Henry Chapier (1933-2019)

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Le journaliste Henry Chapier est mort Ă  l’Ăąge de 85 ans. Nous l’avions interviewĂ© en 2015 comme InvitĂ© de minuit pour ChaosReigns. Voici l’entretien en hommage.

Quel est le film qui vous a donnĂ© envie d’ĂȘtre critique de cinĂ©ma?
Henry Chapier : America, America d’Elia Kazan (1963) m’a profondĂ©ment marquĂ©. Les films de RenĂ© Clair. Ceux de Luchino Visconti, aussi. Plus gĂ©nĂ©ralement, j’adorais le cinĂ©ma italien, Ă  une Ă©poque oĂč l’on ne le voyait pas Ă©normĂ©ment en France.

En 1970, vous avez rĂ©alisĂ© un film totalement hallucinĂ© : Sex Power. Qu’est-ce qui vous a donnĂ© envie de passer derriĂšre une camĂ©ra ?
Henry Chapier : Tout simplement, je m’étais dit que c’était trop facile d’ĂȘtre critique quand on ne connaissait pas les conditions d’un tournage. Alors je considĂ©rais la rĂ©alisation d’un film comme un devoir. Et ce devrait ĂȘtre le devoir de tous les critiques de cinĂ©ma aujourd’hui. C’est ce que je me dis lorsque je lis des critiques de cinĂ©ma dans LibĂ© et dans Le Monde qui peuvent, parfois, se rĂ©vĂ©ler extrĂȘmement dures et prĂ©tentieuses. Ils sont gĂ©nĂ©ralement Ă  cĂŽtĂ© de la plaque. Un film prend deux ans de votre vie, un papier ne prend que 10 minutes (il rit).

Pour Sex Power, vous aviez réuni Bernadette Lafont, Jane Birkin

Henry Chapier : Si vous voulez, le fil rouge de Sex Power, c’était le fantasme d’un jeune homme qui rĂȘvait de diffĂ©rentes femmes idĂ©ales. Pour Bernadette Lafont, c’était un contre-emploi vu qu’elle incarnait la fureur de SalomĂ© demandant au roi la tĂȘte de Jean-Baptiste. Jane Birkin, elle, jouait une actrice de thĂ©Ăątre romantique. A l’époque, je l’avais filmĂ©e avec sa fille, Kate Barry, qui malheureusement s’est suicidĂ©e en 2013. Pour Jane, Sex Power reste un film sacrĂ© car il correspond finalement Ă  un document sur sa fille qui, au moment du tournage, avait 3 ans.

Vous avez reçu pour Sex Power la Coquille d’argent au Festival de San Sebastian en 1970 et, Ă  l’époque, le prĂ©sident du jury Ă©tait Fritz Lang.
Henry Chapier : Oui, on n’osait pas ĂȘtre trop familier avec lui. Comme toujours lorsque vous prĂ©sentez un film dans une compĂ©tition, il y a un devoir de retenue vis-Ă -vis des membres du jury. Ce qui Ă©tait amusant, c’est que j’ai eu une grand-mĂšre autrichienne donc je parlais allemand avec lui ; ce qui avait cassĂ© le cĂŽtĂ© un peu rigide de ce genre d’entretien.

Par la suite, vous ĂȘtes redevenu journaliste pour Le Quotidien de Paris et FR3. Pourquoi vous n’avez pas continuĂ© la rĂ©alisation ?
Henry Chapier : Parce que l’époque Ă©tait devenue extrĂȘmement difficile pour les rĂ©alisateurs Ɠuvrant dans le cinĂ©ma d’auteur. Il faut se souvenir que, lors de sa sortie en salles, La Luna (Bernardo Bertolucci, 1979) n’avait fait que 3 entrĂ©es et demi. C’est faux de penser que les annĂ©es 70 Ă©taient les meilleures pour le cinĂ©ma d’auteur. Au dĂ©but des annĂ©es 70, c’était trĂšs dur de monter des films indĂ©pendants. Les gens se trompent, le cinĂ©ma avait peur des sujets difficiles. Autrement, j’avais besoin de cette activitĂ© de journaliste. J’aimais ce mĂ©tier et j’acceptais toujours avec passion des reportages Ă  l’étranger.

En 1996, vous avez fait partie du jury du Festival de Cannes présidé par Francis Ford Coppola

Henry Chapier : C’était une merveille ! Francis Ford Coppola Ă©tait extrĂȘmement fair-play, dĂ©mocratique, laissant la possibilitĂ© Ă  chacun d‘exposer son point de vue. Nous avions accordĂ© une mention spĂ©ciale Ă  Crash de David Cronenberg. Cela s’est jouĂ© Ă  une voix prĂšs.

QUIZ CHAOS DU CINEPHILE
Un film : America, America (Elia Kazan, 1963)
Un réalisateur : Joseph Losey
Une histoire d’amour : Romeo et Juliette
Un sourire : Françoise Sagan
Un regard : Marie Bell
Un acteur : Alain Delon
Une actrice : Marlene Dietrich
Un début / Une fin : Il y a la mode qui consiste à faire commencer le film par la fin

Un plaisir coupable : le chocolat
Un rire : Je ris assez difficilement.
Un film malade : Irréversible de Gaspar Noé.

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