le cinéma d’auteur. Il faut se souvenir que, lors de sa sortie en salles, La Luna (Bernardo Bertolucci, 1979) n’avait fait que 3 entrées et demi. C’est faux de penser que les années 70 étaient les meilleures pour le cinéma d’auteur. Au début des années 70, c’était très dur de monter des films indépendants. Les gens se trompent, le cinéma avait peur des sujets difficiles. Autrement, j’avais besoin de cette activité de journaliste. J’aimais ce métier et j’acceptais toujours avec passion des reportages à l’étranger.

En 1996, vous avez fait partie du jury du Festival de Cannes présidé par Francis Ford Coppola…
Henry Chapier : C’était une merveille ! Francis Ford Coppola était extrêmement fair-play, démocratique, laissant la possibilité à chacun d‘exposer son point de vue. Nous avions accordé une mention spéciale à Crash de David Cronenberg. Cela s’est joué à une voix près.

QUIZ CHAOS DU CINEPHILE
Un film : America, America (Elia Kazan, 1963)
Un réalisateur : Joseph Losey
Une histoire d’amour : Romeo et Juliette
Un sourire : Françoise Sagan
Un regard : Marie Bell
Un acteur : Alain Delon
Une actrice : Marlene Dietrich
Un début / Une fin : Il y a la mode qui consiste à faire commencer le film par la fin…
Un plaisir coupable : le chocolat
Un rire : Je ris assez difficilement.
Un film malade : Irréversible de Gaspar Noé.

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