Produit en Afrique du sud, Glasshouse de Kelsey Egan est l’immense découverte du festival Fantasia, le meilleur film de cette 25e édition. Au-delà du contexte post-apocalyptique, c’est une fable sur la nature illusoire des conventions familiales, sur l’importance de la mythologie, et aussi sur la façon dont celle-ci peut être modifiée pour s’adapter aux circonstances. Délicat et sauvage, sensuel et sanglant, il a tous les atouts pour devenir un classique.

Dans un futur proche, une toxine appelée Shred a plongé la quasi totalité de l’humanité dans la démence et la mort. Tous les animaux ont disparu. Isolée du chaos, une grande verrière abrite une mère, trois filles et un garçon qui survivent grâce à l’oxygène produit par les plantes. Pour récolter leur nourriture à l’extérieur, les filles portent des sortes de crinolines qui les protègent de l’air contaminé. Elles assurent aussi la sécurité du sanctuaire en tirant sur tous les intrus qui ne connaîtraient pas le code pour passer. Les corps des contrevenants sont découpés en morceaux et pendus autour de la propriété pour dissuader l’entrée. A l’intérieur, la vie est réglée selon des rituels très précis à base d’invocations destinées à lutter mentalement contre la toxine qui affecte la mémoire. La répétition permet de conserver l’histoire de la famille, ou en tout cas, celle que raconte la mère. Jusqu’au jour où un étranger est introduit dans la maison par la fille aînée.

Le film prend alors des faux airs des Proies de Don Siegel, avant de suivre sa propre route. L’intrus s’impose assez vite, il fait un enfant à l’aînée, laquelle doit choisir entre garder l’enfant ou l’homme, l’oxygène étant limité. Petit à petit, la véritable histoire se dévoile, et elle est d’une noirceur vertigineuse, qui évoque en partie (et en huis-clos) L’invasion des profanateurs de sépulture. Pour un premier film, Kelsey Egan fait preuve d’une maîtrise impressionnante, notamment dans sa façon de trouver un équilibre entre différents langages narratifs, la plupart des informations étant signifiées ou soulignées visuellement (par une geste ou un objet), alors que le texte et la parole sont surtout utilisés par les personnages comme un instrument de survie (pour conserver la mémoire), mais aussi comme un moyen de manipulation. G.D.

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