Falconhead ressemble Ă  la divagation d’un Jean Cocteau sous poppers.

Parce qu’il choisissait lui aussi de pĂ©nĂ©trer l’univers dĂ©sir par une autre dimension, on pouvait considĂ©rer le clinquant Bijou comme le pendant gay de Derrière la porte verte. Que pourrait-on dire alors de Falconhead, son petit frère occulte? Un Derrière la porte noire? Derrière la porte miroir plutĂ´t. Miroir miroir… qui est la plus baisĂ©e? Un thème dĂ©jĂ  bien exploitĂ© du cĂ´tĂ© de la sexploitation dite hĂ©tĂ©rosexuelle, avec des titres comme Le miroir obscène, Femme ou dĂ©mon ou Le miroir de Pandora. Et des deux cĂ´tĂ©s du genre, le bel objet inspire la mĂŞme tonalitĂ© tĂ©nĂ©breuse, comme si le narcissisme, comme le veut la lĂ©gende originelle, ne pouvait mener qu’Ă  la mort. Ce Falconhead ne dĂ©rogera pas Ă  la règle, signĂ© par le bien mystĂ©rieux Michael Zen qui persĂ©vĂ©ra surtout dans le straight porn.

Sans aller aussi loin dans les pratiques bdsm que le quasi-documentaire Born to raise hell, Falconhead est vouĂ© Ă  la cause cuir/moustache, se dĂ©roulant comme un long rituel sado-masochiste, donnant envie d’allumer des bougies noires et de sortir les bottines. C’est comme un Judex surgi des trĂ©fonds des backrooms: un homme faucon dĂ©vale un grand escalier avant de rejoindre son esclave, cuisse Ă©cartĂ©, soumis entièrement Ă  l’homme volatil qui l’Ă©crase de ses bottes et lui tend un miroir. Si Falconhead est d’ailleurs un miroir tout entier, il est bel et bien le reflet brutal et dark de Bijou, qui se dĂ©couvrait comme un long rĂŞve Ă©lĂ©giaque et colorĂ©. Trois messieurs s’emparent tour Ă  tour du miroir, trouvĂ© par hasard ou achetĂ© chez un antiquaire Ă  la moustache alerte, et s’empressent de rentrer chez eux pour se laisser absorber par son pouvoir Ă©rotique. L’Ă©jaculation solitaire servira de passeport Ă  l’entrĂ©e vers un monde interdit, oĂą d’autres silhouettes mystĂ©rieuses apparaissent pour satisfaire les dĂ©sirs des narcisses.

Seule sĂ©quence qui n’aurait pas dĂ©teint dans le gouffre kitsch de Wakefield Poole: une splendide scène oĂą l’un des protagonistes, projetĂ© dans un corps qui n’est plus le sien, redĂ©couvre sa chair et se palpe inlassablement comme au premier temps, noyĂ© dans une nuĂ©e de fumigènes et de nĂ©ons orangĂ©s. Fait chaud! Plus Ă©loignĂ©es de ce dispositif Ă©rotique, les autres sĂ©quences font preuve de davantage de sĂ©vĂ©ritĂ©. On en appelle Ă  la perte de contrĂ´le, comme ce garçon au jean crevĂ© qui se dĂ©chire littĂ©ralement les vĂŞtements, s’enfonce le poing dans la bouche pour en rĂ©colter toute sa salive et s’en enduire le visage, se triture durement avant de lĂ©cher son propre sperme Ă  mĂŞme la surface lisse dans un dĂ©sir de soi qui rend fou. Plus lascif, un autre homme tout aussi envoĂ»tĂ© sera rejoint et ligotĂ© par le maĂ®tre faucon, dans une scène de domination digne d’Histoire d’O, allant jusqu’Ă  inclure des menottes complexes et une capote noir qu’on arrache.

Au pays des narcissiques, il revient ici l’idĂ©e d’un sexe Ă©goĂŻste et punitif, qui conduira tous les Ă©lus Ă  se chevaucher pour l’éternitĂ©, enfermĂ©s dans le miroir qui a causĂ© leur perte. En 1984, Zen remet le couvert avec Falconhead 2: The Maneaters, qui a le bon goĂ»t de ne pas ĂŞtre un simple remake de son prĂ©dĂ©cesseur, mais perd totalement le trouble sauvage de ce dernier. MalgrĂ© un aspect fantasmagorique plus assumĂ© (de jolis masques et des drag-queens, en gros), le casting déçoit par sa fadeur, et la sexualitĂ© mĂ©canique a remplacĂ© l’abandon total. Rien qui ne donne autant le tournis que Falconhead premier nom, possible Ă©garement d’un Jean Cocteau sous poppers.

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