Elle tue trois femmes, les dĂ©coupe en morceaux, les transforme en savon et en gâteaux. Histoire vraie de la tueuse Leonarda Cianciulli, surnommĂ©e la saponificatrice de Correggio, racontĂ©e dans un film fou avec Shelley Winters et Max Von Sydow dans un double-rĂ´le: celui du flic et celui d’une femme assassinĂ©e. Tremble Tilda Swinton!

PAR JEREMIE MARCHETTI

Quelle mouche a piquĂ© Mauro Bolognini, auteur des très respectables/classiques Le bel Antonio ou Metelo pour se fourvoyer dans le chaos avec un film zinzin comme Gran Bollito en 1977? C’est le genre d’histoire qui aurait ravi un Joe d’Amato, pile mĂŞme Ă  cette Ă©poque d’ailleurs: celle, vĂ©ridique, de Leonarda Cianciulli, une tueuse en sĂ©rie dans l’Italie des annĂ©es 40 qui avait l’Ă©tonnante manie de recycler radicalement ses victimes. Dans le cochon, tout est bon: chez les humains aussi manifestement! Pour incarner cette marâtre, rien de plus adĂ©quat que Shelley Winters qui avait, sept ans auparavant, enfilĂ© le costume d’une autre tueuse mythique: la fameuse Ma Baker dans un Bloody Mama signĂ© Roger Corman. Sans surprise, et malgrĂ© le doublage sauvage, la Winters fait des miracles en mama al dente, caricature de la gĂ©nitrice mĂ©diterranĂ©enne ultra-possessive et nouant une relation aux frontières de l’inceste avec son adulte de fils. Après un dĂ©mĂ©nagement dans une pension oĂą grouillent des voisines curieuses, la caractĂ©rielle mama voit du mauvais Ĺ“il l’arrivĂ©e d’une belle demoiselle dans la vie de son rejeton, demoiselle incarnĂ©e par le sex-symbol Laura Antonelli.

Dans LA scène du film, on comprend que la brave mère a passĂ© une partie de sa vie Ă  voir ses enfants mourir et n’en a finalement gardĂ© qu’un seul: au fil des enterrements et des rituels occultes qu’elle a pratiquĂ© pour se protĂ©ger, elle en a conclu qu’elle avait traitĂ© une sorte de pacte tacite avec la mort elle-mĂŞme. RongĂ©e par l’idĂ©e de perdre son fils, elle dĂ©cide d’aligner des sacrifices humains, en l’occurrence ceux d’autres femmes, miroirs de sa dĂ©lirante haine misogyne. ParticularitĂ© peu nĂ©gligeable: les commères froufrous du coin sont alors toutes incarnĂ©es par des hommes, dont Max Von Sydow (!), agitant leur perles (et leur culpabilitĂ©) avant de finir le cou tranchĂ© sur la table de la cuisine. Pas de gâchis Ă  l’horizon: la chair et les os sont recyclĂ©s aussi bien en savon qu’en petits biscuits, gourmandises qui vont Ă©videmment ravir les mamies Ă  l’heure du thĂ©. Si on rĂ©sume la situation: Shelley Winters en cuisinière cannibale entourĂ©e de drag-queens. Peut-on faire, s’il vous plaĂ®t, plus camp? D’autant plus que que l’impayable Winters charrie derrière elle une gĂ©nĂ©ration de hagsploitation, ces films de mĂ©mères psychopathes, tels que Mais qui a tuĂ© Tante Roo? ou What’s the Matter with Helen? Pas de hasard on vous dit.

Pour ce qui est de la bolognaise Ă  Bolognini, il ne faudra pas s’attendre Ă  un petit frère de Blue Holocaust: au-dĂ©lĂ  de prudentes dĂ©capitations, Gran Bollito vise clairement la comĂ©die noire avec sa tueuse mĂ©thodique persuadĂ©e de faire le bien jusqu’Ă  la dernière image. Moi un monstre? C’est vous les fous... Chaos bolo.

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