C’est l’histoire de Paul (Thomas Gioria), un jeune garçon solitaire, qui rencontre Gloria (Fantine Harduin), alors qu’elle tentait de s’enfuir de la clinique de psychiatrie. Paul tombe fou amoureux de cette adolescente trouble et solaire; ils vont s’enfuir loin du monde des adultes. C’est l’histoire d’une fuite, d’un amour, d’une balade, d’un temps où se retrouvent ces deux enfants plongés dans une belle romance élégiaque. Pour vous donner une idée, on flotte entre La balade sauvage et La nuit du chasseur. Mais sans user de référence, Fabrice du Welz créé un monde passionné où règnent l’effroi du beau, la folie de l’amour – naïf et brute. En voulant toucher l’épure pour ce film, Du Welz sublime ses acteurs cherchant la beauté troublée des regards. Thomas et Fantine viennent d’horizons chaos (Jusqu’à la garde de Xavier Legrand pour lui, Happy end de Michael Haneke pour elle), c’est leur premier grand rôle et ils sont excellents. Ça nous a donné envie de les rencontrer.

INTERVIEW & PHOTO: THEO MICHEL

Qu’est-ce qui vous a plus dans le scénario ?
Thomas Gioria: Quand je lis un scénario, il faut que je ressente quelque chose. Il faut que ça soit stimulant. Et j’ai vraiment ressenti beaucoup de choses à travers la lecture. J’avoue avoir lâché une larme à la fin. Puis, le rôle était incroyable et le scénario était magnifiquement écrit.
Fantine Harduin: Moi aussi, j’ai trouvé le scénario très bien écrit. J’ai été attirée par l’histoire, j’ai été très touchée par ces deux enfants. Je suis également passée par beaucoup d’émotion. Bref, j’ai directement eu envie de faire le film. Puis, ce n’est pas infantilisé, je trouvais ça intéressant. C’est peut-être une histoire d’amour entre deux enfants, mais ce n’est jamais filmé comme-ci c’étaient deux gamins. Ça changeait un peu des autres films qui se disent à hauteur d’enfants.

Ce sont vos premiers grands rôles au cinéma. Ça doit sûrement faire peur?
Thomas Gioria: Non ce n’était pas de la peur. En fait j’ai directement eu confiance en Fabrice. Mais aussi en Fantine et en toute l’équipe. J’ai très vite été à l’aise. Une grande confiance régnait.
Fantine Harduin: Oui il a bien résumé, on se faisait tous confiance, nous n’avions pas de doute. Ça s’est fait assez facilement. On a simplement osé faire le pas et voilà…

Fabrice du Welz nous avait dit qu’une atmosphère de colonie de vacances régnait sur le tournage. Vous vous êtes amusés tous les deux à jouer ?
Thomas Gloria: Oui, clairement. Et d’ailleurs, c’est en ça qu’on a vraiment pu réussir à se mettre à l’aise et à jouer nos personnages. Quand on voit le film, les gens vont se dire qu’ils n’ont pas dû s’amuser. Mais au contraire! On jouait entre les prises avec les enfants de Fabrice, on s’amusait vraiment entre nous. Tout le monde était bienveillant et ça permettait de nous ouvrir.
Fantine Harduin: Oui c’était incroyable, c’était comme une colo. Cependant, il fallait rester concentrés et ce n’était pas forcément toujours facile. C’était même parfois très fatigant. Puis, il y a évidemment la responsabilité du rôle… mais cette atmosphère, c’est ce qui nous a aidés à réussir. On en voulait toujours plus.

Quelles ont été les scènes les plus difficiles à tourner ?
Fantine Harduin: C’est évidemment les scènes où je dois partir loin dans la folie. Je suis jeune, je n’avais encore jamais expérimenté cela, c’était très physique.
Thomas Gioria: La complexité, pour moi, c’était de rester calme, d’avoir ce regard innocent et amoureux. Ce n’était pas toujours facile, mais j’essayais d’être le plus naturel possible et de dégager une certaine sensibilité.

