Souvent accusé de chercher la polémique, Gaspar Noé nous dit TOUT sur le skandäle au cinéma.

PAR GASPAR NOE

«Pour provoquer un scandale, il faut prendre les gens au dépourvu. Carne n’était pas «scandaleux» dans le sens où on ne voyait qu’un cheval se faire tuer. Quand j’ai surenchéri un peu plus tard avec Seul contre tous, qui était dans la continuité directe de Carne, les gens savaient déjà s’ils allaient aimer ou non. Il n’y avait pas de scandale, juste un débat autour. Sur Irréversible, il y avait un scandale pré-annoncé disant qu’il s’agissait du «film le plus violent jamais annoncé et jamais montré au festival de Cannes». C’était d’autant plus attendu qu’il était en compétition, à minuit. Dans la salle, c’était jouissif parce que pendant la projection, les spectateurs se sont mis à hurler lors de la séquence de viol. Certains hurlaient même : «on va te faire la même chose, Gaspar…» ou encore «espèce de merde!». Ceux qui étaient restés jusqu’au bout ont applaudi. Mais, de mon point de vue, on se serait cru à un bon match de foot où les gens s’excitaient. Lorsque j’étais adolescent, je me souviens d’un article sur Eraserhead – à l’époque, le film s’intitulait «Tête à Effacer» – signé par le critique Michel Perez où il disait que c’était un cauchemar. Quand tu lis un article très négatif sur un film, l’avantage, c’est que ça peut te donner envie de le voir. Aussitôt après l’avoir lu, je me suis précipité dans un bus pour aller le voir. Comme convenu, j’ai adoré. Mais je m’étais rendu compte, dès la lecture de l’article, que ça ne pouvait que me plaire.

Souvent, quand un film est banni ou interdit, c’est qu’il peut véhiculer quelque chose de très voire trop fort. Bizarrement, un des films que je ne trouve pas scandaleux mais qui a le plus retourné de gens – du moins, depuis que j’ai conscience du dispositif de commercialisation de films – c’est L’exorciste. Quand j’étais gamin, je me souviens que la bonne de mes parents ne voulait pas le voir. A ce moment-là, plein de gens me parlaient du film et en étaient effrayés rien qu’en prononçant le titre. De la même façon que si certains entendaient la musique de Mike Oldfield dans la rue, ils changeaient de trottoir. J’ignore si depuis la sortie de L’exorciste, j’ai entendu parler d’un film qui ait autant troublé les gens. Cannibal Holocaust avait été un semi-scandale, La Grande Bouffe avait fait scandale à Cannes. Mais les films vraiment scandaleux sont le plus souvent interdits. Mad Max avait été interdit en France pendant un certain temps avant d’être relaxé. Massacre à la tronçonneuse pouvait effectivement choquer les gens. Je pense que le plus grand et le plus beau scandale de l’histoire du cinéma, c’est Un Chien Andalou. Un vrai scandale, parce que Buñuel et Dali sont arrivés par la petite porte, dans un cadre bourgeois, sans que personne ne les attende et que leur film était vraiment radical. J’imagine les gens qui à l’époque étaient venus voir un court-métrage et qui ont vu un œil coupé en deux… Buñuel et Dali avaient vraiment tapé super fort…

Love a excité les festivaliers à Cannes, nous étions attendus au tournant. Là-bas, voir un film, c’est comme aller au cirque. Il y a tout cet aspect «bling-bling paillettes» qui sert la carrière commerciale du film parce qu’il génère toute sorte d’excitation, d’envie, de jalousie, de fascination. Et les gens s’acharnent beaucoup plus sur le film lorsqu’il est présenté au Festival de Cannes, en bien ou en mal. Dans quel domaine retrouve-t-on ce genre de phénomène? Nulle part. En littérature, il y a trois quatre livres qui, sur une année, font l’événement. Au cinéma, plusieurs films parviennent à créer des événements, comme si c’était un enjeu majeur dans la culture occidentale aujourd’hui.» G. N.

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