[GALA] Queen de l’Eurodance, libérée du désir

0
158

Vous aussi, vous avez collectionné les compilations DANCE MACHINE comme les compilations LA PLUS GRANDE DISCOTHÈQUE DU MONDE, écouté le HIT DES CLUBS sur Skyrock comme LES DÉBATS DE GERARD avec MAX sur Foune Radio et maté des clips sur M6 à en faire des nuits blanches. Vous aussi, vous avez été ado AVANT Internet. Vous aussi, vous savez DE QUOI ON PARLE: le monde so chaos de l’EURODANCE, genre maudit des années 90 qui passe pour de la vilaine soupe aux oreilles de tous et qui, pourtant, a ses irréductibles fans (dont nous faisons partie). Flashback sur l’une des reines de l’Eurodance: GALA.

PAR ROMAIN LE VERN

Telle la Valérie Maurice du Point Route sur France2, Gala a longtemps figuré sur la liste des fantasmes officiels des camionneurs de France et de Navarre. Oui, on parle bien de l’italienne Gala (de son nom complet Gala Rizzatto), star de l’Eurodance dans les années 90 au regard somptueux et adepte des grimaces scary, toute vêtue de noir, très garçon manqué pour se distinguer des poufs éructant en playback. Quel somptueux prénom, quand même, non? Ses parents avaient décidé de la baptiser ainsi le jour de sa naissance, le 6 septembre 1975, en hommage à Gala Dalí, la muse surréaliste de Salvador Dalí et Paul Éluard. Et détail amusant qui ne sert à rien, c’est aussi le prénom de la fille de Roger Avary.

Alooorrrrraaaaa… A 17 ans, Gala quitte l’Italie de Frédéric François pour rejoindre les États-Unis, afin de s’inscrire dans un premier temps dans une épanouissante école d’Art à Boston. Ensuite, elle connaît les joies de la vie New-Yorkaise, celle du début des années 90 qui ressemble à un clip de Moby. Diplômée à la Tisch School of the Arts, elle gagne sa vie en photographiant ce qui se passe dans les coulisses de la vie nocturne des artistes et clubbers de la ville. C’est un peu la Jim Jarmusch de l’Eurodance. A la différence près que Jim chante très mal.

C’est en 1996 que commence sa carrière dans l’Eurodance, sur un pari frivole. En échange d’une photo d’un DJ Européen là-bas dans le noir, Gala a pu enregistrer sa première démo. Une chanson que s’appelerio Everyone Has Inside, qu’elle avait écrite à New York puis envoyée en Europe sur cassette (trop swag). Rappelons à nos plus jeunes lecteurs que non, WeTransfer et Dropbox n’existaient pas et que non, les gens n’en étaient pas moins heureux sans. Le morceau tape dans l’oreille du label italien indépendant Do It Yourself Records qui lui fait enregistrer Freed From Desire à Londres et l’envoie en France à un certain Henri Belolo, le king de l’eurodance, ancien collaborateur d’Eddie Barclay et DJ notoire à Casablanca. Celui qui reste le célèbre président du label Scorpio Music, ayant découvert avec son ami Jacques Morali les Village People et écrit le Street Dance de Break Machine, a géré dans les années 90 les cultissimes compilations La plus grande discothèque du monde. Ni une ni deux Henri flashe sur Gala; ce qui est très rigolo pour une photographe (euh…). Pour lui, il est clair que Gala accompagnera la fin d’une époque, la fin de l’Eurodance.

En interview, HB, dont le rêve ultime était « d’être dans les linéaires de Carrefour et Auchan« , avoue: « L’Eurodance est la fille du disco, elle est née sous l’impulsion des fossoyeurs de la dance des années 70, les DJ italiens, qui, entre-temps, s’étaient remis à niveau. Le phénomène a jailli, en 1990, à Bercy, avec «La Plus Grande Discothèque du monde» – des groupes en play-back sur scène – qui a rassemblé 17 000 jeunes et laissé dehors 5 000 fans. Des gamins sans canettes de bière, sans chaînes de vélo, sans drogue et sans a priori. Parallèlement, la publicité pour les disques se libère à la télévision (…) Minée par trop de compilations (10 par mois), la vague dance s’est essoufflée, exsangue. La techno s’est enfermé dans ses chapelles, ses hérésies. Seul le disco, lui, connaît des revival. »

Propulsé tout en haut du Hit Machine de Charly et Lulu feat. Irène et Jessy, Freed From Desire cartonne partout, estampillé disque de platine everywhere. Quitte à pousser le vice chaos, Gala finit nommée la même année dans la catégorie « Meilleure performance Dance » aux Mobo Awards que The Prodigy, Chemical Brothers et Orbital. Non, Gala, elle ne rigole pas. Comme vous pouvez le revoir dans le clip de Freed From Desire assez rigolo avec notre Gala baroudeuse, lasse de se faire courser par des mecs en lunettes noires, faisant des grands gestes et des grands regards. C’est sûr, cette fille, elle vient d’ailleurs, comme disait Pierrot.

