Halloween 1992, la BBC diffuse un programme d’un genre nouveau: une émission de divertissement de fiction. Sur un plateau de TV, des animateurs de la BBC partent à la recherche de phénomènes paranormaux. Un traumatisme collectif qui a préfiguré bon nombre de found footage actuels.

Du haut de son microscopique et légendaire budget, Le Projet Blair Witch connut une influence à combustion lente: le renouveau du cinéma d’horreur qui avait eu lieu (dû à l’enchaînement de Scream, Ring et Sixième Sens) laissa d’abord place aux tueurs encapuchonnés et aux fantômes tordus. Le found footage connut davantage son épiphanie avec l’arrivée de Paranormal Activity, de REC ou de Cloverfield. On rappela à tort et à travers durant ce laps de temps – de tout de même quelques années – que c’est Cannibal Holocaust qui avait déjà investi le terrain du found footage en son temps. Le cinéphile, encore plus obscur et chaos, susurre qu’il s’agissait plutôt du maudit Sur le globe d’argent, où des astronautes filmaient leur mésaventures en terre inconnue. Sur ce petit jeu de «kikafaitdabord», on ressortit également les cultissimes Documents interdits de 1989, dont l’un des fameux segments montrait un reporter télé s’aventurer dans une maison hantée. Less is more comme disait l’autre, et on avait beau rien n’y voir, le trouillomètre grelottait à fond. Une leçon qu’avait bien compris le film culte de Myrick et Sanchez, moins les rejetons débarqués après. Du segment Le cas Ferguson du film de Jean Teddy Philippe, on y repensa également beaucoup durant l’épisode Television Terror des Contes de la crypte, variation démonstrative mais tout aussi flippante du même concept.

Du côté des fantasticophiles, nulle trace par contre de Ghostwatch, téléfilm culte en Angleterre aussi bien pour les bonnes que les mauvaises raisons. Nous voilà plantés devant un programme de la BBC, bien nommé Ghostwatch, où une équipe se rend durant une nuit d’Halloween dans une maison frappée de phénomènes paranormaux. Sur le plateau, le présentateur est accompagnée d’une spécialiste croyant dur comme fer au ramdam surnaturel de la petite maison, où une mère célibataire et ses deux filles subissent les assauts d’un poltergeist surnommé Pipes. On débauche les caméras, la reporter est entourée d’un ingé son et d’un cameraman, et dehors les badauds sont distraits par un second reporter déchaîné. Bien entendu ici, et même si on s’attend à voir débarquer Jean Pierre Foucault ou Karen Cheryl, rien n’est vrai. C’est en tout cas ce qu’avait oublié de préciser la BBC à l’époque, diffusant ce mockumentary comme une émission télé lambda. Appels de téléspectateurs en panique et gosses traumatisés: le résultat, bien que fort audacieux, ne sera plus diffusé pour ne pas remuer le couteau dans la plaie.

À une époque comme la nôtre où les vidéos traficotées, les «urbex qui tournent mal», les pranks sordides et les shows de chasseurs de fantômes circulent sur YT comme des Peugeot en plein embouteillage, Ghostwatch impressionne par sa reproduction posée, son sens du slow-burning, son absence totale de Grand-Guignol, sa manière de rabattre les cartes, son sens du détail parfois glaçant (évitez de cligner les yeux sur certains plans) et sa ténacité d’aller vraiment au bout de son concept (pour ne pas dire au-delà). En bref, Ghostwatch fait encore peur, ridiculisant tous ce qu’on a pu voir ces dernières années dans le genre du found footage, mais se révélant aussi comme une influence majeure du cinéma de James Wan: Conjuring 2 (qui reprend le fameux cas d’Enfield, soit le même qui inspira Ghostwatch) et Insidious s’en sont (un peu trop) souvenus. Pas le reste du monde a priori, hormis les anglais sans doute encore tous tremblotants rien que de repenser à ce fabuleux traquenard filmique.

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