Sourire colgate et brushing ébouriffant, Farah Fawcett était l’icône seventies par excellence: deux séries, Drôles de Dames et L’homme qui valait trois milliards, qui auront suffit à en faire celle que les femmes voulaient être et celle que les hommes voulaient avoir. Mais en idéal de beauté calibré, il y avait quelque chose de trop lisse dans la tignasse blonde et fort bien shampouinée de Farah. Au tournant des années 80, elle quitte petit à petit son image policée pour mieux l’abîmer: métamorphose enclenchée lorsqu’on l’aperçoit en mère de famille harassée façon Jacqueline Sauvage dans Autopsie d’un crime, début d’une cohorte de rôles d’épouses esseulées et de femmes fortes qui hanteront les dimanches après-midi sur M6. Point le plus chaos de cette retournée de veste, le saisissant Extremities, adaptation d’une pièce new-yorkaise de William Mastrosimone.

Alors que sur les planches, Susan Sarandon, Karen Allen ou Ellen Barkin se sont succĂ©dĂ©, c’est la Fawcett qui emporte le morceau pour la version cinĂ©ma, dirigĂ©e par un Robert M.Young qu’on serait tentĂ© de qualifier de bĂŞte yes-man… s’il n’avait pas signĂ© auparavant Short Eyes (1977), un Men in Prison – dĂ©jĂ  une adaptation de pièce (dĂ©cidĂ©ment) – qui fouinait lĂ  encore dans des recoins casses-gueules: le film s’arrĂŞtait en effet sur l’incarcĂ©ration d’un pĂ©dophile dans un quartier de dĂ©tention prompte Ă  ne lui laisser aucune chance. Le tout avec une apprĂŞtĂ© quasi-documentaire qui Ă©voquait dĂ©jĂ  un certain Scum. Ă€ son tour, Extremities va mettre Ă  dos deux formes de barbarie: alors que les affiches de l’époque montre l’ex-drĂ´le de dame prĂŞte Ă  poser pour sa future sĂ©ance d’aĂ©robic, Extremities se montre en rĂ©alitĂ© tout Ă  fait Ă  l’opposĂ© d’un film «in» des 80’s: et ce, mĂŞme s’il dĂ©bute comme un clip, avec son tube pop Ă  fond les ballons, sa nuit bleue comme une orange, et son montage alternĂ© entre un motard en repĂ©rage et notre hĂ©roĂŻne concluant sa journĂ©e de femme active. Posant sa bĂ©cane sur un parking, l’inconnu Ă  deux roues cherche une victime, de prĂ©fĂ©rence une mère de famille dĂ©laissĂ©e ou une solitaire de passage. Il jette son dĂ©volue sur Marjorie, une cĂ©libataire qui rĂ©ussira Ă  Ă©chapper Ă  ses griffes. Et nous voilĂ  dĂ©jĂ  bien choppĂ© Ă  la glotte le temps d’une sĂ©quence.

Ayant laissé son sac entre les mains de son agresseur, la jeune femme ne peut compter que sur ses deux colocataires, qui auront le malheur de la laisser seule le temps d’une journée. L’agresseur revient, visage découvert, et récidive. L’enfer pour elle, l’enfer pour nous. Seule, isolée, sans armes, Marjorie réussira malgré tout à remettre en place son tortionnaire. Mais que faire? C’est une question que se pose rarement les films de Rape & Revenge, divertissements déviants parfois accidentellement féministes (et joyeusement misandres) mais vrai défouloir crapoteux, bien qu’en majeure partie pensés pour un public masculin. Hollywood avait joué la carte de ce sous-genre à ces temps perdus, livrant des films curieux comme Lipstick (où, sur la musique de Polnareff, Margaux Hemingway sortait son fusil en robe de soirée), Les accusés (où Jodie Foster, graciée d’un Oscar, se faisait violer dans une scène aussi complaisante que les films bis que les pontes de studio prennent de haut) ou encore Oeil pour Oeil (où Schlesinger transforme Sally Field en Charles Bronson: au point où on en est), tous finalement aussi finauds que les films d’exploitations dont ils sont censés se démarquer.

Bien que le viol n’ait pas totalement lieu dans Extremities, le film interroge le rapport pervers dans laquelle la victime plonge en souhaitant se montrer plus cruelle encore que son bourreau. Comment se dĂ©brouiller dans une sociĂ©tĂ© oĂą la police n’a pas envie de lever le petit doigt (le terrible laĂŻus du «c’est votre parole contre la sienne») et que votre violeur vous menace de revenir vous buter, puisqu’il ne restera pas bien longtemps en prison? Terrifiant et pathĂ©tique James Russo, qui a bien sĂ»r le mot salaud Ă©crit sur la tronche, devient la bĂŞte en cage, les yeux explosĂ©s, face Ă  trois femmes qui devront dĂ©cider de son sort. Remarquablement tendu et rĂ©habilitant une utilisation somme toute pratique du Baygon, le film est un terrain de choix pour Farrah Fawcett, physiquement investie jusqu’à l’épuisement tout en foutant aux ordures toute l’aura glam qui lui avait valu son succès. Si on ose apprĂ©cier de temps en temps les gros sabots pleins de boue d’un vigilante ou d’un rape & vengeance, Extremities pose cartes sur table avec la mĂŞme brutalitĂ©… et un peu plus de cerveau.

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