Brandon Cronenberg a remporté la 28e édition de la fête annuelle du cinéma fantastique avec Possessor. Retour sur cette manifestation exceptionnellement organisée en ligne où les meilleurs films n’étaient pas forcément en compétition.

Le caractère virtuel de cette 28e édition du Festival de Gérardmer avait son lot d’avantages et d’inconvénients. À l’évidence, il a privé les festivaliers du voyage, du dépaysement, du contexte, et de l’entre-soi forcé qui favorise les échanges et les discussions. Il restait donc à se consoler avec les films, dont on a pu se goinfrer cinq jours durant sans les files d’attente, ni les horaires imposés. Pour garder quelques repères, on se sera imposé pour règle de regarder les films en compétition dans l’ordre de la sélection. Il en résulte une certaine logique marabout de ficelle qui met en lumière les points communs d’un film à l’autre. Plusieurs motifs ou thèmes récurrents sont apparus: enfants disparus, esprits maléfiques, cauchemars révélateurs, insectes (en milieu rural ou non), sans oublier la vielle maison hantée, soit beaucoup de vieux pour donner l’illusion du neuf.

À défaut de neige à Gérardmer, on a pu en voir un peu dans Anything for Jackson, variation classique mais amusante sur le thème des dangers de la magie noire, avec un personnage de sataniste très réussi (et une bonne scène d’aspirateur à neige). Moins convaincant, l’irlandais Boys from county hell de Chris Baugh ne croit pas suffisamment en son histoire de croquemitaine surgi de l’oubli, neutralisant systématiquement les séquences potentiellement horrifiques par un humour potache. Plus habile, opportuniste mais anecdotique, Host de Rob Savage utilise les petits écrans pour illustrer une séance de spiritisme par zoom qui tourne mal. Labellisé Semaine de la critique, La nuée de Just Philippot est un thriller agricole qui utilise le fantastique pour illustrer littéralement l’expression «se saigner aux quatre veines». Les sauterelles mutantes qu’élève laborieusement une fermière écolo n’ont qu’un rôle abstrait et théorique, l’auteur se révélant manifestement plus proche de Ken Loach que de John Bud Cardos. Encore des insectes avec Mosquito state, mais cette fois, les moustiques symbolisent le chaos d’un système financier dont un opérateur de Wall street cherche à reprendre le contrôle. Malgré son aspect léché, le résultat est assez nébuleux.

Avec Possessor, Cronenberg fils revendique l’héritage de son père, reprenant l’actrice d’eXistenZ, ainsi que certains motifs du même film, ce qui n’est pas forcément une bonne idée. En fait, si: son calcul a marché, le jury lui a accordé le Grand Prix, récompensant le label Cronenberg plutôt que le film. Un peu de sexe, de drogues et de nazisme sont au programme de Sleep (de Michael Venus, prix du jury ex-aequo), qui suit une mère et sa fille revenant sur les lieux d’un cauchemar pour dévoiler un sinistre secret enfoui dans le passé. L’australien Sweet River raconte le même genre d’enquête, mais avec la mère seule et dans un contexte plus rural. Teddy (l’autre Prix du jury ex-æquo) a les mêmes qualités et les mêmes défauts que La nuée. Et ses auteurs, les frères Boukherma, ont la même tendance à traiter le fantastique du bout des doigts, probablement parce qu’il ne fait pas partie de leur culture et qu’ils sont beaucoup plus à l’aise dans le réalisme social.

Aucune timidité par contre dans The cursed lesson, qui illustre graphiquement tous les aspects (sexe, drogues, hallucinations) de son sujet apparent, soit le danger des méthodes alternatives en vue d’atteindre la perfection physique. Mais comme souvent chez les Coréens, l’intrigue est excessivement complexe et la multiplication des points de vue prête à confusion. Un peu dans la lignée de Mr Babadook, The other side de Tord Danielson et Oskar Mellander est un film de maison hantée très appliqué et dans l’air du temps avec sa volonté affichée de valoriser le personnage féminin. Le plus inattendu et le plus atypique des films en compétition, The stylist de Jill Gevargizian, étudie le relation toxique entre une coiffeuse et sa cliente sur le point de se marier. Détail, la coiffeuse collectionne les scalps, ce qui fait du film un étrange mélange de Maniac et de Persona. Le résultat, qui est la version étendue d’un court-métrage multiprimé, est très réussi et stylisé, usant de l’éclairage et des couleurs à la manière d’un giallo.

Le meilleur film de Gérardmer 2021 était hors-compétition: Come true, second long-métrage de l’homme orchestre Anthony Scott Burns (il écrit, réalise, éclaire, monte, compose la musique et assure la direction artistique), suit une ado qui semble avoir de bonnes raisons de ne pas vouloir dormir chez sa mère. Souffrant de cauchemars récurrents, elle espère trouver un répit en s’inscrivant à un programme d’études du sommeil menés par un groupe de chercheurs. Rythmé par des séquences de rêve extrêmement impressionnantes et reposant sur la suggestion beaucoup plus que sur la représentation, le récit progresse de façon inattendue jusqu’à une conclusion qui invite à reconsidérer tout ce qu’on a vu sous un jour nouveau. On n’a pas fini d’en reparler. G.D.

PALMARÈS 
Grand Prix: Possessor, de Brandon Cronenberg (Canada & Royaume-Uni)
Prix du jury: Sleep, de Michael Venus (Allemagne) & Teddy, de Ludovic & Zoran Boukherma (France)
Prix de la critique: La nuée, de Just Philippot (France)
Prix du public: La nuée, de Just Philippot (France)
Prix du jury jeunes: Teddy, de Ludovic & Zoran Boukherma (France)
Grand prix du court métrage: T’es morte Hélène, de Michel Blanchart (France)

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