[GHOUL] On aime bien la mini série Netflix-Blumhouse

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En cette rentrée 2018, Jason Blum et sa lucrative société de production Blumhouse ont décidé d’inonder nos écrans, que ce soit sur les grands (BlacKKKlansman) ou sur les plus petits (The Purge via Amazon Video et Ghoul via Netflix). Malgré la consécration cannoise du film de Spike Lee (Grand Prix) et le succès programmé de l’adaptation en série de l’irritante saga American Nightmare, c’est bien la dernière, dont la sortie en fin d’été fut relativement discrète, qui se montre la plus réussie.

PAR MORGAN BIZET

Voilà une ébouriffante surprise qui nous vient tout droit d’Inde et d’Angleterre, pays natal de l’inconnu mais prometteur auteur de cette mini série en 3 actes, Patrick Graham. Entouré d’un casting et d’une équipe technique entièrement indienne, rien de moins que l’un des meilleurs objets horrifiques télévisuels de ces dernières années.

Ghoul prend place dans une société indienne dystopique où le gouvernement opprime toute forme de pensée ou religion jugées hors norme. Philosophie, contes pour enfants et islam sont mis à la même enseigne et toute pratique illégale, sévèrement punie. Des voix s’élèvent pourtant et combattent souterrainement ce système sous la bannière de l’ennemi public n°1, Ali Saeed. L’action du film débute lorsque la jeune Nida Rahim, soldat et interrogatrice en herbe, intègre le Guantanamo local comme guise de récompense pour avoir balancé son père, professeur de philo émérite qui a refusé de se plier au programme scolaire imposé par l’Etat totalitaire. Elle y découvre les méthodes musclées (torture physique et psychologique) des officiers et l’ambiance lugubre du lieu, bientôt décuplée par la venue d’Ali Saeed, qui se serait étrangement laissé prendre.

Ghoul impressionne par la facilité avec laquelle il nous plonge dans son univers fictionnel et met en place son intrigue en huis clos. Une petite quinzaine de minutes qui s’ouvre ensuite sur près de deux heures de tension extrême au sein des murs étouffants de la prison. Le fantastique vient peu à peu se joindre par petites touches à un récit carcéral déjà bien fourni en horreur. Sans être insoutenable ni grossière, la violence des interrogatoires suffit à poser le discours anti-militaire et anti-fasciste du film. On pense évidemment aux dernières productions Blumhouse qui allient le film de genre avec la satire sociale, tels Get Out ou les moins intéressants American Nightmare. Graham s’en sort bien mieux que James DeMonaco en opposant à l’horreur militariste une terreur issu du folklore arabe et perse qui viendra vite dévorer la première.

Si l’ultime demi-heure de ce show aux allures de film de 2h30 convainc moins – la chasse aux monstres qui a le pouvoir de prendre l’apparence de ceux qu’il mord ressemble Ă  une copie moyenne de The Thing – on ne peut qu’applaudir les qualitĂ©s de metteur en scène de Patrick Graham, bien aidĂ© qu’il est par son actrice principale, Radhika Apte, pendant fĂ©minin de Kurt Russell. L’affiliation au cinĂ©ma de John Carpenter fonctionne d’ailleurs beaucoup mieux lorsque Graham s’amuse Ă  relire l’immense Assault – ici inversĂ© car le mal est introduit Ă  l’intĂ©rieur dès les premières minutes. Les effets de peur sont minimisĂ©s, le cinĂ©aste prĂ©fĂ©rant s’appuyer sur une tension latente. Lorsque le monstre daigne montrer son visage, on apprĂ©cie l’idĂ©e d’en faire une crĂ©ature sournoise et perverse qui rappelle les dĂ©mons d’Evil Dead.

Difficile d’espérer une saison 2 vu le final, mais on est en droit d’attendre prochainement une nouvelle collaboration entre Graham, Netflix et Blumhouse (un premier long-métrage ?), très forte pour dénicher les nouveaux talents de l’horreur – cf. Mike Flanagan qui a récemment offert le superbe Jessie. Ou alors pourquoi ne pas continuer à ouvrir l’occident à ce qu’il se fait de mieux dans l’horreur venu d’Asie centrale ?

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