Dans le cinéma US des 90’s, l’american nightmare ne passait plus par le cinéma de genre, essoré et timoré, mais par d’autres chemins de traverse: la fascination pour l’ultra-violence et la vague boueuse du white trash transformaient alors le moindre drama en quête initiatique dans l’ordure et le no future. D’où l’explosion d’auteurs tels que Larry Clark, Gregg Araki, Oliver Stone, Todd Solondz ou Harmony Korine: tous se démenaient pour tendre un miroir sale parcourant pavillons pas si dociles et routes fumantes avec nombre de films cultes parfaitement mal élevés. Une mouvance dont s’acquittera très bien Matthew Bright avec Freeway, autre beau mollard dans la soupe qui s’acoquine avec la Californie des désœuvrés.

Tout tient sur deux arguments simples et efficaces: le dévergondage du petit poussin amewricain Reese Witherspoon, qui retournera fissa sur les rails, histoire de ne pas créer de malentendu, et la relecture trashy du mythe du Petit chaperon rouge. Proche des frères Elfman (il avait co-écrit Forbidden Zone où il tenait le rôle du pathétique Squeezit), Matthew Bright est assurément aussi toqué que ses deux compagnons d’armes: il fera justement appel à Danny Elfman pour le score de Freeway – celui-ci en profitera pour s’éloigner de ses compostions Burtonniennes et revenir aux mélodies tordues et rock de son groupe Oingo Bongo, habillant parfaitement un générique où défilent méchant loulou et chaperon de circonstance, redessinés façon bande-dessinée pulp pour toilettes bouchées.

La filiation avec la fable de Charles Perrault a tendance à devenir envahissante (oui le cartoon qui passe à la télé, oui le panier rouge, oui, oui, on a compris) avant de s’estomper pour mieux faire vivre la destinée de Vanessa Lutz, une ado qui a tout vu, tout fait, et a fini par s’habituer à une vie d’échecs et de dépravations. Alors que Maman, mal fagotée et vérolée, fait le tapin dans le quartier (Amanda Plummer, décharnée, who else?), beau-papa (Michael «Le caméléon» T.Weiss) deale à mort et fourre ses mains pleines de doigts partout où il ne faut pas. Les deux finissent en cabane, laissant la gamine armée et déterminée à retrouver mère-grand pour échapper à une nouvelle famille d’accueil. Sur la freeway, elle rencontre Bob, un homme bien sous tout rapport curieusement très intéressé par la vie sordide de la jeune fille: il ne faudra pas longtemps avant que la lolita comprenne qu’elle est tombée of course sur le grand méchant loup attendu, un serial-killer nécrophile qui échappe aux autorités et hante les autoroutes. Contrairement à la grande majorité des héroïnes badass de slasher situés en zone rouge, elle aura au moins l’intelligence de lui cribler le corps de plusieurs balles. Mais devinez quoi? Ce n’est définitivement pas fini pour elle. Ni pour nous.

Malgré un défilé de gueules pas possible (auquel on pourrait joindre Brittany Murphy en détenue zarbi couverte de cicatrices), Bright a l’intelligence de ne pas jamais tomber dans la parodie bouffonne, dansant sur le fil du rasoir entre rire jaune et âpreté noire. Ce n’est curieusement pas tant la violence du film (qui ne défrisera plus grand monde aujourd’hui) ou les éventuelles situations scabreuses (souvent plus évoquées que montrées) qui ont fait frémir la MPAA de l’époque, mais bien le langage fleuri des personnages, dont les lèvres carburent manifestement toutes au jus de poubelle. Suffisamment pour que le mortel NC-17, généralement brandi pour obscénité et nudité frontale, ait pesé quelque peu sur le film de Bright. Derrière ce tableau «tous pourris», Freeway met dos à dos les marginaux qu’on écrase et les immondices au-dessus, à l’image du respectable Bob, ogre allumé paradant en costume de psy et alignant les tueries dans le dos d’une épouse très bijoubijoux (Brooke Shields). Revenant d’entre les morts en Joker boursouflé, Kiefer Sutherland, qui n’était pas à son premier rôle de bad-guy, y est résolument terrifiant. Aux antipodes des fifilles à papa qu’elle incarnera plus d’une fois, Reeese Witherpoon s’éclate en Vaness du trottoir, qui ne recule devant rien pour imposer sa justice et cogner des gueules. À la manière de la Nomi de Showgirls, qui ondulait alors sur les écrans l’année précédente, l’idéal féminin a arrêté d’être irréprochable et n’a plus le temps de s’excuser. Elle restera ce qu’elle est, et tant pis pour ceux qui en auront bavé.

Trois ans plus tard, Matthew Bright remettra le couvert dans Freeway 2: Confessions of a Trickbaby (qui sortira trèèèèèès tardivement chez nous en dvd) où il s’intéresse à une autre délinquante à grande gueule en pleine fuite en avant. S’il ne jouit pas de l’énergie de son modèle, cette séquelle située dans un monde alternatif (on y voit le premier film diffusé à la télévision) ressemble à s’y méprendre à une fantaisie gouine butch entièrement vouée à l’incroyable Natasha Lyonne, à l’époque canonisée icône lesbienne avec American Pie et But I’m a Cheerleader. Un poil plus trash (du vomi, de la masturbation sur cadavre, du cannibalisme…), le résultat a le mérite d’être aussi poil à gratter que le volet précédent: sans rien dire en premier lieu, Bright investie cette fois le conte de Hansel & Gretel en catapultant son duo d’héroïne dans la casa d’une sorcière mexicaine incarnée par un Vincent Gallo (!!!) en mode Tata Yoyo sous Lexomil. Et franchement, rien que pour ça, on y va.

Réalisation: Matthew Bright. Scénario: Matthew Bright. Avec: Reese Witherspoon, Kiefer Sutherland, Wolfgang Bodison, Dan Hedaya… Production: Maysie Hoy – États-Unis. Durée: 98 minutes. Sortie: 1996

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