Perry Blackshear signe avec When I Consume You son deuxième long métrage, 6 ans après The Look Like People, que nous n’avons malheureusement pas eu la chance de voir. Un frère et une sœur cherchent à se venger d’un mystérieux harceleur qui les tourmente depuis des années, mais il faudra plus que leur force physique pour abattre cette entité. Les deux frères et sœurs, Wilson (Evan Dumouchel) et Daphné (Libby Ewing), fusionnels, ont dû passer la majorité de leur vie à se soutenir seuls l’un et l’autre. Daphné a lutté contre l’alcoolisme et la drogue tandis que Wilson a eu du mal à trouver sa place dans la vie. Tous leurs déboires, tous leurs malheurs, semblent être dus à une présence surnaturelle, ténébreuse et insaisissable qui rôde autour d’eux et les consume. Wilson décide un jour d’affronter cette entité, quitte à remettre en question toutes ses croyances. When I Consume You traite de manière rafraîchissante de la possession démoniaque, en renversant quelque peu les codes du genre, en s’appuyant notamment sur un hyperréalisme lugubre. Le monde dans lequel vivent Wilson et Daphné n’a rien d’enviable.

Le film fonctionne avant tout sur l’alchimie des deux héros, qui vont peu à peu se débarrasser de leur enfant intérieur et combattre le démon qui s’est immiscé en eux. Perry Blackshear privilégie les nombreux gros plans, afin de nous garder intimement proches du frère et de la sœur. On voit donc le monde de leurs yeux, on étouffe avec eux. Pendant une grande partie du film, le doute est posé sur la nature de l’entité qui poursuit Wilson et Daphné. Est-ce une entité surnaturelle? Ou bien est-ce juste un harceleur un brin pervers? When I Consume You, parsème son récit de flashbacks afin de construire la mythologie de cette entité. Si la révélation ne déçoit pas – il s’agit bien d’une entité surnaturelle – sa mise en scène déçoit malheureusement. When I Consume You perd de son charme envoutant passé sa première heure. Il n’en reste pas moins une œuvre singulière, qui rappelle dans ses meilleurs moments It Follows de David Robert Mitchell.

Avec un mélange de naturel, d’innocence et d’indépendance qui rappelle les premiers films d’Harmony Korine, Baby don’t cry de Jesse Dvorak est une révélation. Ecrit et interprété par la jeune Zita bai (17 ans), le film raconte le point de vue d’une adolescente d’origine chinoise vivant à Seattle. Ostracisée à l’école, étouffée par une mère possessive qui a perdu la tête et refuse de voir sa fille grandir, elle se prend d’affection pour Fox, un punk local, et apprend à vivre à travers cette relation chaotique et dysfonctionnelle dès le départ. La figure ambivalente du renard, évoquée sous des formes multiples dans le film ainsi que sur l’affiche, ressemble à une transposition inversée de l’esprit renard qui, dans la mythologie chinoise, est un personnage féminin.

Un mot du documentaire Woodlands dark and days bewitched de la réalisatrice Keir La Janisse, qui entreprend rien moins que de traiter l’histoire de la folk horror. Le terme avait été inventé par hasard à l’occasion d’une interview donnée par Piers Haggard, le réalisateur de La nuit des maléfices, retenu comme l’un des trois films (avec Witchfinder general et The wicker man) à avoir donné naissance à une forme de récit caractérisé par la référence aux croyances et traditions culturelles déviantes. L’appellation avait refait surface avec Kill List de Ben Wheatley et depuis, l’influence du genre s’est répandue sur une quantité de productions contemporaines, dont le documentaire tente de retracer l’évolution avec une méthodologie très convaincante. Plusieurs chapitres divisent le genre en différentes catégories, parfois surprenantes, chacune discutée et commentée par des spécialistes (une cinquantaine d’intervenants, pour la plupart érudits et passionnants) et illustrées d’extraits de plus de 200 films qui donnent irrésistiblement envie de les revoir ou simplement de les découvrir. Si vous avez l’occasion de le voir, foncez. M.B. & G.D.

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