Réalisateur-scénariste du tout premier film Freddy (Les Griffes de la nuit en 1984), Wes Craven va tourner un nouveau film de la franchise. Il demande pour cela à Heather Langenkamp (Nancy Thompson dans les premier et troisième films de la saga), John Saxon (le père de Nancy dans ces mêmes films) et Robert Englund (l’interprète de Freddy Krueger) de rempiler. Heather hésite, d’autant qu’elle est harcelée au téléphone par ce qu’elle croit être un fan désaxé. Seulement voilà, des signes étranges, comme la mort de son petit ami et le comportement de son fils, lui font comprendre que Freddy pourrait bien être sorti du film. Quant à Wes, il est en proie aux mêmes cauchemars récurrents, mais ses doutes sont plus métaphysiques et inquiétants: en tournant un nouveau remake alors que Freddy est mort dans un épisode précédent, il craint de tenter les ténèbres et de ressusciter le monstre mutant, symbole des forces du Mal.

Freddy au cinéma, c’est toute une histoire. Chacun a ses préférences: le premier, Les Griffes de la nuit, séminal, en 1984; le deuxième La revanche de Freddy, cryptique, en 1985; le troisième Les griffes du cauchemar avec une jeune et innocente Patricia Arquette, en 1987 etc. Au moment de remonter le fil des souvenirs (et de nos cauchemars), tout le monde ou presque semble oublier Freddy sort de la nuit, réjouissant septième volet sobrement intitulé New nightmare et réalisé en 1994, tout en mises en abyme, aussi amusant que retors, aussi effrayant qu’intelligent, jouant sur la distanciation et anticipant en cela ce que Wes Craven fera avec son premier Scream en 1996, soit deux ans plus tard, dynamitant le genre qu’il avait lui-même contribué à installer (et ce jusqu’à son Scream 4). Soucieux de satisfaire aussi bien les férus du genre que son compte en banque, Craven ne peut pas décliner ou simplement prendre la suite, il sait par ailleurs peu probable la simple idée que Freddy revienne après le sixième volet où son boogeyman de cauchemar finissait en piteux état.

Pour ce faire, et en guise de retrouvailles avec son croquemitaine satanique aux allures de Père Fouettard, le réalisateur du premier Freddy et donc créateur du personnage trouve l’idée adéquate pour boucler la boucle en proposant, plutôt qu’une déclinaison opportuniste volatile (pas trop le genre de la maison), une explication drôlement ludique sur l’existence des mythes dans la fiction – en d’autres termes, pour revenir, Freddy doit passer de la fiction à la réalité. C’est pour cette raison qu’il se retrouve ainsi dans les rêves de l’actrice et non du personnage. La solution vient donc de Craven lui-même: la seule façon de s’en débarrasser, c’est de refaire un film. Et les personnages de découvrir le scénario en même temps que les spectateurs. Et les chaufferies infernales où musarde le croquemitaine de ressembler aux labyrinthes d’une usine à rêves où chacun est prisonnier de son image. Un cauchemar sans fin comme dans L’antre de la folie de l’ami Big John la même année 94. Sacré Wes! La bonne nouvelle, c’est que ce jeu-là, doublé d’une belle réflexion sur la fabrication du cinéma, naviguant entre réalité et fiction, spectacle et coulisses, ne saurait balayer d’un revers de la main pleine de griffes les frissons, bien présents surtout lorsqu’on ne s’y attend pas, déjouant notre vigilance quand il le faut. Autant de bonnes raisons de prendre son pied et de réhabiliter cette jolie chose affreuse.

Titre original: Wes Craven’s New Nightmare
Réalisation: Wes Craven
Scénario: Wes Craven
Musique: J. Peter Robinson
Avec: Heather Langenkamp, Robert Englund, Miko Hughes
Prod: New Line Cinema
Durée 112 minutes
Sortie 1994

 

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