C’est l’heure de notre guide chaos amoureusement concocté par la rédaction. Entre notre tableau-guerre-des-étoiles et nos recommandations chaos, de quoi vous armer de belle et bonne culture pour affronter le chaos du monde. En une, Southland Tales, le film maudit de Richard Kelly, disponible dans son montage Cannois de 2006 en Blu-Ray chez Arrow.

FILM DE LA SEMAINE: SOUTHLAND TALES CANNES CUT EN BLU-RAY
L’introduction de Southland Tales rend compte de l’état du monde trois ans après le «bang» qui a eu lieu non pas à New York mais au Texas. Ce n’est même plus la troisième Guerre Mondiale puisqu’il agonise, touche à sa fin. Suite à cette catastrophe, deux forces politiques se sont créées aux États-Unis: l’extrême gauche des néo-marxistes et l’extrême droite du groupe USIDent. Les deux se livrent une bataille sans merci pour remporter le vote des 55 grands électeurs californiens. Entre eux, le Baron, entouré d’une créature (Bai Ling) et de scientifiques bizarroïdes, est un industriel très puissant, un magnat de l’énergie, qui a orchestré la machination entre une starlette du X (Sarah Michelle Gellar) et un acteur de cinéma (The Rock), célèbre acteur marié à la fille du candidat républicain à la vice-présidence, Bobby Frost (Holmes Osbourne). Le but, c’est de faire exploser un scandale et de monter les deux camps politiques l’un contre l’autre. En parallèle, deux chefs néo-marxistes organisent un faux assassinat dans une vidéo rappelant le passage à tabac de Rodney King, mais rien ne se passe comme prévu. C’est ce choc des cultures qui va précipiter le monde vers l’apocalypse. L’immense cirque grotesque de ce Southland Tales, travaillé par Kafka (l’illogisme), Orwell (le communisme selon La ferme des animaux) et K. Dick (dimensions parallèles, flics louches, contre-culture souterraine, hallucinogènes) nous perd dans des détails, des anecdotes, des digressions pour provoquer un chaos prophétique. Le seul moyen de s’en sortir en tant que spectateur, c’est de s’attacher aux personnages qui cherchent à accomplir leur destin envers et contre tous, sans nécessairement savoir où ils sont ni où ils vont. Ils sont perdus, comme nous. RLV

GUERRE DES ETOILES ☆ Nul ★ Médiocre ★★ Pas mal ★★★ Bien ★★★★ Excellent Palme

MB GC GD RLV JM SR GR
Antigone (DVD)       ★★★
Creepshow saison 1 (DVD) ★★★★     ★★  
Dix pour cent saison 4 (Netflix)   ★★★ ★★  
Ema (Blu-ray) ★★ ★★★★ ★★ ★★★★ ★★★★   ★★★
Enorme (DVD) ★★★   ★★★ ★★★
Eté 85 (DVD)   ★★ ★★ ★★★ ★★★ ★★★
Ham on Rye (Mubi)     ★★★★ ★★★★   ★★★  
In The Cut (Mubi) ★★★     ★★★★      
Le jeu de la dame (Netflix) ★★   ★★★     ★★  
Lux Æterna (Blu-ray) ★★ ★★★★ ★★★★ ★★ ★★★★ ★★★★ ★★★
Mank (Netflix) ★★ ★★★     ★★★  
Millennium Actress (Blu-ray) ★★★★ ★★★★  ★★★★ ★★★★ ★★★★ ★★★★
Minuit dans l’univers (Netflix)   ★★    
Mulholland drive (Netflix)
Mort à 2020 (Netflix)   ★★★    
Pieces of a woman (Netflix) ★★★   ★★     ★★
Retour vers l’enfer (Blu-ray) ★★★     ★★★    
Soul (Disney+) ★★★ ★★★ ★★★ ★★ ★★★★ ★★★★
Southland Tales (Blu-ray)     ★★★★ ★★★★ ★★★    
Tenet (Blu-ray) ★★ ★★ ★★★ ★★ ★★★  
The Painted Bird (Mubi)   ★★★ ★★★ ★★★★  
The Prom (Netflix)    
Tout simplement noir (DVD) ★★ ★★★ ★★ ★★★★
Trop belle pour toi (Blu-ray) ★★★★     ★★★★ ★★★ ★★★★

MB: Morgan Bizet / GC: Guillaume Cammarata / GD: Gérard Delorme / RLV: Romain Le Vern / JM: Jérémie Marchetti / SR: Sina Regnault / GR: Gautier Roos

