Lee Kang-Sheng, acteur fétiche de Tsai Ming-Liang, a réalisé plusieurs longs-métrages dont le plus plébiscité reste Help me Eros (2005) – après l’obscur The Missing (2003). Un homme, seul au monde, y fait bouillir un peu d’eau pour réchauffer ses sentiments froids. Une femme obèse qui n’est plus touchée par son compagnon depuis des lustres comble ses manques en tchatant sur Internet. Une prostituée qui se vautre dans le sexe tarifé pour échapper aux sentiments qui font mal au cœur. C’est du Tsai Ming-Liang sans le style mais il demeure un beau regard sur des hommes et des femmes effrayés par le contact humain – morale : aujourd’hui, on ne regarde plus ceux qui sont autour d’eux (peur de souffrir à nouveau) et on préfère reluquer l’écran de son ordinateur. Une once de noirceur supplémentaire, et on basculait dans la tragédie pathétique relevée de pathos. On y échappe. Presque.
Au niveau des surprises, il y a une INCROYABLE scène de sexe comparable à celle qui fermait La saveur de la pastèque. Situons-la : le protagoniste (Lee Kang-Sheng donc) et sa copine prostituée d’un soir – tous les deux très beaux et très nus – sont allongés sur le ventre, à moitié endormis. Alors qu’il a les moyens d’assouvir tous ses fantasmes avec une conquête, le mec regarde, imperturbable, l’écran de son ordinateur et participe activement à un t’chat sur MSN où il demande à sa complice anonyme d’envoyer une photo d’elle. Il la reçoit, la regarde et voit deux filles: une bombe et une obèse. Et lui répond, sèchement : « c’est qui la grosse à côté de toi ? ». La grosse, c’est bien entendu sa partenaire virtuelle. Et bien entendu, cette dernière va répondre qu’il s’agit d’une amie. Pendant ce temps, celle qui est allongée à ses côtés pose une main câline sur son dos ruisselant, longe son corps et descend jusqu’en bas des reins pour prodiguer une caresse intime dont elle a la spécialité. Outre le fait que cette scène érotique est incroyablement intense, elle met en relation deux formes de sexualité : celle qui s’épanouit dans la vie de tous les jours dans un lit et celle qui se vide à travers les fantasmes d’aujourd’hui: un écran d’ordinateur, un(e) inconnu(e). Internet est décrit comme une ouverture sur un monde vaste et illimité qui nous rend petit. Au point de disparaître.

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