«La France a peur!»: en compétition au FIFIB 2020, Vaurien de Peter Dourountzis, un film de tueur sans gants noirs ni arme blanche qui ne devrait pas vous laisser indifférents. Featuring le retour tant attendu de la déjà grande Ophélie Bau.

Pour ceux qui (comme nous) étaient un peu agacés par son côté premier de la classe, voici le film qui devrait vous réconcilier avec Pierre Deladonchamps, à qui un usage moins stakhanoviste des écrans a visiblement fait du bien. Vaurien (l’un des nombreux films français estampillés Cannes 2020) raconte l’histoire d’un roi de la débrouille ayant ni monnaie, ni endroit où crécher. Avec ses apostrophes régulières et ses matages intempestifs, il explose largement notre seuil de tolérance au harcèlement de rue, et réserve à la gent féminine un traitement pas vraiment calqué sur les standards de l’ère metoo: séducteur en diable, il est aussi tueur à ses heures. Précisons également que son prénom n’est pas des plus faciles à porter (il s’appelle Djé).

Rares sont les films de serial-killer qui évacuent totalement les scènes de crime: le cinéaste dit lui-même que pour traiter ce sujet qui lui traine dans l’esprit depuis plus de 15 ans, il avait d’abord pensé à un énième slasher, et son corollaire débordant d’hémoglobine. Le film tire en fait un autre fil, hérité d’un croisement subtil entre l’ambiguïté insaisissable de Taxi Driver de Martin Scorsese et la radiographie urbaine parfois farfelue de J’ai pas sommeil  de Claire Denis: un personnage qui lui-même est incapable de la moindre anticipation, aussi bienveillant avec les uns que psychotique avec les autres. On est loin du héros reclus et introspectif: Djé est au contraire pro-actif socialement, capable de se greffer aux fils de bonne famille chahutant au kebab du coin comme au groupe de travailleurs du BTP l’accueillant le temps d’un job, usant le lundi la violence physique, le mardi la persuasion par le verbe, le mercredi l’histoire drôle, à laquelle il semble attacher un soin tout particulier…

Indétermination qui permet au film un tour de force: éclairer des thématiques sociales qui n’ont rien d’original (la misogynie quotidienne, la violence s’exerçant envers les minorités, la marginalité des laissés-pour-compte) sans jamais paraitre didactique ou donneur de leçon, ce en quoi le cinéma français n’est pas toujours un exemple… Voilà qui nous ramène en territoire renoirien, pas uniquement pour l’adage multi-consacré (“chacun a ses raisons“) mais aussi pour ce sommet qu’est La Bête humaine (1938), premier film de psycho-killer social!

Mention spéciale aux seconds rôles (Inas Chanti, Donel Jack’sman, Marie Colomb) tous dirigés avec brio: à ceux qui avaient besoin d’une confirmation quant à la technicité d’Ophélie Bau – sans le Kechiche qui remplit les verres de vodka derrière le comptoir – voilà qui devrait grandement les convaincre!

Le film pourrait faire son petit scandale dans une époque qui tient la divergence en horreur, et risque d’offusquer par la grande variété des réactions au comportement de Djé, sommet du glauque pour les uns, monstre de charisme pour les autres; le bonhomme enfilant respectivement les casquettes de simple coup d’un soir qu’on met à la porte le matin venu, petit ami dévoué, porte-voix des opprimés, pervers patenté qui ne lâche pas le regard dans le bus, amant maladroit prêt à bien des sacrifices par amour, faux flic d’un jour lorsqu’il s’agit d’échapper à une véritable descente de police… Comme si le mal (on va pas vous apprendre ça à vous) avait quelque chose d’intrinsèquement séduisant.

PS. Bonus track du générique: avec la participation de Gaïa, le vrai chien d’Ophélie Bau.

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