C’est l’heure de notre guide chaos amoureusement concocté par la rédaction. Entre notre tableau-guerre-des-étoiles et nos recommandations chaos, de quoi vous armer de belle et bonne culture pour affronter le chaos du monde. En une, Abou Leila, disponible en DVD chez Ufo.

FILM DE LA SEMAINE: ABOU LEILA de Amin Sidi-Boumédiène 
Algérie, 1994. S. et Lotfi, deux amis d’enfance, traversent le désert à la recherche d’Abou Leila, un dangereux terroriste. La poursuite semble absurde, le Sahara n’ayant pas encore été touché par la vague d’attentats. Mais S., dont la santé mentale est vacillante, est convaincu d’y trouver Abou Leila. Lotfi, lui, n’a qu’une idée en tête: éloigner S. de la capitale. Pourtant, c’est en s’enfonçant dans le désert qu’ils vont se confronter à leur propre violence. Bien qu’échafaudé sur un rythme lent, Abou Leila est aussi un road-movie baroque, contaminé par quelques morceaux gore et autres joyeusetés habilement empruntées au cinéma fantastique. Si le “film-gratin du dimanche” puisant sans distinction dans tous les genres est presque devenu un cliché du cinéma contemporain, on doit reconnaitre qu’ici la greffe opère particulièrement bien (peut-être devrions-nous parler plutôt de griffe d’ailleurs, celle rugissante du Cat People de Tourneur et Schrader: voyez comme les références siéent parfaitement au Chaos…). Notamment grâce à un scénario rondement élaboré, qui ne cesse de surprendre le spectateur. Spectateur qui se demandera régulièrement, et jamais sur un mode désagréable (en cela le film est un petit exploit) : “ai-je définitivement perdu le fil?“. GR

GUERRE DES ETOILES ☆ Nul ★ Médiocre ★★ Pas mal ★★★ Bien ★★★★ Excellent Palme
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MB GC GD RLV JM SR GR
Abou Leila (DVD) ★★★   ★★★   ★★★★
Bliss (Amazon Prime) ★★      
Creepshow saison 1 (DVD) ★★★     ★★  
Do the right thing (Blu-ray)   ★★★ ★★★   ★★ ★★★★
Ema (Blu-ray) ★★ ★★★★ ★★ ★★★★ ★★★★   ★★★
Enorme (DVD) ★★★ ★★★ ★★★ ★★★
Le jeu de la dame (Netflix) ★★   ★★★     ★★  
Judo (Blu-ray) ★★★★   ★★★        
Made in Hong Kong (DVD)     ★★★★     ★★★★
Malcolm & Marie (Netflix) ★★★ ★★★★ ★★ ★★★  
Mandy (Netflix) ★★ ★★  ★★ ★★ ★★    
OVNI(s) (Canal+)       ★★★★ ★★★★   ★★★★
Pieces of a woman (Netflix) ★★★ ★★★ ★★ ★★   ★★
La rivière (coffret DVD)       ★★★★ ★★★★    
Sans soleil (Blu-ray)     ★★★★  
Soul (Disney+) ★★★ ★★★ ★★★ ★★ ★★★★ ★★★★
Southland Tales (Blu-ray) ★★★★    ★★★★ ★★★★ ★★★ ★★  
Le témoin à abattre (Blu-ray)           ★★★★  
The Nest (Canal+)     ★★★★ ★★      
The Painted Bird (Mubi)   ★★★ ★★★ ★★★★  

MB: Morgan Bizet / GC: Guillaume Cammarata / GD: Gérard Delorme / RLV: Romain Le Vern / JM: Jérémie Marchetti / SR: Sina Regnault / GR: Gautier Roos

S’IL FAUT DECOUVRIR UN SUPER FILM CHAOS CETTE SEMAINE…


GUILLAUME CAMMARATA: Malgré la nuit de Philippe Grandrieux
Un homme s’enfonce dans un Paris désert et maléfique à la recherche d’une femme mystérieusement disparue. Voici une manière de résumer ou d’interpréter ce très sombre objet du cinéaste expérimental Philippe Grandrieux. Une déambulation de deux heures quarante parcourue de visions folles et d’un discours ambiguë et désenchanté sur l’amour et les relations. On y croise Roxane Mesquida plus magnétique que jamais et Ariane Labed en proie à d’étranges mafieux adeptes du bdsm. Parfait pour la Saint-Val (disponible en VOD)