A ce propos, Thomas, ce n’était pas compliqué de jouer face à ce genre de personnage.
Thomas Gioria: Non, car Fantine est incroyable. Il y a une réelle impression de réalité dans la scène et du coup les émotions venaient directement.
Fantine Harduin: Oui, le fait qu’on soit deux nous a beaucoup aidés. Thomas est aussi incroyable, c’est important d’avoir un bon acteur devant soi, ça t’aide à rentrer dans le personnage.

Fantine, tu joues un personnage schizophrène, totalement imprévisible. Comment as-tu préparé ce rôle?
Fantine Harduin: Je le dis souvent, mais j’y ai vu un défi dans ce personnage. Quelque chose qui n’est pas facile à relever. Je ne voulais pas que ça soit simple, c’est comme ça qu’on avance. Et j’appréhendais, car la folie ce n’est pas facile à incarner. Soit, on en fait trop; soit, on en fait pas assez, et ce n’est pas crédible. Il faut donc trouver un juste milieu. J’ai peu répété les scènes de folie, Fabrice ne voulait pas que ça me rentre trop en tête. Sinon, cela s’est surtout vu sur le tournage. En revanche, il y a eu beaucoup de préparation avec Thomas. Le plus important, c’était que ça matche entre nous. Mon personnage voit dans celui de personnage de Paul quelqu’un qui peut la protéger et qui croit en elle. Si elle est parfois dépassée par sa folie, elle aime terriblement. Il y avait tellement d’alchimie dans entre eux dans le film, il fallait que ça marche.

Fabrice est très cinéphile. Des références pour construire vos personnages?
Fantine Harduin: Ah oui oui, il a été très gentil avec moi. Il m’a fait voir Noce Blanche, L’exorciste, Répulsion, L’été meurtrier etc. Autrement dit, des films qui traitent de la folie, d’un point de vue ou d’un autre. Ça m’a donné des idées…
Thomas Gioria: A l’inverse, pour moi, il ne m’a pas parlé de film. C’était peut-être pour que je sois le plus naturel.

Il était strict sur le scénario ou il vous laissait parfois improviser?
Thomas Gioria: Non, c’était quasiment que de l’improvisation. Avant de jouer, il nous disait de lire une fois la scène, puis de la jouer à notre manière. Il fallait mettre une part de nous-mêmes. Cette liberté était excitante. Et en même temps, il nous disait qu’il était proche de ses comédiens pendant le tournage. Qu’il parlait durant les prises et qu’il collaborait sans cesse avec vous.

Ce n’était pas gênant?
Thomas Gioria: Non, je crois que ça nous aidait. C’est comme jouer avec un troisième personnage.

Que retenez-vous de ce tournage?
Fantine Harduin: Je pense que ça m’a fait beaucoup grandir. C’est le premier rôle où l’on ne prend pas pour un enfant, mais presque comme une adulte. Et au gré des conversations que j’ai avec les gens sur ce film, j’ai pu avoir différents points de vue sur le personnage de Gloria. C’est enrichissant.
Thomas Gloria: Oui je suis totalement d’accord. On apprend beaucoup de choses constamment sur nous-mêmes.

Vous voyez beaucoup de films? Il y en a qui vous ont marqué récemment?
Thomas Gioria: Oui, cette année j’ai adoré Seules les bêtes, Parasite et Les misérables.
Fantine Harduin: Moi c’est plutôt des films qui ne sont pas sortis cette année. En tête, je dirais Vol au-dessus d’un nid de coucou ou Mad Max Fury Road.

C’est très chaos tout ça.
Fantine Harduin: Mon père m’a vite initiée au cinéma. Quand j’étais petite, il se disait que j’étais capable de voir que cela était faux, que ce n’était que du cinéma. Il avait évidemment raison sur certains points, mais je me souviens quand même avoir été traumatisée par Freddy Krueger ou Orange mécanique (rire).

Et qu’est-ce qui vous plait dans le fait de jouer?
Thomas Gioria: Moi, c’est le fait d’alterner, de changer de personnage constamment. Être acteur pour moi c’est être libre, c’est plaisant.
Fantine Harduin: J’adore les rencontres, mais aussi la complexité. C’est un monde à part entière, ce n’est pas facile, mais la passion nous guide. On est sans cesse en train d’apprendre, il y a toujours des défis. Et l’histoire change constamment…