[FESTIVAL DU FILM CORÉEN DE PARIS] Et là-bas, quel chaos est-il?

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Quand on est fan du cinéma coréen ou simple amoureux de cinéma-chaos, pas de doute, le Festival du Film Coréen à Paris faisait partie des événements cinéma de novembre qu’il ne fallait pas rater. Nous y étions.

PAR THÉO MICHEL

Voilà un cinéma qui continue de ravager tout sur son passage et de nous éblouir par ses excès et ses variétés. De l’ultra-violent, du poétique, du doux, du politique. Il faut dire que le cinéma coréen se porte magistralement cette année, rien qu’avec le flamboyant Burning (2018). Et forcément au Chaos, le FFCP est un rendez-vous à surveiller. De l’intimiste au blockbuster, de la romance à la comédie au drame et thriller, il y en a réellement pour tous les gouts et c’est ce qui fait son charme. Mais justement, OÙ EST LE CHAOS là-dedans ?

Une ouverture spectaculaire

Comme chaque année, le festival tenait à ce que le film d’ouverture soit spectaculaire. Le pari s’avère réussi avec le film de guerre The Great Battle de Kim Kwang-Sik (plus de 5 millions de spectateurs lors de sa sortie en Corée). Une fresque historique renvoyant aux gros films hollywoodiens genre 300, Troie ou même Seigneur des anneaux – qui veut clouer, littéralement, le spectateur au fond de son siège. Impressionnant dans sa forme ultra spectaculaire (séquences de batailles filmées aux ralentis avec des grues à haute vitesse ainsi qu’une violence jouissive des batailles filmées de près) mais frustrant dans son scénario. Cette reconstitution de la bataille et défense de la forteresse d’Ansi par le général Yang contre l’armée Tang s’avère rapidement répétitive, ankylosée et peine donc à convaincre. Mais il avait au moins le mérite de nous envoyer du lourd et de nous en mettre plein les yeux; bref, d’ouvrir le festival comme il se doit, alors ça faisait du bien. A noter la présente d’autres films “spectaculaires-mais-décevants” de cette 13e édition du FFCP. Tout d’abord, deux films fantastiques : Monstrum, film de monstre ou plutôt nanar à monstre et surtout Along with the gods: the two worlds, premier opus d’une trilogie qui s’avérait très excitante sur le papier – deuxième plus grand succès de tous les temps en Corée! Excitante idée en effet que cette histoire d’ange qui escorte un défunt dans l’au-delà, là où il doit être jugé sept fois durant 49 jours pour prouver qu’il a mené une vie humaine innocente et avoir le droit de ce réincarner. Malgré sa durée de 140 minutes, le film peine hélas à séduire, peut-être qu’une série serait plus appropriée. Il enchaine les épreuves très rapidement pour finir sur un final grand-guignolesque, louvoyant entre le fantastique, le spectaculaire et le drame intimiste en échouant sur tous les tableaux. Dans le genre frontière cinéma-jeu vidéo, on préfère remater Dernier Train pour Busan. Mais du coup le chaos dans tout ça, il est où ? Pas de panique, il arrive.

Corée en crise, jeunesse en feu

Besoin de dire, parfois d’asséner, des convulsions politiques et sociales au pays du matin calme plus très calme. Mais aussi de célébrer la vitalité d’une jeunesse Coréenne qui sombre dans le chaos, devient violente, prisonnière d’une société ultra compétitive qui dévore les individus et leurs rêves, ne laissant qu’une seule porte de sortie: le suicide. Très triste monde tragique, tout ça. Dans After my death, sulfureux et énigmatique thriller aux allures de teen-movie horrifique, il est question de ça. Ce coup d’essai-coup de maître de Kim Ui-seok narre la disparition soudaine d’une élève dans un lycée pour filles; ce qui précipite la communauté scolaire dans le chaos. Va s’ensuivre une enquête autour de cette disparation et dont la déduction vient chercher des noises à une camarade d’école, suspectée par tout le monde, à commencer par la mère de la victime. Le film nous fait directement penser à Thelma de Joachim Trier pour sa fascinante morbidité et son traitement de l’homosexualité. Et s’impose avec une discrétion remarquable comme le véritable film d’horreur de cette édition. Le suicide était également abordé dans un court-métrage : We de Seong Hae-seong. Une sélection où se trouvaient également de belles surprises, de l’hilarante et jubilatoire Manimals de Oh Jihyeon au flippant The nest de Yim Pil-sung à l’expérimental A grand day out de An Hyoung-hye en passant par le très tendre Coming of âge. Niveau longs, il y avait le beau A Haunting Hitchhike de Jeong Hee-jae qui s’intéresse également à la société coréenne habitée par la pauvreté et rongée par le sentiment d’abandon. Le film nous montre la bataille de deux jeunes filles qui veulent retrouver leurs parents. La réalisatrice avec ce film dresse le portrait d’une jeunesse en lutte et qui ne baisse pas les bras face à la menace. Dans le simple mais délicieux Little Forest, une femme est à bout de souffle, entre le concours d’enseignant qu’elle passe en vain, son travail harassant dans une supérette. Elle décide de tout mettre en pause et retourne dans sa petite ville de campagne natale où elle vivait étant petite. De voir un film aussi lumineux et doux faisait vraiment du bien dans une sélection sombre et violente.

Le temps qui passe, les souvenirs restes

Ah, le temps qui reste et la mélancolie qui reste. Parce qu’on aime l’émotion quand elle devient la meilleure amie du chaos intime. Et en termes de chaos minimal, doux, émouvant, on avait l’embarras du choix: Grass de Hong Sang-soo qu’on ne présente plus, Little Forest donc mais aussi Old Love de Park Ki-yong (autre film faisant partie des sommets chaos de cette édition avec After my death). L’histoire est simple comme bonjour, complexe comme la vie: un soir d’hiver, à l’aéroport d’Incheon, deux anciens amants tombent l’un sur l’autre par hasard. Ils se sont aimés et ne se sont plus revus depuis des décennies. Elle est seulement de passage et repart bientôt… Et le film de suivre ces deux êtres en errance se remémorant le temps passé, cet amour perdu. Le temps semble s’arrêter pour ces deux amants totalement égarés. La mise en scène, tout comme Grass est d’une simplicité prodigieuse et la composition des plans, d’une grande intelligence. Grass, lui, mettait littéralement des fantômes en scène comme des souvenirs qui venaient à disparaitre à la fin du film avec le diaporama révélant chaque lieu du film à son tour vide figé, comme-ci l’image en mouvement du cinéma pouvait faire renaitre nos fantômes. Le souvenir qui est alors non seulement et purement éphémère, mais devient au gré du film, la création d’une beauté que l’on fantasme et qui nous semble pour de bon loin derrière nous. Et ce fut bien beau.

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