L’électron libre du cinéma français revient pour boucler sa trilogie expérimentale entamée avec Little gay boy et Where horses go to die. Cette fois, le réalisateur entend bien nous montrer sa propre vision de l’amour et de ses revers, tout ça sous l’influence Pasolinienne du Salo du divin Marquis. Vaste programme pour seulement 1 heure de film, sorti confidentiellement ce mercredi.

PAR GUILLAUME CAMMARATA

Antony Hickling a la chance d’avoir avec lui une troupe de collaborateurs/amis kamikazes le suivant dans tous ses projets même les plus fous et confus comme ce hardcore Frig. Ici, le réal scinde son film en trois parties à l’esthétique et aux thématiques bien diverses façon trois salles/trois ambiances. On commence par une déambulation romantico–mélancolique dans Paris filmé au smartphone façon Jean Luc Godard sous poppers. Ensuite, on passe dans un décorum unique maculé de blanc puis progressivement de merde et de sang. Enfin, on finit par une promenade mentale et mystique dans une forêt ou les obsessions plastiques et artistiques du réalisateur ressortiront sous leurs plus beaux jours. On pensera au gré des différents tableaux proposés aux expérimentations visuelles de Bill Viola ou aux performances d’Olivier de Sagazan, on pense aussi à l’audacieux Hickling, très seul dans cette veine arty.

Pour sûr, Frig est un film que ne raconte quasi rien. Ou du moins rien de neuf. En revanche, il exprime fort ce qu’il ressent (l’amour pour l’autre, pour le cul, pour la crasse, pour la différence) et traduit comment se reconstruire par l’image après avoir été détruit par des actes et des mots. L’expérimentation est le meilleur moyen pour faire naitre des émotions sans forcément établir de contexte précis. Antony l’a bien compris et à ce petit jeu, il est plutôt bon. Plus encore que dans ses deux films précédents, le spectateur averti comme profane aura l’impression de ne pas se trouver au bon endroit pour regarder Frig et que l’œuvre représente plus une sorte de performance – une installation vidéo destinée au Palais de Tokyo dans une salle de cinéma. Mais l’intérêt vient quand même des visions que le réalisateur nous donne généreusement et sans concession en images fortes (le film n’est pas interdit aux moins de 18 ans pour rien). L’intérêt n’est pas d’aimer Frig mais d’entrer en discussion avec quelque chose qui tente, de par sa différence, de créer des rapprochements universels de sensations. Tout ça sans s’excuser de choquer ou de ne pas correspondre aux attentes. Soit la définition même du queer et du chaos réunis. Malgré ses defauts, il faut reconnaître à Antony Hickling une radicalité et un esprit libre rafraichissant dans le cinéma actuel et dieu sait à quel point nous en avons besoin aujourd’hui. Se transfigurer, ne pas être là où on l’attend, choquer et émouvoir en même temps, assumer le bon comme le mauvais gout, aimer fort et souffrir encore plus. Voilà les visions de Antony hickling et voilà ce qu’est Frig: un film de merde qui sent la rose.

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