C’est l’heure de notre guide chaos amoureusement concocté par la rédaction. Entre notre tableau-guerre-des-étoiles et nos recommandations chaos, de quoi vous armer de belle et bonne culture pour affronter le chaos du monde. En une, What Keeps You Alivedisponible sur la plateforme ShadowZ.

FILM DE LA SEMAINE: WHAT KEEPS YOU ALIVE de Colin Minihan

Avouons qu’on ne misait pas grand-chose sur Colin Minihan, réalisateur indé comme tant d’autres, auteur de petits films-concept et de séries B croquignolesques plus (le found footage Grave Encounters) ou moins (Extraterrestrial et Bloody Sand, avec sa poursuite à deux à l’heure entre un zomblard et une jeune femme paumée dans le désert) remarquées. Après avoir sévèrement tourné en festival, son dernier rejeton What keeps you alive atteste d’une montée de sève inattendue. De l’extérieur, rien de neuf: deux femmes, une cabane et une forêt. On se doute bien que les choses vont mal tourner et qu’un élément extérieur n’est pas là pour leur faire du bien. À la différence qu’il s’agit d’un couple de femmes fêtant leur relation. Un détail peu anodin dans une industrie, même loin d’être loin des majors, toujours très frileuse quand à la représentation lgbt. Mais rien chez Minihan ne reflète un regard militant: c’est posé là, et c’est très bien ainsi. Bref, le couple roucoule au fin fond des bois et puis soudain… Soudain, eh bien, on ne dira rien. Car tout What we Keeps you Alive tient sur l’atroce surprise qu’il provoque en cours de bobine, redirigeant très brutalement son récit vers un survival qui triture le coeur et les tripes, loin de l’esthétique de clou rouillé qui a grignoté les années 2000. Est ce que Minihan réinvente le genre? Probablement pas (quoique…), mais la majesté, la cruauté et la solidité dont fait preuve ce petit film semblent définitivement «WANTED» aussi bien sur nos télés que dans les salles obscures. Heureusement, le salut vient de Shadowz, qui vient d’avoir l’extraordinaire idée de le rendre enfin visible en France. Quatre ans plus tard certes, mais mieux vaut tard que jamais… JM

GUERRE DES ETOILES ☆ Nul ★ Médiocre ★★ Pas mal ★★★ Bien ★★★★ Excellent Palme
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MB GC GD RLV JM SR GR
Abou Leila (DVD) ★★★   ★★★   ★★★★
Une affaire de femmes (Netflix)   ★★★★    
Ames perdues (Blu-ray)     ★★★ ★★★ ★★★
Atlas (Mubi) ★★★ ★★★    
Bliss (Amazon Prime) ★★      
La cérémonie (Netflix)     ★★★★   ★★★★
Ema (Blu-ray) ★★ ★★★★ ★★ ★★★★ ★★★★   ★★★
En passant pécho (Netflix) ★★        
L’enfer (Netflix) ★★★★     ★★ ★★ ★★★★
La maison près du cimetière (ShadowZ) ★★★★     ★★ ★★   ★★★★
Malcolm & Marie (Netflix) ★★★ ★★★★ ★★ ★★★  
Mandy (Netflix) ★★ ★★  ★★ ★★ ★★    
Merci pour le chocolat (Netflix) ★★★★     ★★★★    
Le miel du diable (Blu-ray)     ★★★ ★★ ★★★ ★★★★  
OVNI(s) (Canal+)       ★★★★ ★★★★   ★★★★
Pieces of a woman (Netflix) ★★★ ★★★ ★★ ★★   ★★
Sans soleil (Blu-ray)     ★★★★ ★★★★
Southland Tales (Blu-ray) ★★★★    ★★★★ ★★★★ ★★★ ★★  
The Nest (Canal+)     ★★★★ ★★      
What keeps you alive (ShadowZ) ★★★★ ★★★   ★★★★ ★★★★    

MB: Morgan Bizet / GC: Guillaume Cammarata / GD: Gérard Delorme / RLV: Romain Le Vern / JM: Jérémie Marchetti / SR: Sina Regnault / GR: Gautier Roos

