Ginger Snaps premier du nom joue habilement avec les codes du genre lycanthrope à travers le parcours archi-mouvementé de deux sœurs. Une métaphore horrifique sous-estimée sur les angoisses adolescentes.

Ginger (Katharine Isabelle) et Brigitte (Emily Perkins) sont deux soeurs jumelles insĂ©parables. Elles ont les mĂŞmes goĂ»ts, les mĂŞmes vĂŞtements et sont attirĂ©es par les mĂŞmes garçons. Une nuit, alors qu’elles se promènent dans le parc, elles constatent quelque chose d’anormal. L’endroit est trop silencieux et il y règne une atmosphère malsaine. Elles s’enfuient en courant, mais une bĂŞte, surgie de nulle part, griffe le dos de Ginger. Une fois la crĂ©ature semĂ©e, elles retrouvent la sĂ©curitĂ© de la maison familiale et examinent la blessure. En dĂ©pit d’une plaie quelque peu superficielle, Ginger n’est plus comme avant. Son attitude a changĂ©. A l’approche de ses menstruations, elle devient de plus en plus avide de garçons. La vĂ©ritĂ© prend alors forme sous les yeux horrifiĂ©s de Brigitte: sa soeur est devenue un loup-garou. SituĂ© quelque part entre le teenage movie et le film de loups-garous, Ginger Snaps est un phĂ©nomène qui visiblement peine Ă  ĂŞtre assimilĂ© tant sa propension Ă  secouer les codes de genre bien prĂ©cis (ceux susmentionnĂ©s) a de quoi intriguer.

Le premier du nom est nĂ© de l’envie du rĂ©alisateur John Fawcett de rĂ©aliser un film d’horreur essentiellement adressĂ© aux adolescentes avec un souci psychologique chez les personnages et un refus de chercher le frisson Ă  tout prix. L’idĂ©e de traiter de lycanthropie lui est venue naturellement mĂŞme si en repensant aux films ayant dĂ©jĂ  exploitĂ© le thème, il s’est rendu compte qu’ils ne rĂ©pondaient pas concrètement Ă  la nature de leur sujet. Le loup-garou constituait alors l’opportunitĂ© de revenir sur un mythe, de le placer dans un contexte moderne et traiter sans chercher Ă  paraĂ®tre inĂ©dit de la mĂ©tamorphose, sujet itĂ©ratif dans le fantastique que ce soit en littĂ©rature ou au cinĂ©ma depuis toujours. Comme le veut la coutume, un personnage subit une modification intĂ©rieure et inconnue qui contribue Ă  le contaminer jusque dans son apparence physique. Au prĂ©alable, il y a eu de multiples modifications au sujet du personnage principal: avant d’être un loup-garou, Ginger Ă©tait dans la première version du scĂ©nario une biologiste qui se transformait en arbre. L’influence principale est venue de La Mouche, de David Cronenberg – Ginger Snaps peut ĂŞtre vu comme son pendant fĂ©minin, toutes proportions gardĂ©es.

ToquĂ© de Cronenberg, Fawcett se souvient d’avoir Ă©tĂ© marquĂ© dans ce remake de La mouche noire par la lente mutation du personnage au cours du rĂ©cit et de l’absence de gratuitĂ©. Il a essayĂ© d’appliquer ce principe en essayant par ailleurs de se dĂ©marquer du tout-venant en brossant les portraits de deux sĹ“urs qui apprennent Ă  faire corps avec leur marginalitĂ© et en passant en revue tout ce qui justifie l’appellation d’âge ingrât (refus du conformisme, menstruations, changement du corps, apparition des poils). La rĂ©ussite de ce mĂ©lange curieux fut telle que les producteurs ont eu l’idĂ©e d’explorer l’itinĂ©raire tordu des deux sĹ“urs dans des suites qui ne se contentent pas de reprendre les idĂ©es du premier volet pour les dĂ©cliner sans en voir la fin – le troisième Ă©tant d’ailleurs un prequel en forme de conclusion dĂ©finitive.

A la fin du premier Ă©pisode de Ginger Snaps, Brigitte (Emily Perkins) tue le monstre que Ginger (Katharine Isabelle), sa soeur, Ă©tait devenue. Dans le second, manque de chance ou pauvretĂ© d’inspiration des scĂ©naristes: Brigitte est maintenant infectĂ©e par le mĂŞme virus que Ginger. Elle a quittĂ© la maison et mène une vie de junkie dans un motel sordide, dĂ©pendante des injections d’aconit, une drogue qui retarde les effets de mutation du virus, mais qui ne le guĂ©rit pas. A son rĂ©veil, la demoiselle se retrouve enfermĂ©e dans une clinique de dĂ©sintoxication oĂą ses prĂ©cieuses doses lui sont refusĂ©es. Lorsque la mort se met Ă  frapper la clinique, elle sait que la crĂ©ature la traque. C’est ainsi que s’ouvre ce second volet qui creuse la veine non sans audace. La sexualitĂ©, dĂ©jĂ  prĂ©sente dans le premier, revient ici de manière dĂ©tournĂ©e notamment lors d’une sĂ©ance de relaxation qui se mue en une orgie de masturbations collectives oĂą de jeunes filles en transe ne maĂ®trisent plus leurs pulsions. Bras Ă©corchĂ©, regard blĂŞme, les cheveux qui lui masquent le visage, Emily Perkins reprend le mĂŞme personnage avec le talent qui la caractĂ©rise depuis Ça et On a tuĂ© mes enfants. Au mĂŞme titre que la prĂ©sence fantomatique de Katharine Isabelle – qui parcourt le fil de l’intrigue et incarne la conscience de Brigitte –, c’est un plaisir de la revoir dans le second volet.

C’est une manière de faire patienter le spectateur avant un troisième opus totalement whatthefuckesque. Qu’est-ce qui peut justifier les deux sĹ“urs Ă  se retrouver dans les trĂ©fonds du Canada du XIXe siècle pour affronter des hordes de loups-garous furibards? Est-ce qu’il faut y voir une percĂ©e dans la veine grand-guignolesque et un goĂ»t pour la logique nonsensible chères Ă  Sam Raimi lorsqu’il a rĂ©alisĂ© sa trilogie Evil Dead? Sorte de perversion facĂ©tieuse sur le thème de La FĂ©line (ici ado fĂ©line), le premier volet dĂ©bouchait sur une impasse sur laquelle le second tente de rebondir. C’était l’hĂ©ritage de Fawcett qui visiblement n’avait pas conçu son film comme une trilogie et ne dĂ©sirait pas qu’on l’exploite comme un produit. Par son intĂ©gritĂ© et ses audaces, il reste le meilleur de la trilogie.

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