A rebours de l’horreur pure, Strawberry Mansion et Kratt ont tenté de surfer sur le revival «eighties» représenté par des œuvres telles que Stranger Things, Super 8 ou Midnight special.

Réalisé en duo par Albert Birney et Kentucker Audley, Strawberry Mansion fut l’une des œuvres les plus visuellement audacieuses du festival. Tourné en numérique, puis transféré en 16mm, le film a un look vintage des plus saisissants, et qui saute aux yeux du spectateur dès les premières secondes. Un choix de format s’accompagnant d’expérimentations esthétiques originales, pas toujours réussies, mais qui se justifie pleinement par l’intrigue du film. James Preble est vérificateur onirique pour le compte du gouvernement. Dans le futur dystopique dépeint par le film, l’enregistrement des rêves est obligatoire pour tous les citoyens, et si un rêve recèle du contenu monétaire, le rêveur est taxé. En se rendant chez Arabella Isadora, vieille dame étrangement passée entre les mailles du filet pendant des années, le procédurier James va réapprendre à s’émerveiller. Si toutes les scènes oniriques ne se valent pas, Birney et Audley réussissent tout de même leur promesse de voyage, et ceci malgré un budget riquiqui. Strawberry Mansion affiche un fantastique parfois bluffant, souvent de carton pâte et débrouillard, et fait ressurgir avec générosité l’héritage de George Méliès, ou plus récemment de Terry Gilliam – le film a d’ailleurs des airs du Baron de Münchhausen.

Du côté du Vieux Continent, Kratt de Rasmus Merivoo a donné des nouvelles d’un cinéma estonien hélas bien trop souvent cantonné aux festivals. Si ce film-là a malheureusement peu de chance de sortir dans les salles françaises, il mériterait au moins une sortie SVOD ou VOD. Bien qu’imparfait et fragile, Kratt enthousiasme par son ton irrévérencieux, noir et cruel, inséré dans un film pour enfant rappelant Les Goonies – les enfants du film font notamment face à des adultes avides et véreux. Son autre grande influence est certainement The Visit de M. Night Shyamalan. On retrouve la même génération d’enfants s’ennuyant chez leurs grands-parents, qui cette fois, afin de tuer leur routine, donneront naissance à la menace du film, le fameux Kratt (une créature faite de bric et de broc). Sans jamais atteindre le niveau de ses modèles, bien embêté par une interprétation et une mise en scène pas toujours au diapason, ainsi qu’un humour souvent potache, Kratt convainc néanmoins si on le considère comme ce qu’il est, une variation marquée par le folklore estonien d’un cinéma aux accents eighties.

Dans le même registre inclassable et déconnant, mais sans la référence 80’s, il faut signaler Sweetie, you won’t believe it du Kazakh Ernar Nurgaliev, qui met en scène une bande de potes dont le projet de partie de pêche à la ligne est compromise par l’irruption d’une famille de gangsters, et surtout d’un ermite à la force surhumaine qu’il vaut mieux ne pas énerver. La programmation du film a dû être largement motivée par le mélange de comédie et de gore, une recette quasi infaillible pour assurer l’ambiance dans une salle bien remplie. M.B. & G.D.

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