Zabou, Jean Rougerie, Bernadette Lafont et des amazones dans le film d’aventure Ă©rotico-kitsch du rĂ©alisateur de Emmanuelle. Un classique des carrĂ©s rose d’M6 dans les annĂ©es 90.

PAR JEREMIE MARCHETTI

En adaptant Emmanuelle Arsan, D.W Lawrence et Pauline Réage, Just Jaeckin pensait avoir réinventé l’érotisme: faute d’avoir réussi, il l’introduit sans souci dans les salles et les tiroirs-caisses. Mais la mode ne survivra pas au tournant des 80’s: du coup, cet improbable Gwendoline tentait de rameuter plutôt fans de bandes-dessinées et amateurs de films d’aventure, avec une pointe de seins pour rappeler qu’on a bien monsieur Emmanuelle aux commandes. Au delà de tout ça, c’est surtout la perspective de faire un Indiana Jones du cul qui prévaut, l’aventurier au lasso étant plus que jamais à la mode dans les arcanes du bis. Il est bien sûr évident que Gwendoline est plus proche en l’état des Allan Quatermain de la Cannon que de Spielberg, Jaeckin étant plus un esthète du papier glacé qu’un grand réalisateur. Nanar de luxe ? Un peu oui, même si le positif l’emporte malgré tout. A vrai dire, Gwendoline est peut-être même ce que l’ancien photographe a fait mieux.

En tête d’affiche, une nouvelle découverte jaeckienniene, la belle et chevelue Tawny Kitaen (qu’on reverra alors dans le très sympathique Witchboard), ici introduite en parfaite héroïne cruche, vierge, obnubilée par les sentiments et incapable de se battre (les féministes adorent). N’ayant rien trouvé de mieux à faire qu’à aller en Chine enfermée dans une caisse, elle a, en l’espace de quelques minutes, le temps de se faire kidnapper, tripoter et violenter, jusqu’à qu’un Indiana Jones de seconde main (le ricain Brent Huff, qui finira chez Fred Olen Ray et Bruno Mattei) vienne la sauver accidentellement. Car évidemment, le brave outsider est un macho qui refoule ses sentiments, montre les muscles et se comporte comme un sacré connard. Sur ces conventions sexistes délirantes, Jaeckin a au moins la bonne idée de plaquer un second degré frétillant qui confirme que le spectacle n’est qu’une pantalonnade friquée digne de son époque. Dans le rôle du sidekick, une Zabou sortie des Quat’z’amis (!!) et de Elle voit des nains partout, très à l’aise dans le décalage général. La petite troupe part alors en quête d’un précieux papillon qu’on aurait vu voltiger dans l’hostile région du Yik-Yak. Comme si les tribus sauvages et les vents mortels ne suffisaient pas, la bande tombe nez à nez sur une civilisation d’amazones piquantes, cherchant le mâle suprême pour pouvoir s’assurer d’une descendance. Le degré de folie totale est atteint lorsque l’on découvre que la Reine est incarnée par une Bernadette Lafont dont la garde-robe ferait pâlir Lady Gaga, secondée par un Jean Rougerie en âme damnée moustachue et pernicieuse. Autant dire que le ticket est largement remboursé à ce stade !

Partout, tout le temps, Gwendoline pousse les curseurs loin dans le délire volontaire (ou pas), avec ses dialogues naïfs, sa tonalité serial, ses fantasmes d’adolescent(e)s (tous deux attachés, l’héroïne et son soupirant s’adonnent à une scène d’amour tantrique avec un brin de paille) et son gore cartoonesque (cannibalisme, égorgements, oreilles arrachées, corps empalés…). La présence des dessinateurs Claude Renard et François Schuiten au design des costumes et des décors n’est pas étrangère au look très Metal Hurlant de la cité de Pikao, avec ses machines à tortures complexes, ce bikini piégé, ses guerrières en cuir ou cette course de char sponsorisée par Domina. Pierre Bachelet, qui prépare tranquilou son brouillon de En l’an 2001 (ce qui peut paraître bien gonflé vu la destinée de la chanson !) fait des bricolages baroques et mélancoliques du meilleur effet. Par contre, les amateurs de la bande-dessinée éponyme de John Willie seront priés d’évacuer dans le calme tant Jaeckin semble oublier à chaque instant l’héritage bondage-chic-fifties de l’œuvre originale. À la place, on gagne un peu notre Flash Gordon à nous (surtout quand on sait que Sam J.Jones a failli endosser le rôle du baroudeur), et c’est pas trop mal non plus.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici