[GÉRARDMER 2019] Que faut-il retenir de cette 26ème édition?

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Hantée par Udo Kier et marquée par la célébration punk de Puppet Master: The Littlest Reich en Grand Prix, la 26e édition du Festival du film fantastique de Gérardmer aura questionné le genre de façon chaos.

PAR BAPTISTE LIGER, ENVOYÉ SPÉCIAL À GÉRARDMER

Gérardmer 2019, c’est l’Eurovision. Oui, à la fin, les douze points (enfin, l’équivalent vosgien) vont à la Suède. C’est ce que l’on peut retenir du palmarès de cette 26ème édition, qui s’est déroulée 30 janvier au 3 février, dans l’ambiance conviviale qu’on lui connaît – entre imitations de la Denrée de la Soupe aux choux dans les salles, kebabs trois étoiles avalés au O’Malo et soirées éthyliques à un peu tout ce qui passe au Grand Hôtel. Pas un hasard si, pour cette dernière raison, les Présidents du jury, Gustave Kervern et Benoît Délépine, ont apprécié l’aventure. Et, donc, avec leurs comparses très variés (on aurait aimé assister à une discussion cinéphilique entre Vanessa Demouy et Yann Gonzalez!), ils ont choisi de récompenser, de différentes manières le pays d’Abba et Stefan Edberg. Quitte à mettre de côté quelques pépites – qui, pour certaines, étaient restées mystérieusement hors-compétition.

LE GAGNANT: Puppet Master: The Littlest Reich
Empochant non seulement le Grand Prix, mais aussi le prix de la meilleure musique et le prix du public (ainsi qu’une mention du jury jeunes), le dernier volet de la (longue) saga imaginée par Charles Band et qui a ravi la génération VHS se retrouve être, factuellement, le champion incontesté de cette édition. Si la production est américaine, son duo de cinéastes (Sonny Laguna et Tommy Wiklund, déjà repérés avec We Are Monsters) vient bel et bien de Suède. Les fans de la franchise – et ceux qui ne la connaissaient pas – ont beaucoup ri et (un peu) frémi sur le grand écran de l’Espace LAC, avec les méfaits sadiques des poupées diaboliques sous influence ouvertement nazie. Il y a là de l’humour (très) noir (mention à une Intervention Involontaire de Grossesse d’un genre très particulier…), du mauvais esprit et une certaine imagination dans le sadisme (due à un scénario signé S. Craig Zahler, le poète derrière Bone Tomahawk). Toutefois, la succession de gags gore et incorrects ne suffit pas à faire un film et, entre deux saloperies jouissives, il faut avouer qu’il n’y a pas beaucoup de cinéma – personnages inexistants campés par des acteurs qui cachetonnent (dont Michael Paré et Udo Kier – auquel il était rendu un bel hommage à Gérardmer), narration qui patine et mise en scène qui rappelle le Claude Zidi des années 70. Plaisir sympa en DVD ou VOD (si un distributeur se réveille), mais, objectivement, nous sommes là moins proches d’un Grand prix façon Morse ou It Follows qu’une cuvée style Le Loup-garou de Paris ou The Door

LA MÉDAILLE D’ARGENT: The Unthinkable
On aurait d’ailleurs préféré le triomphe du très impressionnant The Unthinkable, mélange de tragédie intimiste scandinave (on va rigoler, quoi) et de film de guerre pré-apocalyptique (pareil). Auréolé d’un joli trio Prix du Jury-Prix de la Critique-Prix du Jury jeunes, le long-métrage du collectif suédois Crazy Pictures aura certes moins fait se bidonner les spectateurs, qui auront même pu vraiment en tomber en larmes en se disant que le budget de ce film, visuellement impressionnant, doit approximativement être celui d’une comédie, mettons, avec Arnaud Ducret… Mais, malgré ses longueurs, sa solennité un rien trop affirmée et quelques artifices de scénario, il y a indéniablement un souffle de cinéma, un souci de rigueur et une beauté formelle qui ont ravi la plupart des festivaliers – lesquels auraient aimé en savoir plus sur la méthode de travail de cette joyeuse (enfin, façon de parler) bande. A découvrir début avril en vidéo grâce à Wild side. Ironie de l’histoire, l’autre Prix du jury revient à leurs compatriotes Pella Kagerman et Hugo Lilja pour leur space opera contemplatif Aniara, qui avait déjà cartonné aux Arcs – on l’a raté, tout comme on a zappé The Witch : part. 1. The Subversion de Park Hoon-jung (le scénariste d’I Saw the devil).