Si le titre est effectivement formidable et accessoirement inusable, les puristes de l’Eurodance – qui est plus un genre musical de la solitude de samedi soir sous la lune qu’une musique de boîte, au fond – confesseront tout comme Henri que Gala a bien fait basculer l’Eurodance dans une autre dimension. Pas une dimension rnb comme Ophely qui méprisait l’Eurodance tout en la vendant aux puceaux. Mais une dimension disons plus accessible voire plus commerciale, ouvrant les portes d’un genre initialement réservé à un cercle de boutonneux glabres rêvant leur vie en regardant le plafond blanc de leurs chambres. Ainsi, surprise: les parents et les petits n’enfants chantent Gala à tue-têtes. Les Schtroumphs aussi chantent Gala… Vous avez sans doute oublié cette honte qui nous fait relativiser notre haine envers Maîtres Gims et Christophe Mae. Mais souvenez-vous que, comme les Indiens sponsorisés par TF1 et Häagen-Dazs, comme la Macarena et autres tubes de l’été post-Lambada, lesdits Schtroumphs avaient cartonné tout l’été 98 en reprenant à leur sauce tous les standards de l’Eurodance. Imaginez un peu Freed From Desire et No Limits de 2 Unlimited chantés par d’insupportables voix nasillardes de nains grabataires bleus. Alerte, oreilles qui saignent!

Gala, c’est très très bien, pas de doute, mais il manque notre effort consistant à transformer la soupe en or. Cela ne lui a pas empêché de vendre plus de 6 millions de disques dans le monde. Son premier album Come into My Life contient que des disques de platine: Freed from Desire, of course. Mais aussi Let a Boy Cry avec une Gala qui agite toujours autant la tête et les bras, qui maquille les mecs, qui refuse un bouquet de fleurs et qui chante même sur sa voix dans le dernier tiers de la chanson.

Et puis aussi Come into My Life. Après Freed From Desire et Let A Boy Cry, Gala confirme qu’elle gère veugra les refrains qui entrent super bien dans la tête. Ce que l’on aime beaucoup dans ce clip de Come Into My Life, que l’on croirait réalisé par l’assistant phtisique de Laurent Boutonnat, c’est la volonté de Gala d’imposer des danseurs relous et surtout de faire une chorégraphie pas du tout synchrone avec le mood du single. CHAOS. Gala a poursuivi avec Suddently mais molle lassitude de sa voix virant vers le haut, accentuant deux trois mots sur tout le morceau, et pis c’est quoi ces chœurs de lycéennes désœuvrées sur le refrain? On dirait Let A Boy Cry en beaucoup moins bien.

Anecdote qui n’intéressera personne: les aficionados du Hit des clubs sur Skyrock que les artistes en chambre écoutaient tous les samedis après-midi vers 19h se souviennent encore de leur émotion en apprenant l’entrée directement à la seconde place d’un Gala inédit, le tout premier, Everyone Has Inside qui avait servi de démo. Ce morceau a la gueule d’une face B mais il reste culte pour son introduction géniale où Gala, refusant de payer pour entrer dans la boîte de nuit, demande au videur à l’entrée un fabuleux: « Is Josh here? I’m a friend of Joshua« . Si vous cherchez à comprendre pourquoi des pros de l’Eurodance peuvent un jour balancer I’m a friend of Joshua entre eux…

Ainsi, à l’instar de notre chère Élise Lucet, on a besoin de savoir, quitte à débarquer en plein milieu d’un diner avec ses singols à la main… Pourquoi donc Gala n’a pas continué? Elle qui avait tous les tubes en sa possession pour devenir une Eurodéesse, que pasa? Une histoire tragique, bien entendu. En 1998, alors qu’elle interprète Let a Boy Cry sur Taratata, Gala rencontre par l’entremise de Nagui ce cher Steve Fargnoli, manager de Prince qui devient par la suite son représentant. La même année, elle signe avec le label Universal Records en Italie. Mais le décès soudain de Steve Fargnoli en 2001 bouscule ses desseins. Gala rompt son contrat avec Universal Records et repart pour New York. Installée dans le quartier de Brooklyn, Gala, les ailes brûlées, oublie un peu le temps de la musique avant de renaître en 2005 avec un titre, Faraway qui connaît du succès avant tout à l’étranger. Ses titres suivants sont si modestes qu’en France, nous sommes déjà passés à une nouvelle mode tout comme M6 qui préfère désormais Valérie Damidot et Cristina Cordula. Entre r’n’b, pop et rap français, plus trop de place pour les divas de l’Eurodance sur les chaînes musicales. Byebye l’Europe et adieu l’Eurodance, Gala repart comme elle était venue. A l’occasion de la sortie de Un homme à la hauteur, une comédie dont personne se souvient avec Dujardin nabot, elle reviendra nous faire coucou sur les plateaux TV le temps d’un live de Freed From Desire. On se retourne, c’était il y a 20 ans. Pour nous, c’est comme si c’était hier…

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here