Sérieusement motivé par le mega-hit d’un certain Re-Animator (Stuart Gordon, 1985), Charles Band et sa société de production Empire vont se reposer dans les années 80 sur une recette simple: concepts (plus ou moins) à la cons, durées minimales, fx en-veux-tu-en-voilà (et tant pis si l’argent suit pas) et du boobs (parce que). Ce qui donnera une pelletée de plaisirs pas vraiment coupables (From Beyond, TerrorVision, Dolls, Sorority Babes in the slimeball Bowl-o-rama, Prison…) et même carrément sympathiques lorsque il n’y a plus grand-chose à sauver (Breeders, Creepozoids, DungeonMaster, Arena…), pastilles savoureuse d’une époque à l’imagination aussi effervescente que l’aspirine que vous prenez pour oublier la semi-pauvreté du genre en 2020 (oups). Autant dire qu’un film comme Crawlspace (Fou à tuer chez nous) ressemblait à un drôle d’intrus, puisque totalement dispensé des monstres en caoutchoucs qui gargouillaient du bide à loisir dans les films de la firme.

Qu’on ne se se méprenne pas: la too much-ness de ce thriller horrifique lui assure une place de choix dans le top ten de la boîte à Big Band. Son argument de vente? Klaus Kinski. Et par extension, sa malédiction aussi. Emportant David Schmoeller, consacré par le formidable Tourist Trap en artisan ultra-prometteur du genre, Empire laissera le pauvre hère se dépatouiller avec l’acteur fou pour s’assurer une bonne vente à l’étranger. N’ayant finalement que frôlé de son aile le cinéma d’auteur «prestigieux» qu’il visait (Herzog? Zulawski? Terayama? Ben that’s it coco), Kinski a continué à traîner sa carcasse hallucinée dans le monde de la série b & z, bien connu surtout pour faire enrager tous les réalisateurs aux alentours. Quand Schmoeller se rendra compte du fardeau qu’il s’apprête à traîner, impossible pour lui de revenir en arrière, alors que même certaines personnes auraient bien liquidé Kinski de leurs propres mains pour arrêter la machine infernale. Méchante ambiance.

Tourné entièrement dans un studio à Rome, ce qui explique sans doute la présence de Sergio Salvati (chef op attitré de Fulci) et de Pino Donaggio (composant un splendide thème chanté très giallesque), Crawlspace précipite les locataires d’une pension dans la gueule de Kinski Chaos, un fils de médecin nazi qui a décidé de continuer son œuvre dans une Argentine dictatoriale en euthanasiant à la chaîne. Depuis en exil, impossible d’arrêter pourtant son œuvre macabre: la mort comme un opium le pousse à terroriser secrètement ses pensionnaires en donnant des coups dans les conduits d’aération (qu’il arpente comme un labyrinthe aménagé!) ou en lançant son armée de rats élevés pour l’occasion. Tic tic tic: les trop curieux finiront happés par des pièges mortels très «jigsaw-esque» comme ce mémorable fauteuil dont le mécanisme fatal vient visiter peu délicatement votre intérieur (on vous laisse la surprise). Seule une Jamie Lee Curtis de supermarché pourra – peut-être – venir à bout de ce tortionnaire qui joue fréquemment à la roulette russe dans l’espoir de taire son addiction envahissante.

Alors que les nombreux personnages annexes évoquent la kitscherie galopante des productions Band (en grande partie des greluches froufous), la mise en scène tendue vient nous rappeler qu’une main solide tient les commandes. Sortant d’une Depalmerie rigolote (The Seduction), Schmoeller ira même jusqu’à citer le maître lors d’une scène d’intro en trompe-l’oeil, où Kinski observe une chanteuse à la cuisse légère elle-même observée par un voyeur… lui-même complice d’une mise en scène. Et alors qu’on l’imagine rouler des yeux à loisir en Gunter infernal, Kinski donne à son personnage une douceur inespérée, agneau au visage de serpent loin de ses éructations légendaires. Si le résultat final ne lui fera pas pousser des cries d’orfraies, Schmoeller vivra un cauchemar sur le tournage de son film: en 1999, soit bien après la mort de l’acteur, il réalisera Kill Mr Kinski, un court-métrage aussi volontairement qu’involontairement drôle, mêlant récit du réalisateur et images d’archives. Revisitant la garde-robe de son personnage en puisant dans le budget du film, Mad Klaus refusait d’entendre le mot action et engrangeait des retards monstrueux, quand il n’aboyait (ou frappait!) tout le staff. Schmoeller devra en grande partie son aide à une actrice dont la présence rendait curieusement Kinski plus docile. Comme seule vengeance, le réalisateur fera un caméo de locataire dégagé fissa… qui insulte le personnage de Kinski! Un enfer de poche pour un drôle de ravissement sadique.

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