L’OUBLI GÊNANT: The Dark
A tout palmarès qui se respecte son erreur qui relève du problème de code-barres: comment les différents jurys ont-ils pu mettre de snober le ténébreux The Dark de Justin P. Lange? Sur un pitch impossible – la relation entre une ado zombie et un garçon victime de kidnapping aux yeux crevés, atteint du syndrome de Stockholm (décidément…) -, le jeune cinéaste impose un ton radicalement sombre et refuse nombre de facilités, quitte à perdre les potaches en route. On pense souvent à un cousin autricho-canadien de Morse (forcément…) dans cette œuvre sensible et violente, très juste dans sa psychologie et formellement soignée. On espère qu’un distributeur se réveillera sur ce bijou crépusculaire…

LE HORS-COMPET’ PRIMABLE: Zoo
Quand il n’y en a plus, il y en a encore: parmi les films hors-compétition (parmi lesquels Mandy de Panos Cosmatos, Meurs, monstre, meurs ou le curieux film de cannibales tunisien Dachra), se détachait, comme par hasard, un opus scandinave – co-production Danemark et… Suède (Ikéa sera-t-il le prochain partenaire officiel du festival?)! Très applaudi, Zoo (rien à voir avec un vieux Greenaway) d’Antonio Steve Tublen revisite avec malice le film de zombies, genre qui, il faut bien l’avouer, radote parfois sévèrement. Une invasion de morts-vivants n’est, au fond, ici qu’un prétexte à un huis-clos s’attachant à un jeune couple déjà en phase d’usure avancée – comprendre, de rupture. Mais l’épidémie va leur faire revoir leurs plans, imposant une cohabitation sur de nouvelles bases… On découvre alors une épatante comédie du remariage en appartement de la célèbre enseigne précitée – avec des zombies, quand même -, quelque part entre la Yasmina Réza du Dieu du carnage, Ruben Ostlund et George Romero. Un peu plus faible dans son dernier quart, Zoo n’en reste pas foutrement séduisant.

LE HORS-COMPET’ PRIME AILLEURS: Freaks
Marre des Suédois? Sachez-le: il y avait une poche de résistance nord-américaine avec l’impeccable duo Adam Stein-Zach Lipowsky. Et si Freaks n’apparaît pas au palmarès, il ne faudra pas en vouloir au jury: il n’était pas en compétition. Cela aurait-il un rapport avec les lauriers raflés lors du dernier PIFFF? Qu’importe: cette histoire de petite fille différente avec des super-pouvoirs s’avère un très maîtrisé film fantastique calibré ados, comme si les deux réalisateurs avaient ici souhaité transmettre leur culture 80’s aux teenagers d’aujourd’hui. Il y a là du Stephen King (celui de Ça ou de Charlie), du James Cameron de Terminator, du John Carpenter et du Steven Spielberg (de l’Amblin spirit, aussi). Beaucoup se sont cassés les dents, dans des projets équivalents: Stein et Lipowsky s’en sortent admirablement, tirant le meilleur des potentialités de leur scénario et en montrant un évident savoir-faire technique (sans un budget colossal). Et on a toujours plaisir à croiser Emile Hirsch et Bruce Dern, alors…

Bref, on attend déjà la prochaine édition – en revenant plus longuement fissa sur certains films. Mais, là, vraiment, on doit filer – l’écrivain Bernard Werber nous a promis une séance d’hypnose, suivie d’une partie de loup-garou…

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