GERARD DELORME: Le moine de Ado Kyrou
A l’origine, l’adaptation du roman gothique de Matthew Lewis marque la deuxième collaboration de Bunuel avec Jean-Claude Carrière, juste après Le journal d’une femme de chambre (1964). Le script qui examine comment l’ascèse monastique peut amener à toutes sortes de perversions (sorcellerie, viol, meurtre), a été laissé de côté au profit de Simon du désert, variation sur un thème approchant. Le projet  refait surface périodiquement avant d’être abandonné en 1973, laissant à Ado Kyrou le soin de le réaliser, hélas sans éclat. Mais le film a le mérite d’inciter à imaginer ce qu’il aurait donné sous la direction de Bunuel, qui en fait a disséminé dans ses autres films beaucoup d’éléments puisés dans le roman de Lewis (disponible en DVD import italien ou espagnol)


ROMAIN LE VERN: Lovers Rock de Steve McQueen
Avec sa série Small Axe, Steve McQueen propose une ambitieuse fresque historique sur la communauté antillaise britannique. Parmi les cinq épisodes tous différents les uns des autres, se cache une merveille d’énergie et de sensualité qui se suffit presque à elle-même: Lovers Rock, l’épisode 2, une soirée sous tensions aux allures de transe. Sublime. (disponible fin février sur Salto, déjà disponible sur ITunes)


JEREMIE MARCHETTI: Left Bank de Pieter Van Hees
Une sportive en plein tourment vit un coup de foudre instantané avec un beau gosse, qui l’invite alors dans sa tour de la rive gauche. Derrière le trop beau pour être vrai, une pièce interdite, des disparitions louches, une plaie qui s’infecte… Avec sa sortie bazardée sur le territoire français, Left Bank ne risquait pas d’attirer l’attention. On imagine d’abord (et c’est voulu) une énième variation de l’angoisse polanskienne, avant de prendre un virage très inattendu vers une folk horror pas encore à la mode. Son final effrayant et libérateur a ce petit quelque chose de tordu qui aurait ravi les surréalistes. Avec en prime, un Matthias Schoenaerts débutant et déjà ultra érotisé par la caméra (en particulier au détour d’une scène de coït à même le sol qui donne envie d’avoir envie) (disponible en dvd zone 2 chez BHQL / Dispo en VOD sur Shadowz)


SINA REGNAULT: Kill Me Again de John Dahl 
Une fois n’est pas coutume, un détective privé joué par Val Kilmer s’amourache d’une femme fatale en pleine évasion après un casse qui a mal tourné (Joanne Whalley). En face, il y a Michael Madsen (Vince Miller) traduit en VF par Michel Vigné (ça ne s’invente pas). Ce film néo-noir cache bien ses défauts, dans la mesure où il est écrit avec intelligence – les éléments de l’intrigue placés au premier plan nous éblouissent et nous tiennent en haleine jusqu’au bout. Un plaisir non coupable, à ajouter à notre longue liste des polars disparus.

GAUTIER ROOS: Le crocodile de la mort de Tobe Hooper
La quintessence du film-trip, contemporain de Suspiria et de ses démentielles teintes rouges : mettez Psycho, Tennessee Williams, Le Magicien d’Oz, John Waters et le redneck movie dans un shaker, saupoudrez le tout d’une musique bruitiste et d’ellipses gore, et vous obtenez le plus bariolé des films de Hooper, renouant avec cette parfaite dose d’humour glauque qui a fait le succès de Massacre (1974). Le grand méchant (Neville Brand) ressemble vraiment beaucoup à un Maurice Pialat qu’on aurait préalablement énervé (imaginez un peu la bête). Un chef-d’œuvre du Technicolor seriebesque, qui mérite bien mieux que sa discrète réputation (5,5/10 sur IMDB, really?) (disponible en DVD et Blu-ray chez Carlotta)

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