S’IL FAUT DECOUVRIR UN SUPER FILM CHAOS CETTE SEMAINE…

MORGAN BIZET: La Femme est l’avenir de l’homme de Hong Sang-Soo (2005)
En Compétition officielle au Festival de Cannes 2005, mais injustement reparti bredouille, comme à chaque sélection du cinéaste, La Femme est l’avenir de l’homme est le film le plus cru de la filmographie du maître coréen. Derrière ce titre tiré d’un célèbre vers de Louis Aragon, HSS conte les retrouvailles, dans un Séoul hivernal, de deux anciens amis de fac, Hunjoo et Munho, avec leur amourette d’antan, Sunhwa. De la chaleur d’un restaurant, puis du petit appartement de Sunhwa, le film glisse, en même temps que les rancunes et les amours déchues réapparaissent, vers un Love Hotel miteux et étriqué. Le sexe, plus présent qu’à l’accoutumé, est froid – des fellations sont exécutées mécaniquement, sans arriver à leurs fins – et les jeux de séduction sont réduits à des échanges primaires. Si la Femme est l’avenir de l’homme, c’est parce que ce dernier est resté à l’état de bête pulsionnelle et pathétique (disponible sur Arte Replay)

GUILLAUME CAMMARATA: Cruelle est la nuit de Alan Deprez (2017)
Un court métrage foutrement chaos ou une partouze Bruxelloise part totalement en couille. Un délire au grotesque assumé et involontairement visionnaire. József Szájer valide fort. (disponible en DVD import chez Zeno Pictures)

GERARD DELORME: Struggle: The Life and Lost Art of Szukalski de Irineusz Dobrowolski (2018)
Ce documentaire stupéfiant rassemble tous les ingrédients du mythe de l’artiste maudit en évoquant le parcours tragique de Stanislaw Szukalski, sculpteur polonais génial qui a produit dans les années 30 une quantité de bronzes monumentaux dans un style héroïco-surréaliste, dont la quasi totalité a été détruite pendant la guerre. Réfugié à Los Angeles, qu’il décrit comme «la Sibérie de la culture», Szukalski a survécu dans l’oubli jusqu’à ce que le collectionneur d’art Glenn Bray le redécouvre en 1971. Avec le soutien de George DiCaprio (père de Leonardo, qui produit), et du peintre Robert Williams, Bray a encouragé l’artiste à évoquer son passé mais aussi à poursuivre jusqu’au bout son œuvre, même si elle restera à jamais incomplète. Incroyable mais vrai (disponible sur Netflix)

ROMAIN LE VERN: In the cut de Jane Campion (2003)
Dans un écrin paranoïaque proche des grands films américains des années 70 (Klute de Alan Pakula; Taxi Driver de Martin Scorsese), Jane Campion s’essaye au film de genre (tueur en série, coup de théâtre final…) mais détourne les figures imposées et préfère traiter de ce qui l’intéresse: c’est quoi l’amour quand on n’y croit plus, c’est quoi le désir quand ça meurt et quand ça renait. Autour du personnage de Frannie/Meg Ryan (le rôle de sa vie), s’agitent des personnages aussi fascinants que louches: Mark Ruffalo en amant macho pris au piège de ses sentiments, Kevin Bacon en ex déprimé, Jennifer Jason Leigh en sœur sexuellement libérée et pourtant si malheureuse… On cherche pendant tout le film le serial-killer, on tombe sur l’amour fou (disponible sur Mubi)

JEREMIE MARCHETTI: Fondu au noir aka Fade to Black de Vernon Zimmerman (1980)
Étonnante curiosité chaos où un fanboy malingre vivant dans la cité des anges se découvre un plaisir non dissimulé à pratiquer la vengeance cinéphile. Dracula, Cow-boy ou Momie: tout est bon pour châtier un entourage qui lui a trop tapé sur le système, tout en espérant gagner le coeur d’un sosie de Marilyn Monroe. Si le film accuse son âge (mise en scène plan-plan et récit parallèle envahissant côté flicaille pour bien appuyer le discours « C’EST LA SOCIAYTAY»), son allure de quizz permanent et la performance grimaçante du chétif Dennis Christopher (reproduisant le final de L’enfer est à lui en guise d’apothéose pathétique) en font un œuvre plus attachante que l’autre taré multicolore récompensé sur les gondoles (disponible en Bluray US Zone free chez Vinegar Syndrome – Sous-titre anglais)

SINA REGNAULT: But I’m a cheerleader de Jamie Babbit (1999)
Avec Clea Duvall, des pompons, une meneuse de revue, et, surtout, un trio de couleur rouge-bleu-vert à l’écran; tutoyant l’arrogance de ceux qui évoluent dans les hautes sphères du teen-age movie pleinement assumé, honnête dans son propos, et invisible à part sur Vimeo. Certains plans, directement inspirés du séjour de Suzy Banner en pensionnat, rendraient gaga même les esprits les plus réfractaires.

GAUTIER ROOS: L’Immortelle de Alain Robbe-Grillet (1963)
Prenez L’Année dernière à Marienbad et faites-en un nudie très très en avance sur son temps! Avec la mystérieuse Françoise Brion et le tout aussi sibyllin Jacques Doniol-Valcroze, dans un puzzle stambouliote où chaque plan peut se contempler telle une toile de maître (ça tombe bien: je suis pas sûr d’avoir tout compris) (disponible en DVD chez Carlotta et en Blu-ray chez Kino Classics)

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