C’est l’heure de notre guide chaos amoureusement concocté par la rédaction. Entre notre tableau-guerre-des-étoiles et nos recommandations chaos, de quoi vous armer de belle et bonne culture pour affronter le chaos du monde. En une, OVNI(s), la série de Antony Cordier qui déjoue (vraiment) tous les a priori.

EVENEMENT DE LA SEMAINE: OVNI(s) 
Voilà une surprise qu’elle est bonne! On arrive tard pour tresser des lauriers à la série OVNI(s) – l’honnêteté nous oblige à dire qu’on n’y croyait pas du tout – mais mieux vaut Bela Tarr que jamais. Sur le papier, cette histoire de soucoupe volante inspirée des années 70 laisse craindre la lourde parodie grimaçante sur les aliens, se foutant de la gueule de la France de La soupe aux choux, moquant ses personnages et son époque crédules. Et, par-dessus le marché, estampillée culte avant d’être dévoilée, à grands coups de superlatifs rébarbatifs. Trop, c’est trop, qu’on se dit. Évidemment, on a tout faux. Avec le recul, on aurait même eu tort, pour cause de ces préjugés débiles, de passer à côté de cette excellente série en 12 épisodes, écrite par deux jeunes diplômés du département «Série» de la Fémis, et réalisée par Antony Cordier, réalisateur de Douches Froides et de Happy Few. Pour la simple et grande raison que l’on sait gré à son auteur, à qui l’insouciance sied bien, de ne pas essayer de faire ce que d’autres mauvais auraient fait à sa place, à savoir une récitation sans inspiration de deux modèles inévitables et écrasants: d’un côté, la veine absurde surréalisante à la Dupieux; de l’autre, le sérail du mystère mystérieusement mystérieux gonflé d’effets zarbis comme chez les piètres copieurs de Lynch. Ni Dupieux ni wanna-be-Lynch, Cordier trouve donc une voie médiane possible dans laquelle il se sent bien, et nous aussi du coup. En somme, une étrangeté plus douce et plus «premier degré» aussi, sans le sarcasme post-moderne du regard actuel sur les années 70 mais avec la tentation du merveilleux qui donne envie d’y croire. Avec en prime de super comédiens. LT

GUERRE DES ETOILES ☆ Nul ★ Médiocre ★★ Pas mal ★★★ Bien ★★★★ Excellent Palme
Télécharger le tableau

MB GC GD RLV JM SR GR
Bliss (Amazon Prime) ★★      
Creepshow saison 1 (DVD) ★★★     ★★  
Do the right thing (Blu-ray)   ★★★ ★★★   ★★ ★★★★
Ema (Blu-ray) ★★ ★★★★ ★★ ★★★★ ★★★★   ★★★
Enorme (DVD) ★★★   ★★★ ★★★
Le jeu de la dame (Netflix) ★★   ★★★     ★★  
Judo (Blu-ray) ★★★★   ★★★        
Made in Hong Kong (DVD)     ★★★★     ★★★★
Malcolm & Marie (Netflix)     ★★★★      
Mandy (Netflix) ★★ ★★  ★★ ★★ ★★    
OVNI(s) (Canal+)       ★★★★ ★★★★   ★★★★
Pieces of a woman (Netflix) ★★★ ★★★ ★★ ★★   ★★
La rivière (coffret DVD)       ★★★★ ★★★★    
Sans soleil (Blu-ray)     ★★★★  
Soul (Disney+) ★★★ ★★★ ★★★ ★★ ★★★★ ★★★★
Southland Tales (Blu-ray) ★★★★    ★★★★ ★★★★ ★★★    
Le témoin à abattre (Blu-ray)           ★★★★  
The Nest (Canal+)     ★★★★ ★★      
The Painted Bird (Mubi)   ★★★ ★★★ ★★★★  

MB: Morgan Bizet / GC: Guillaume Cammarata / GD: Gérard Delorme / RLV: Romain Le Vern / JM: Jérémie Marchetti / SR: Sina Regnault / GR: Gautier Roos

