Réalisateur de clips de métal, Ryan Kruger signe un premier film extraordinairement énergique qui doit beaucoup à l’interprète Gary Green. En compétition au LUFF.

Fried Barry, premier long métrage de Ryan Kruger, suit l’errance de Barry, un bon à rien, mauvais mari, mauvais père, jusqu’au jour où, après avoir ingurgité une quantité inhumaine d’héroïne, il est kidnappé par des extraterrestres, avant d’être relâché en ville à l’état de zombie, non sans avoir été doté de nouveaux pouvoirs qu’il découvrira en cours de route. Comme dans un road movie urbain, le hasard lui fait rencontrer des gens variés, qui sont autant d’occasions d’interactions plus ou moins brèves. Son passage par les quartiers chauds l’amène à consommer d’énormes quantités de drogue et à pratiquer beaucoup de sexe, notamment avec une prostituée qui fait l’expérience de ses nouveaux pouvoirs, le sperme de Barry ayant un effet quasi immédiat.

Mais la série de rencontres sans suite serait fatigante sans quelques personnages récurrents, notamment la femme de Barry, toujours attachée à son homme malgré ses défauts. Le personnage a donc un passé, et ce lien lui donne beaucoup plus de consistence et d’humanité que son apparence de zombie ne le laisse penser. Barry est incarné par le stupéfiant Gary Green, un cascadeur et figurant que Kruger a retenu pour son physique évoquant un Ed Harris cabossé qui aurait pris trop de crack. L’état de transe de son personnage ne lui laisse pas grand-chose à dire, à part répéter parfois des phrases entendues à la télé; ce qui accrédite l’idée que son esprit est contrôlé par un extraterrestre qui pilote son corps comme un véhicule pour explorer le mode de vie des Terriens.

Lorsqu’il s’agit de représenter des expériences sensorielles ou mentales, Kruger utilise des effets qui trahissent son expérience du clip, comme dans l’épisode de l’enlèvement par les aliens: il a beau être bref, il accumule une quantité d’images à une cadence presque subliminale pour décrire tout ce que le personnage subit, y compris les sondes. On a droit aussi à un interlude en forme de ride psychédélique, une réminiscence de l’approche de Jupiter dans 2001, l’Odyssée de l’espace, sans oublier quelques survols planants de la ville du Cap qui rappellent brièvement la fin de Repo Man (Alex Cox, 1984). Si le but de Fried Barry était d’émettre des stimuli propices à libérer la dopamine et d’entrer en empathie avec le personnage principal, l’effet est totalement réussi. La bande-son techno métal indus est parfaitement synchrone avec les effets visuels hypnotiques et contribue fortement à provoquer chez le spectateur une irrésistible transe euphorique.

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