Au fil des années, Hardware s’est constitué un petit public de cinéphiles qui le défendent bec et ongles. Petit à petit, il est arrivé à un stade où certains vont jusqu’à considérer cette histoire de robots comme l’un des parangons du cyber punk.

PAR PAIMON FOX

Hardware, Mark 13 de son titre d’origine (le nom d’une machine à tuer qui trucide tout ce qui a le malheur de bouger et qui a un drapeau américain tatoué sur le crâne), prix des effets spéciaux en 1991 au feu festival d’Avoriaz, commence là où un Miracle Mile (Steve De Jarnatt, 1989) s’arrête: avant et après la peur d’une apocalypse imminente.

A 25 ans, le débutant Richard Stanley qui revient d’Afghanistan réalise ce joli film de science-fiction sauvage, désabusé, l’envisage de façon expiatoire. Il se déroule la nuit de Noël, après une guerre nucléaire. Un couple doit affronter un cyborg tueur qui a survécu au cataclysme. Si ça se passe dans un contexte futuriste apocalyptique où les machines semblent avoir pris le pouvoir sur l’humain, l’action se déroule dans un petit appartement, de la science-fiction et du survival en huis-clos en somme. Par ici les influences : difficile de ne pas penser à Alien, notamment pour le personnage principal féminin (ici, une sculptrice qui construit des œuvres d’art à partir de ferraille) et surtout le parallélisme entre le vaisseau et l’appartement où deux femmes (Jil et Ripley) vont devoir se battre et se mouvoir dans un espace confiné face à une terreur omnipotente. Le sens aigu de l’espace est un héritage de John McTiernan période Prédator (Richard Stanley lance même un clin d’œil au film lorsque le personnage cherche à se réfugier pour fuir le robot à fortiori invincible). L’imagerie singulière et le jeu sur les couleurs saturées rappellent les gialli d’Argento et la perversité du robot, un lien lointain avec Generation Proteus dans lequel une femme était déjà séquestrée par un robot aux pulsions sexuelles. Mais au-delà des références, il en émane une graine de culte bien personnelle avec notamment l’apparition d’un des membres du groupe Motorhead ou l’utilisation de la voix d’Iggy Pop.

De manière sporadique, une télévision émet des informations guère rassurantes sur le reste du monde. La fougue du réalisateur qui essaye de montrer qu’il en a dans sa bobine s’en ressent jusque dans les ambitions du produit qui tente de brasser différentes cultures (post-punk, mysticisme) et des éléments déjà exploités dans d’autres films. Parallèlement, dans un milieu minéral, on retrouve une machine de guerre construite à base de tôle. L’écrin est inerte et désenchanté, les personnages sont tellement repliés sur eux-mêmes qu’ils se complaisent dans le voyeurisme et ne connaissent pas d’autres moyens de communication – une sensation de moiteur renforcée par le recours aux filtres oranges et rouges. La menace du robot est parfois amoindrie par des digressions habiles comme le rapport avec le voisin pervers qui s’amuse à torturer psychiquement la personne qu’il mate et profite du chaos pour s’approcher d’elle.

L’atmosphère paranoïaque n’est pas sans évoquer l’univers de Philip K. Dick toute proportion gardée, d’autant qu’elle est amplifiée par la bande-son de Simon Boswell qui ajoute incidemment au charme insidieux de l’expérience. Heureusement, Hardware ne revendique rien malgré ses petites allusions anti-bellicistes (le coup du drapeau américain) en pleine guerre du Golfe, et prend juste le temps de poser son histoire avant d’entrer dans le vif du sujet. On est après Tsukamoto mais avant Matrix. Suite à cette réussite d’estime, Richard Stanley devait réaliser L’île du docteur Moreau mais a été évincé du tournage par la production qui ne supportait pas sa vision de l’adaptation du roman de Wells jugée trop extravagante et baroque. Depuis, c’est devenu un film très malade de John Frankenheimer et Stanley, dépité par cette expérience, n’a pas confirmé les espoirs placés en lui. Life is a bitch

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