S’IL FAUT DECOUVRIR UN SUPER FILM CHAOS CETTE SEMAINE…

MORGAN BIZET: L’Empire de la passion de Nagisa Oshima
Moins célèbre que son scandaleux ainé, L’Empire de la passion est pourtant lui-aussi un grand film du maître Nagisa Oshima. Prenant à rebours le pinku eiga de L’Empire des sens, Oshima livre finalement un kaidan eiga érotique et fiévreux dans lequel se dessine, comme souvent chez le réalisateur, un portrait sombre et désenchanté du Japon. Un chef-d’œuvre à ne pas laisser tomber aux oubliettes, au moins pour sa mise en scène et sa lumière oscillant entre l’effroi et la sensualité (disponible sur Mubi)

GUILLAUME CAMMARATA: Der Nachtmahr de Akiz
Une fusion déconcertante entre Possession, E.T. et les tableaux de Füssli. Le tout noyé sous les stroboscopes et la musique techno berlinoise. Mi-film d’horreur mi-film expérimental, ce délire sous acide signé par l’artiste plasticien Akiz vous retournera la tête et le ventre comme après une méchante cuite. Parfait pour patienter avant la réouverture des boites de nuit (disponible en Dvd import amazon)

GERARD DELORME: Underwater Love, A Pink Musical de Shinji Imaoka
En hommage à Françoise Cactus de Stereo Total, cette comédie musicale inimitablement japonaise, ridicule, euphorisante et fauchée, raconte une histoire d’amour entre une employée de poissonnerie et un homme tortue muni d’un bec qui ressemble à un masque FFP2. Comme c’est un pinku, il y a assez de nudité pour être interdit sur Facebook, et la photo est signée Chris Doyle (disponible en DVD chez Third window films)

ROMAIN LE VERN: Taxidermie de György Pálfi
Tout sonne chaos dans ce très amusant film de György Pálfi jouant sur la transgression des tabous d’un côté et le désir de sortir des sentiers battus, de l’autre. Un peu oublié (sans doute parce que son auteur n’a pas confirmé par la suite), il contient pourtant des images suffisamment fortes pour marquer durablement. À l’instar de la séquence inaugurale où un homme crache (littéralement) son désir de feu. Fascinant jusque dans sa gratuité (disponible sur ShadowZ)

JEREMIE MARCHETTI: Merci pour le chocolat de Claude Chabrol
Un Chabrol moelleux et accueillant comme un joli coussin de canapé, forcément rongé par la moisissure en dedans. No surprise. Galopant entre les histoires de bourgeois qu’il adore comme toujours détester, le real gourmet trouve encore le moyen d’offrir une Zaza légère et onctueuse, grande amatrice de chaud cacao chaud, vipère jalouse et mortelle en sous-marin. “J’ai une puissance dans ma tête, je calcule tout”. Hormis un Rodolphe Pauly très gênant en fiston cerné, le film se déguste sans heurt. Avec un bon chocolat à portée de main of course (disponible en Dvd/Blu-ray chez Mk2 / disponible sur Netflix)

SINA REGNAULT: The Babysitter de Guy Ferland
Pour le laver les yeux de la vision de son homonyme signé McG qui d’ailleurs, n’a rien à voir avec The «original» Babysitter est une bonne lotion. Sa solution, riche en collyre, permet de lutter efficacement contre les germes du déjà-vu. Et traite également la scorie. Adapté d’une œuvre de Robert Coover, issu du postmodernisme américain, ce film, d’apparence «teen-movie» engage un vrai dialogue avec l’essence de sexualité, où l’on voit que l’appétence pour l’exploration visuelle n’attend pas le nombre des années. Vous y verrez bien sûr Alicia Silverstone, mais aussi Jeremy London (Jack), Lois Chiles et George Segal (disponible en DVD)

GAUTIER ROOS: Violences sur la ville de Jonathan Kaplan
Tout simplement l’un des plus beaux teen movies au monde, sorti la même année que Breaking Away de Peter Yates et Les Seigneurs de Phil Kaufman; ce qui vous situe tout de suite le niveau. Featuring un Matt Dillon très badass dans son tout premier rôle (il n’avait que 15 ans et portait déjà le marcel à merveille). Réalisé par le sous-côté Jonathan Kaplan, ici émancipé de son mentor Roger Corman. Ne montrez pas ce machin à votre cousin révolté: il pourrait avoir envie de se radicaliser… (disponible en DVD chez TF1 Studio).

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