S’IL FAUT DECOUVRIR UN SUPER FILM CHAOS CETTE SEMAINE…

MORGAN BIZET: The Hole de Tsai Ming-Liang 
À l’aube d’un troisième confinement (reconfinera, reconfinera pas?), un visionnage de The Hole, étrange comédie de Tsai Ming-Liang, s’impose. À l’aube de l’an 2000, Taïwan succombe à une épidémie transformant les hommes en cafard. Les survivants sont mis en quarantaine, confinés dans des appartements, dont les trous aux planchers permet aux voisins de purger leur penchant voyeuriste à l’encontre de leurs voisines. Aussi absurde que l’époque dans laquelle nous vivons, The Hole est toutefois percé d’étonnants moments chantés, qui viennent éclairer le quotidien morne et sans espoir des protagonistes. De quoi donner des idées pour égayer vos prochaines journées confinées (disponible sur Ciné+)

GERARD DELORME: Fran Lebowitz: si c’était une ville… de Martin Scorsese
Dans cette évocation de la ville de New York par deux de ses habitants, Martin Scorsese met en scène Fran Lebowitz, plus célèbre pour ses interventions pittoresques que pour ses écrits (elle a arrêté il y a des décennies). Mais ses saillies contre les zombies contemporains plongés dans leurs téléphones portables sont assorties d’évocations sans nostalgie du passé, dûment illustrées d’images inédites des New York Dolls à l’époque où ils jouaient régulièrement au Mercer Arts Center, qui s’est effondré un après-midi de 1973. Indispensable pour qui aime New York (disponible sur Netflix)

ROMAIN LE VERN: La double vie de Véronique de Krzysztof Kieślowski 
De la même façon que Brit Marling et Zal Batmanglij conviant Irène Jacob dans la seconde saison de The OA, Sam Levinson a rendu un récent hommage à ce chef-d’oeuvre en reprenant sa (sublime) musique signée Zbigniew Preisner dans la deuxième partie de l’épisode spécial de la série Euphoria. Rien d’anodin: c’est un passage de relais, comme un lien magique traversant les époques, vivant à travers les créations. C’est aussi et surtout la preuve que ce film-là, d’une intelligence émotionnelle inouïe, obsède plus que les autres et ses thuriféraires savent très bien pourquoi ils l’aiment autant (disponible en DVD chez MK2)

JEREMIE MARCHETTI: La nuit de San Lorenzo de Paolo & Vittorio Taviani (1982)
Par une nuit d’étoiles filantes, une femme raconte l’exil d’un groupe de villageois menacé par les bombardements allemands durant la seconde guerre mondiale. Sur ces petits chemins de Sicile, on meurt, on aime, on vit, on survit. Pour raconter l’horreur, la perte, la menace fasciste, les frères Taviani répondent par le lyrisme et l’espoir, contemplent par les yeux les plus jeunes comme les plus abîmés. Une oeuvre extraordinaire, peu citée, et qui détient ce fabuleux pouvoir de vous hanter longtemps (disponible en dvd Zone 2 chez Mk2, épuisé / Blu-ray UK chez Arrow, sous-titres anglais)

SINA REGNAULT: Two-Minute Warning (Un tueur dans la foule) de Larry Peerce (1976)
Un grand classique du genre gardé sous silence en Europe pendant longtemps, avec Charton Heston et John Cassavetes. Le film a été tourné au Los Angeles Memorial Coliseum pendant un match de championnat opposant les Rams aux Ravens de Baltimore. On y croise également Beau Bridges et Gena Rowlands parmi les victimes potentielles d’un tueur en série qui menace de tirer au hasard dans la foule. Une réussite esthétique (vues aériennes bourrées de tension) aussi bien que narrative – inspirant bon nombre de jeunes cinéastes de l’époque. Un programme parfait pour ce week-end, à quelque jours du Super Bowl.

GAUTIER ROOS: Le roi de l’évasion de Alain Guiraudie (2009)
Avec son débardeur fuschia trop petit pour lui, le gros Ludovic Berthillot, 43 ans, cavale dans le Sud-Ouest de la France avec les autorités aux basques. Ce vendeur homo de 43 ans se découvre un amour pour la géniale Hafsia Herzi, 16 ans, fraichement sortie du mulet kechichien. Ce serait ballot d’en dire plus sur ce road-movie champêtre, parfait remède à la mélancolie du dimanche soir (oui, Guiraudie a donc aussi fait dans la comédie familiale, sachez-le). Ah la la la… Si toutes nos comédies grand public made in France pouvaient ressembler à ça! (disponible en DVD chez Arte Editions)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici